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Un jour de rêve sur le Creoula
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A 7h pile, j'étais au rendez-vous de 7h30, ce vendredi 12 mai, devant le Théâtre Luisa Todi de Setùbal, comme il avait été dit la veille avec le contra-almirante Tavares de Almeida, lors du lunch commémoratif du Vega. Un amiral et une journée sur le Creoula méritaient une bonne demi-heure d'anticipation. J'ai bien fait.
Au péage de l'autoroute, j'avais oublié de retirer le ticket et je me suis fait détrousser de 38 euros, plus une perte de temps considérable...Grosse amende, ça commençait bien!
Mais je me suis calmé lorsqu'un bus bleu marine s'est arrêté à ma hauteur. Quelle joie! Et quel accueil! Nous avons embarqué dans la foulée sur un zodiac et rejoint le navire où nous étions attendus par babord.
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L'approche à elle seule suscita déjà un commencement de jubilation. Le bateau resplendissait. Je n'avais de lui qu'une image lointaine ou des bribes d'images entrevues lors de la conférence de son commandant João da Silva Ramos.
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Nous avons fait une manoeuvre d'encerclement, ce qui est la meilleure manière d'aborder, comme en aviation, par un circuit vent arrière, étape de base et finale.
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Et nous nous sommes hissés à bord, à la façon spartiate des marins. Mains libres, toujours. De bonnes âmes s'étaient chargées de mon bagage.
Bienvenue du Commandant et de ses officiers. Franches poignées de main. Mots d'accueil encourageants, mer belle en perspective. Mais on m'a vite briefé sur la mission du jour. Une mission compliquée et de grande importance.
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Mission: avaliação final
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Parce qu'il ne faut pas croire que la marine à voile est une marine de plaisance. Et comme elle a pour vocation de recevoir des civils (et des militaires) passagers, elle se doit de passer son certificat de navigation. En d'autres termes, j'ai vécu une journée d'inspection de l'Amirauté qui avait pour but de valider le niveau technique de l'équipage, son aptitude à répondre à tous les cas d'urgence et de valider les dispositifs du bateau. Un boulot énorme.
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Mon Mentor de cette Odyssée d'un jour m'a fait découvrir que la Marinha, ce n'est pas du pipeau. Et j'ai vu un équipage très technique, absorbé dans toutes les tâches de conduite, rencontrer en rafales des pannes, des incidents, des accidents, un abordage, des avaries de toute sortes, simulés avec un réalisme saisissant. J'en reparlerai plus loin.
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Mais je voudrais parler d'abord de ce sens de l'accueil des marins. Dès la coupée, je me suis retrouvé dans un nid d'amis. Reçu en premier lieu dans "les appartements" du Commandant où j'avais gîte et couvert, j'ai partagé un breakfast solide (on part en mer) et j'ai ensuite visité "la maison", faisant connaissance avec chaque spécialiste. Car chacun a une spécialité, un rôle, un métier bien définis. Chacun en parle avec aisance, prend le temps d'expliquer. On sent de la passion et de la fierté.
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Une mention ***** pour l'Espresso du bord ! Le Commandant sait recevoir!
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On appareille
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Quand on est passager d'un bateau, on se laisse mollement conduire et comme la vitesse relative n'est jamais excessive et inférieure en tout cas à celle du cheval, on ne compte jamais avec l'inertie. Or c'est tout une affaire de faire décoller un bateau dès le lever de l'ancre qui est déjà une opération complexe.
J'ai vu et entendu chanter à babord et tribord les pointeurs d'azimut (cantam azimute, dit-on) répercutant leurs visées d'une voix forte et claire aux hommes de conduite retranchés dans leur cabine farcies d'instruments.
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J'ai vu et entendu le commandant donner ses ordres de barre avec accusé de réception en écho.
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Barre 260 !
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Barre 250 !
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Barre 250 !
