Elogio a Marinha (6)
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Ou une journée toutes voiles dehors
à bord du NRP SAGRES,
Navio da República Portuguesa
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Aurai-je décidément assez de mots pour dire ma reconnaissance à la Marinha Portuguesa? J'allais écrire, au génie portugais? Car il y a du génie dans tout cela. Le 3 mâts SAGRES est beau, grand et généreux. Ces mots gaulliens me viennent naturellement sous la plume. Pas de superlatifs qui ne veulent plus rien dire, tellement ils sont superlatifs…génial, géant, méga, giga, super, trop…Non, les mots qui s'appliquent au bateau et à ce corps d'élite qu'est la Marinha, sont des mots simples, bien plus forts:
beau – grand – généreux.
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Beau
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C'est un beau navire, avec et sans ses voiles, haut de bord, tout en bois, à part les trois mâts. Sur le Sagres, nul dispositif hydraulique ou électrique. Le travail est manuel. Et des mains, j'en ai vu travailler. Autant j'apprécie une fine main de pianiste, autant j'apprécie aussi une rude poigne de matelot.
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Je le dis tout net: le travail de cet équipage m'a littéralement fasciné. Je n'aurais eu d'yeux que pour lui si au fil des manœuvres, la beauté marine ne l'avait pas emporté. Mais mes appétences photographiques me ramenaient toujours au vrai sujet: les gars de la Marine.
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Aussi, je vous invite à réécouter Voilà les Gars de la Marine, chanson mythique des années 31. J'ai en tête la version des "Quatre Barbus".
Les Gars de la Marine (Le texte),
Les Gars de la Marine (extrait MP3)
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Et pas question d'anachronisme. Le Sagres date de 1937, ateliers navals Blohm & Voss, Hamburg, par ailleurs facteur d'hydravions. Du costaud, du germanique, de la deutsche Qualität. Il s'appelait Albert Leo Schlageter. Il fut capturé à Bremerhaven par les forces alliées en 1945, puis cédé au Brésil, puis acquis en 1962 par le Portugal.
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J'en pince pour son étrave comme j'en ai pincé pour celle du Creoula.
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Grand
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On y est à l'aise. Trois ponts. Un pont avant supérieur, un pont médian inférieur, un pont arrière supérieur. Je ne saurais dire lequel est préférable. J'ai bien dû parcourir dix kilomètres à pieds d'un pont à l'autre au cours de la journée.
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Trois mâts, un "matriz" au centre, grand et généreux, deux autres aux extrémités, grands et généreux aussi. Une équipe spécialisée règne sur chaque mât. Chacun a son mestre. Un mestre général coordonne le tout.
J'ai été étonné de voir cette forêt de cordages. Au centre, tout est cordage. En désordre apparent. mais en ordre certain. Je me demande s'il n'y a pas une relation entre un orgue, de grandes orgues, un piano et des cordages. Chacun est une commande. Chacun a une tension, un son, une utilité. Chacun se fixe sur un manchon de laiton. Gloire à ceux qui astiquent les cuivres! Car ça brille de mille feux.
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Beau
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Des ordres fusent. On entend des sifflets. Des hommes araignée montent à l'assaut, escaladent les échelles de cordes, se postent sur les vergues, tels des hirondelles sur un fil. Beauté de l'instant.
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Comme les hirondelles
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Le sifflet. Un langage d'oiseau pour les hirondelles
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On sait qu'ils sont harnachés, sanglés, assurés, les mousquetons fermés. Mais à voir leurs pieds glisser sur les suspentes, on ne peut s'empêcher d'apprécier leur courage aérien. On sait qu'ils montent à l'assaut encore frais, mais qui les a vus redescendre, harassés, le souffle court, empourprés d'effort, éprouve de la compassion.
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Je revois ce garçon aux joues écarlates, rire de la méchante petite brûlure de cordage qui zèbre son mollet. Et ses compagnons de rigoler aussi. Cela doit faire mal, mais où est le problème? Leur peau en verra d'autres.
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Larguez!
