Une étrave ne naît pas spontanément, sauf exception. Elle est le fruit d’un long mûrissement au cours duquel le peintre va s’imprégner, comme une éponge, de lumières, de formes, de parfums iodés ou un peu putrides, de goudron, de poisson séché, de laques et de vernis.
Car tout lui est bon pour une fois qu'il ne se mêle pas d'écologie. Tout lui est bon: un moteur en décomposition, comme une batterie jetée à la Grande Poubelle de Neptune.

Pb + SO4H2 = Quoi?
Un Diesel dans son squelette
Il va surtout fourrer son nez et ses yeux là où cela en vaut la peine, comme à Carrasqueira, le curieux port sur pilotis qui miroite dans la baie de Setùbal, l’une des « plus belles du monde ».
Là, il vient et il revient. Une fois à marée basse, une fois à marée haute, toujours au hasard, sans jamais consulter l’oracle des flux et des reflux.
Car Carrasqueira est aussi passionnant englué dans ses vases que plein à ras bord ou encore à marée montante quand les pêcheurs reviennent.
Gloire aux travailleurs de la mer
Notez la noblesse...

Notez l'élégance...
Quand je pense que la compétitivité, cette invention du diable, voudrait rayer des rôles ces petites unités joyeuses et familiales au profit du Grand Armement, seul compétitif pour approvisionner les hypermarchés en poissons moulés à la louche carrée, je frémis...
ça c'est du choco! A griller tel quel sur la braise ou à consommer mitonné en arroz de choco au restaurant "A Eschola", à 10 minutes de là. Enrique, le chef et patron est peintre à ses heures, quand il n'est pas en cuisine.
Vive la marine artisanale!
Carrasqueira est comme un musée populaire de la marine artisanale. Des barques de toutes formes, de toutes couleurs, de tous tonnages y mouillent, amarrées aux pilotis de bric et de broc. Dans cette forêt de perches, on chemine sur des passages en planches tout juste clouées à la va vite, souvent disjointes. Certaines peuvent céder. Il faut avoir le pied sélectif. Ou être né sur les planches.
Les fins de journée sont des spectacles de grand luxe. Le peintre ne s’en lasse pas. Tout change à chaque instant. Et comme il n’y a que le changement dont on ne se lasse jamais (merci Maurice Baquet), on peut rester en contemplation jusqu’à ce que le soleil ait largement disparu derrière la Serra Arràbida.
Ne surtout pas perdre une miette des rouges...
...ni perdre une miette des mauves
Ni manquer ce moment de grâce où les derniers palmipèdes rentrent à la maison
L'après-spectacle
Rentrer alors chez soi serait une idiotie. Il faut prolonger l’extase dans l’une des cinq ou six marisqueiras, tourniquer autour de la vitrine et choisir son appétit. Un tourteau, tiens, avec des bonnes grosses pinces de boxeur. On une seiche rutilante, à moins qu’un turbot…
Mais il faut bien rentrer, car la nuit venue, Carrasqueira dort, probablement jusqu’avant l'aube. Et le peintre va se coucher à son tour, faisant défiler toute une panoplie d’étraves qui portent de jolis noms et prénoms, telles Les Deux Frangines, Duas Irmãs.
Il a été séduit par leur coffre bien ventru, signe de santé pour affronter la mer. Par le vert profond de leur robe, dont la peinture encore fraîche ne cache déjà plus les couches de bleu précédentes, peut-être la livrée d’un autre propriétaire. Il s’est pris d’amour pour les débris émergeant d’une vase frémissante de bulles où des goélands vont farfouiller en s’engueulant comme des harengères. On est loin du gentil Jonathan Livingstone.
Allez, au travail !
Et puis, à force de venir et revenir, le peintre s’est enfin mis au boulot et il a recréé un petit bout de Carrasqueira, depuis son atelier en plein air.
19-02-05
Première esquisse en lévitation. Application des jaunes, pour leur préservation. Car un jaune sali (le bleu de Prusse est un Attila) est un jaune foutu. Les verts sont encore vénéneux.
21-02-05
Le pinceau en a mis un coup en deux jours de redoux. L'étrave s'est posée sur son lit de limon.
29-02-05
Une semaine sans relâche de brossages intensifs, de rectifications, de redressements.