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J'ai vu et entendu l'homme de vigie rendre compte. Mais lui, depuis la proue, il ne criait pas. Il parlait simplement dans sa radio portable. Scrutant la mer, il eût aperçu un iceberg à des milles de là. Je souris un peu parce qu'il y avait peu ou prou d'obstacles ce jour-là, mais j'ai pu mesurer son rôle capital. L'homme était tout à sa vigie.
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J'ai rencontré les cuisiniers, tout à leurs fourneaux, mixers géants et plateaux. J'ai salivé avant l'heure devant les tourteaux pleins à ras bord et l'arroz de marisco. Nous n'allions pas mourir de faim.
Par expérience, ne ne suis pas allé aux machines. Le gas oil chaud et moi... Et par expérience, je n'ai jamais regardé mes pieds, mais toujours conservé une référence horizon. La mer peut être démontée, je m'en balance pourvu que j'aie l'horizon. C'était un jour de houle douce et ample, ce sont les pires dans mon cas. Même pas malade ! Il est vrai que je me suis assez baptisé en avion.
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Alerte !
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Le "cirque" a commencé brutalement sur un début d'incendie. Fumée à l'avant. En un clin d'oeil, j'ai vu les hommes gicler, s'harnacher en pompiers avec combinaisons et cagoules anti-feu. J'ai vu les tuyaux se gonfler et les bouteilles de CO² cracher.
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Le Contre-Amiral n'était pas venu seul, mais s'était entouré d'hommes en blanc, sans galons, neutres, mais redoutables dans le déclenchement des sinistres. Les temps de réponses étaient comptés, comptabilisés, consignés. Avaliação obligeait.
On a eu feu et court-circuits, certes, mais aussi
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Blessés à bord !
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L'homme au centre est masqué
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Vous auriez entendu les cris du malheureux brûlé au visage. Horrible ! Ils sont allés jusqu'à lui mettre un masque à faire peur. Les secours sont arrivés dans les secondes. L'homme a été injecté de morphine et s'est apaisé, tandis qu' infirmiers et médecins continuaient à le soigner. J'ai entendu les échanges, j'ai assisté au transport à bras de l'infortuné, rythmé par des ordres et des gestes précis. J'ai cru comprendre: "A ma droite 90°, 1, 2, 3"...etc.
Les hommes en blanc notaient.
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Un homme à la mer !
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C'est Oscar qui est tombé encore à l'eau. Oscar passe sa vie en naufrages. Oscar est une espèce d'épouvantail boudiné. Mais l'intérêt est de minuter le temps de sa récupération à bord. Pas facile quand les hommes en blanc ont introduit dans le jeu de rôles une panne d'électricité (consécutive au feu à bord) et qu'il faut descendre le dinghy à la main.
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Oscar sauvé des eaux
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Oscar s'en tire encore cette fois et finira par faire une bonne sieste au soleil. Mais les hommes ont bossé, comme dans la réalité.
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Comme dans la réalité, tout le monde s'est plié aux alertes. La vigie, pourtant éloignée des tumultes et astreinte à la vigilance en dépit de la simulation, avait enfilé ses cagoules.
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Et l'on n'a pas oublié de recharger les bonbonnes d'oxygène ainsi que les extincteurs.
Bel exercice qui ne s'est pas terminé sans autres avatars: en se portant au secours d'un bateau en perdition, on a déchiré la coque en l'abordant: voie d'eau, encore des courts-circuits, du feu, le temps que les charpentiers de marine étayent, calfatent et que les pompes pompassent.
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Un boulot de fous! Et pendant ce temps là, nous approchions de Sesimbra. Je ressentis comme un pincement. Nous étions au bout du voyage, mais les marins sont malins. Ils en ont profité pour compter les milles (marins), une opération qui consiste à décrire des "piscines". On dirait des hippodromes en aviation. Aller, virage, retour en sens inverse, virage etc.
Compter les milles consiste réellement à mesurer, entre deux repères, les valeurs affichées de puissance et les valeurs de vitesse vraie associée à un régime moteur donné. Pendant qu'on comptait les milles, nous sommes passés à table.