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Les voiles descendent et se gonflent. En un clin d'œil, le navire a changé de style et de graphisme. Les verticales s'effacent et font place aux horizontales. On ne voit plus qu'elles. L'indicateur de gîte marque 8 °. Les ponts sont obliques. Il faut savoir marcher, saisir au passage le moindre appui. Non ce n'est pas l'excellent vin rouge qui nous fait tituber comme des pochards. C'est la gîte!
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Le vent a forci dans l'après-midi. La mer s'est faite plus rugueuse. Quelques crêtes d'écume lui donnent son relief. On atteint 12 Kts. L'air est épais. On en mangerait presque, d'autant qu'il est pur. L'eau file. Mon pull marin se justifie. D'un bord à l'autre, de l'ombre au soleil, on a chaud ou on frissonne. Les passagers changent de tenue. De vieux loups de mer ont leur ciré ou leur anorak. L'équipage, lui, ne s'arrête pas à ces considérations de confort. Il travaille com tranquilidade.
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Des matelots hissent centimètre par centimètre. L'un d'entre eux rythme les tractions. Ils devraient affronter les équipes de soka-tira basques en matches amicaux. Ce serait rigolo. Je n'ai pas réussi à capter le ho hisse en portugais, mais cela lui ressemble.
Les quartiers-maîtres sifflent, les yeux au ciel, une main en visière. Etrange langage d'oiseaux que l'oiseau même ne connaît pas. Ils modulent des trilles.
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Les hommes de barre exécutent les ordres du timonier chef, lequel les reçoit de l'officier de navigation. 30° tribord. Deux fois…
J'aurais dû enregistrer cet autre langage.
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Sur la passerelle de commandement, c'est presque le silence. Le Capitão est attentif. Les ordres sont brefs et rares. J'ai remarqué chez lui une main gauche cambrée, doigts en étoile de mer, pouce Louis XV. Sa main droite, moins remarquable, était occupée par le micro. Temps d'arrêt avant de parler, sans doute un dernier mûrissement de l'ordre du moment. Et puis j'ai remarqué une respiration spéciale, lente, d'une régularité d'horloge.
J'ai alors mesuré tout ce travail qui s'accomplit de haut en bas, d'une précision micrométrique, sans dilution. Du travail d'orfèvre.
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Je l'ai vu se saisir de ses jumelles, scruter sur la ligne de cap et scruter encore. Son second faisait de même. Leurs regards portaient au loin. Autant de signes de concentration, mais surtout d'anticipation. Les conducteurs portugais devraient passer une épreuve de navigation avant de se lancer sur les routes à bride abattue sans nul souci de prévision.
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Beaux sont les uniformes d'été. Le tailleur doit être un couturier. J'ai une pensée amusée pour celui qui avait taillé mon uniforme de biffin à la machette dans du gros drap kaki qui gratte. Ce que j'avais l'air cloche! Mais eux, quelle élégance! On dit le blanc fragile, dans les chaumières. Je n'ai pas vu une seule tache, ni un faux pli.
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Généreux
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Généreux étaient les galons. Je n'avais jamais voyagé avec autant d'amiraux à la fois. Ce n'était plus un vaisseau amiral, mais tout un état major qui croisait au large de Lisboa, y compris, je pense, son ancien chef maintenant retraité. C'était un jour fort étoilé.
Généreuse était la popote. Pour ceux qui s'étaient levés tôt, le breakfast était déjà loin et le vent du large aidant, les premiers signes d'hypoglycémie s'étaient déjà manifestés bien avant midi. Il flottait par instant des effluves de cuisine qui n'arrangeaient rien. Les estomacs se nouaient. Midi tardait. Il fallut jeter l'ancre.
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Les petiscos, l'apéritif et assiettes de bacalhau a braz furent cueillis avec une joie non dissimulable. Le vin aussi. Car dans la Marine Portugaise, il y a du vin et pas le moindre. L'US Navy en aurait perdu le Nord, elle qui n'a toujours pas aboli la prohibition. Mais ne sommes-nous pas du continent de Bacchus ?
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Généreuses étaient les voiles et l'ombre bienfaisante qu'elles dispensaient. L'opération de largage dura bien une heure. Assez pour observer le magnifique travail des marins, "du moussaillon au commandant", comme dit la chanson. Pour le béotien que j'étais, ils n'ont pas été avares d'explications.