05-03-05
On y serait presque, mais cette fichue lumière a encore besoin d'ombre pour exister. Les glacis transparents violet/noir sont des travaux de Pénélope. Il faut sans cesse recommencer afin de déposer quelques pigments. Il vaut mieux cent fois pas assez que deux fois trop...
Cliquez sur l'image (800 pix)
09-03-05
On y est. As Duas Irmãs poussent leur premier cri.
Une étrave est encore née.
Acrylique JCP sur toile de lin 130 x 89cm
Conditions: voit Galerie

OIE! eu sou brasileira , estava pesquisando o nome Darmont e encontrei este site!!Adorei as fotos se tiver alguém que entenda português ou queira se corresponder com uma Darmont, por favor de resposta e parabéns pelo site
obrigada Pricilla Darmont
rio de janeiro
brazil
Rédigé par : Pricilla Darmont | 23/08/2005 à 02:49
En découvrant tes photos de Carrapateira, c'est ton regard gourmand qui m'est revenu tout d'un coup.
Ces photos sont vraiment empreintes de ton regard, c'en est fascinant.
amitiés,
Rédigé par : Phil | 05/07/2005 à 01:30
bonsoir ou boa noite como queira e goste mais!!!!!!!!!!!super genial voce françes amoroso de portugal e eu portuguesa amorosa da sua terra super super. adorei os seus blogs cheios de ternura pela arte de pintar viver etc.......e frscura pela qualidade da pluma venha visitar o meu blog e ai encontrara o lien sobre outro 2 blogs que tenho sobre pintura foto e desenho un abraço amical de uma portuguesa en frança para um françes em portugal
Rédigé par : alcidia | 04/04/2005 à 21:17
Superbe lumière, que ce soit dans les photos ou dans les peintures. Tres belle mise en page aussi. Bref, que du bonheur ... Merci et joyeuses Pâques à toi :)
Rédigé par : Anne | 24/03/2005 à 19:43
J'arrive tout droit depuis le site d'Elvira et m'échouer ici m'enchante.
Bravo pour ton travail. Tout paraît si beau, si fin que l'on a du mal à croire qu'il ait fallu autant de temps entre l'esquisse et la génèse du tableau. Je suis nulle de mes dix doigts et je ne pense pas au premier abord au choix du pinceau, des couleurs, au brossage (?), rectifications... Je prends juste le tableau en pleine figure. Je veux dire que tout ce que je vois m'interpelle et je le trouve magnifique.
C'est vraiment sympa de nous faire partager les différentes étapes.
Merci
Rédigé par : mijo | 11/03/2005 à 13:33
Comment fais-tu ? Tu te déplaces plusieurs fois sur place pour t'imprégner des couleurs et de l'ambiance, puis tu commences à peindre ?
OU
Tu prends plein de photos et tu t'en sers comme base de travail ?
Ce qui me plaît dans tes écrits, c'est la simplicité des choses, cette sensibilité tienne, et surtout l'amour que tu portes à la vie.
J'ai du mal à t'imaginer la bouche pleine de gros mots, lancant les pinceaux en l'air, lorsque quelque chose ne te convient pas. Ça t'arrive quand même, non ?
Rédigé par : Joao | 11/03/2005 à 10:37
Quelle belle histoire racontant la génèse d'un tableau! Le texte est extrêmement poétique. Photos superbes, également. Nous étions à Carrasqueira avec toi. Je sens l'odeur du "choco grelhado", "cheiro a maresia"... le tableau est très réussi. On le sent empreint de toutes les sensations que tu décris au-dessus. Merci pour ce beau moment.
Rédigé par : Elvira | 11/03/2005 à 09:40
jolie note, jolies couleurs, il a des moments poetiques ce peintre là.
(A propos de peintres, on a prris cet ap mid que l'entreprise n'a pas payé les peintres qui sont ici depuis 1 mois)
Rédigé par : jp | 10/03/2005 à 22:18