(La Nuits-Saint-Georges est à nous ...)
Le quartier était calme, malgré quelques clameurs mesurées qui provenaient de temps en temps d’une rencontre de polo, sport très prisé dans la région. Des passants élégants se saluaient avec courtoisie, d’autres considéraient d’un œil narquois le « nouveau jardinier » que j’étais, incapable de faire démarrer correctement la tondeuse ni de couper horizontalement la haie.
Après le dîner, je lisais, négligemment allongé sur le canapé de cuir, heureux du privilège qui m’était accordé. Je regrettais presque de ne rester sur place qu’une petite semaine, tant cette demeure était élégante et raffinée.
Je montais me coucher le plus tard possible, profitant à ma guise de l’immense bibliothèque du salon, de la télévision grand écran et de l’excellente chaîne hi-fi.
Au bout de trois jours de cette vie de palace, je n’avais toujours pas trouvé le temps de prendre connaissance du petit mot rédigé à mon attention par le maître des lieux, une petite carte de visite, pourtant déposée bien en évidence dans une corbeille sur la table du salon. Je décidai donc de réparer mon erreur. Le cher homme m’invitait à choisir dans sa cave une bonne bouteille de vin qui conviendrait au pavé de foie gras qu‘il avait mis à disposition dans le réfrigérateur et à tester ses cigares de la Havane.
Le soir suivant, après une journée de cours épuisante, prolongée par une longue série de conseils de classes, l’envie me prit de répondre à l’invitation de mon hôte, en descendant à la cave pour une excursion œnologique. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il avait beaucoup réfléchi à son avenir. J’avais, à portée de main et du palais, une réserve pour plusieurs générations ! Je passai rapidement dans le rayon des bordeaux, négligeai la travée des beaujolais et m’arrêtai longuement dans l’allée des bourgognes. La collection était impressionnante : des chablis, des meursaults, des côtes de Beaune, tous aussi prestigieux les uns que les autres. J’optai sans regret pour un Nuits-Saint-Georges dans sa poussière et ses toiles d’araignées.
En remontant au salon, je cherchai une musique qui siérait à mon plaisir gustatif. Je ne sais pour quelle raison, il me plaisait de vivre cette soirée en compagnie de Mozart.
Alors, au centre d’une assiette en porcelaine de Limoges rose de Paris, je plaçai délicatement mon bloc de foie gras, puis me versai une première rasade de Nuits. J’attendis plusieurs minutes avant de commencer mon festin. Je restai de longs moments à jouir de ce spectacle visuel, à humer le bouquet intense et parfumé de mon bourgogne.
Prince solitaire de la nuit, j’éprouvais le besoin de parler à ma bouteille, de remercier mon bienfaiteur, d’exposer mon bonheur à tous mes proches, à tous mes amis absents. J’avais le vin bavard et le verbe généreux. J’aimais la terre entière et le disais à Mozart, à Don Juan, à ses conquêtes.
Le propriétaire heureux savait aussi qu'il avait un GARDIEN de qualité , tout comme le foie gras et la divine bouteille .
Quiquine .
Rédigé par : PAULUS PETIT JACQUELINE | 28/10/2011 à 16:51