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On remarquait la présence à bord de la Secção Alentejana et des Sub-Secções d'Alcácer do Sal et de Santo Andre, représentées respectivement par C.B, JCP et A.C. Une fierté de sudistes. Et trois amis de plus.
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Défi
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Une conversation très cordiale avec le commandant m'a très vite fait comprendre qu'il fallait un peu oublier les avions et qu'une fois revenu à terre, je n'aurais d'autre devoir que celui de peindre le Sagres à la suite du maître Roger Chapelet. Je le savais un peu avant d'embarquer. Gros défi.
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Chapelet sera toujours Chapelet.
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Mais je relève le gant. Je crois que ce fut ma dernière parole adressée au Commandant José Luis Vale Matos:
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- Qui n'ose pas, n'obtient rien...
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J'ai déjà mon idée. Mais elle pourra changer, car dans mon travail de peintre, l'important est le choix de la composition. La peinture est affaire de technique.
J'avais besoin de ce voyage pour enrichir ma sentimentalité envers le Sagres que je n'avais jusqu'alors seulement vu de loin ou entrevu. Il fallait que je tombe amoureux comme je suis tombé amoureux pour le Creoula ou le Vega.
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Le Vega, acrylique sur toile JCP. Offert à la Escola Naval pour les 30 ans du voilier.
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Creoula II. Acrylique sur toile JCP. Collection privée.
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Creoula I. Acrylique sur toile JCP. Offert au Creoula et à son Commandant João da Silva Ramos. Photo prise le jour des 70 ans du Creoula, le 10 mai 2007
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Il fallait que je m'emplisse de ces images et du travail des hommes pour restituer une toile qui tienne la mer.
Le Sagres célèbre ses 70 ans en octobre prochain. Ne serait-ce pas le moment où jamais?
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5 juin 2007, une bien riche journée!
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Agradecimentos
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A Messieurs
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Le Contre-Amiral Junceiro
Le Commandant du N.R.P. Sagres, José Luis P.A. Vale Matos
Le Capitaine de Frégate Valentim Rodrigues
Les Officiers, sous-officiers et marins
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Viva a Marinha !
Viva Portugal !
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Bonjour,
J'ai retrouvé votre trace par hasard sur le Net, après avoir appris le décès du fondateur d'Alquimista.
L'an dernier, je me suis permis de passer voir votre maison à Alcacer, espérant faire votre connaissance. Personne, alors tant pis, peut-être pour une autre année et une autre remontée depuis l'Algarve.
Là-bas, depuis ma terrasse, je vois quelquefois passer le grand bateau blanc, même une fois des dauphins autour des chalutiers rentrant à Portimao.
Pour l'instant, en guise de grand bateau blanc et de mer bleue, je suis derrière mon écran au boulot....
Rédigé par: jean-pierre rimaize | 27/06/2007 at 15:36
excellent reportage, commme vous nous habituez!!
et quelle chance Jean Claude! je vous envie..
j'ai déjà étè sur Sagres plusieurs fois - diner, déjeuner, visite, un Porto au coucher du soleil mais je n'y ai jamais navigué..
il y a quelques années, c'était tout arrangé: j'allais rejoindre Sagres aux Açores et faire le voyage de retour, mais la Marine était sans recours (l'habituel) et à fait revenir tous ses bateaux..
deuxième fois, la même année: le commandant de Sagres me dit que je pourrais faire le voyage des cadetes en Octobre... um mois en avance, il laisse le commandement et s'en va à Escola Naval! il m'a dit qu'il pourrait parler au nouveau commandant mais ce n'était pas la même chose...
enfin! Sagres me doit encore un tour de navigation ;)
Rédigé par: garina do mar | 13/06/2007 at 10:23
Quel bonheur ce bateau mon frere!J'ai entendu tous les bruits !
Jacques
Rédigé par: jacques | 12/06/2007 at 08:06
P...Qu'c'est beau! Beau reportage, bel éloge. Tous mes compliments.
Rédigé par: Phil' | 12/06/2007 at 04:34
et bien voilà un beau texte enthousiaste, tes photos sont uniformément belles
bleu blanc
vous aviez une lumière parfaite
j'ai hate de voir la série de toiles que tu vas faire
Rédigé par: jp | 10/06/2007 at 14:11