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J'ai apprécié le Creoula, cocktail de pirates secret dont je n'ai pas réussi à déterminer la composition. Un excellent cocktail. J'ai apprécié la cuisine, les crabes, l'arroz de marisco dont j'avais eu déjà une petite idée, les desserts et de nouveau ce café du tonnerre. J'ai apprécié le service attentif et les salutations du Chef.
Je peux dire maintenant que je connais une excellente auberge à 1 mille de la côte, face à Sesimbra.
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La pause fut de courte durée. Il a fallu que les hommes en blanc remettent le navire en alerte, qu'un homme se casse la jambe (pas pour de vrai), qu'Oscar retourne à la baille et cette fois avec le secours du treuil électrique.
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Un vaisseau amiral est passé
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J'ai hélas raté l'émouvant salut militaire pour ne retenir que le non moins émouvant coup de chapeau du Contra-Almirante. Qu'il me pardonne.
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Accostage
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Je le dis tout net: je préfère lever l'ancre plutôt que de le jeter. Le treuil d'ancre est une machine infernale d'une beauté effrayante. Il crache des poussières rousses, des étincelles. La chaîne est capricieuse. Elle avance par hoquets, stimulée par de bons coups de tatane. Cette ancre est parfaite, m'a confié le Commandant Da Silva Ramos. Elle a été conçue, tout comme le bateau, dans l'esprit rude de la pêche à la morue, première vocation du Creoula. L'étrave et la coque sont à l'épreuve de la glace. Et l'ancre croche bien.
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Aussi, ne vous étonnez pas si le Creoula a prévu de faire prochainement une expédition dans l'Arctique, non sans avoir revisité en chemin Saint-Malo, port Cap-Hornier.
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On a alors procédé au recensement des hommes et comparé l'effectif enregistré à l'effectif annoncé. Il en manquait un !
Les hommes en blanc nous avaient encore inventé une disparition, celle de l'infirmier. Suspense. Avait-il voulu jouer le rôle d'Oscar? On l'a finalement retrouvé, bien planqué dans un réduit.
Un message diffusé par haut-parleur nous a bien signifié que les exercices étaient terminés et que toute alerte nouvelle serait une alerte vraie.
Les hommes en blanc ont revêtu leurs uniformes hiérarchiques et le Commandement s'est enfermé dans le carré des officiers pour y procéder, je suppose à la fameuse avaliação.
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Creoula, bon pour le service
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Il a fallu que je me résolve à débarquer, la saudade dans l'âme.
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Je ne trouve pas les mots pour dire mon bonheur d'avoir vécu une journée d'une extrême richesse et pour remercier la Marinha de m'avoir offert ce privilège avec autant de gentillesse, de générosité et de simplicité.
Trois mots-clé pour caractériser ce corps d'élite qu'est la Marinha me trottaient en tête sur le quai de Sesimbra:
Professionnalisme - Ouverture - Générosité
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Je peux dire enfin que le Creoula est un beau sujet à peindre et qu'il mérite récompense.
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Mes vifs remerciements
à Messieurs
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Le Vice-Amiral Vargas de Matos
Le Contre-Amiral Tavares de Almeida
Le Contre-Amiral Junceiro
Le Commandant du Creoula da Silva Ramos
Le Capitaine de Frégate Valentim Rodrigues
Le Commandant du Vega J. Lucena
Les officiers, sous-officiers et marins
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A Paulo Santos par qui tout est arrivé
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Le reportage est fantastique! En un jour vous avez (presque) tout appris sur le Creoula.
Rédigé par : garina do mar | 13/05/2007 à 20:03
Mon Cher Jean-Claude:
Magnifique reportage,quelle joie, quelle finesse!
Dans ce parcours de marin...ce sont les personnes, plus que la mer, qui nous attirent plus.
Un grand merci.
FTA
Rédigé par : Fernando Tavares de Almeida | 17/05/2006 à 08:29