A minuit, il ne restait plus grand-chose dans la bouteille. C’était aussi une heure raisonnable pour aller me coucher. Le foie gras du chef, puis les magrets de canard, les fromages et le millefeuille achetés chez un grand traiteur de la ville, n’étaient plus que souvenirs.
Un petit cigare pour la route ? Autant vivre jusqu’au bout une expérience unique, dans le luxe et la frime, comme un indigène deauvillais du Triangle d’Or, ce quartier smart compris entre le Golf Barrière, l’hippodrome et la villa Strassburger. Avant d’allumer mon barreau de chaise, je tins à en respecter le rituel, en le fumant à cru, pour en percevoir une première bouffée aromatique. Je reçus alors sur les papilles une décharge délicieuse de senteurs d’épices, de sous-bois et de foin coupé. Je découvris cette nuit-là, en savourant mon premier havana, que le plaisir qu’on en retire est tellement envoûtant qu’on peut le comparer à la dégustation d’un bon vin.
J’eus par la suite, toutes les peines du monde à monter l’escalier pour rejoindre mon lit, même en m’accrochant fermement à la rampe.
La nuit fut agitée, perturbée par des fêtards qui soufflaient dans des trompettes de cotillon et des voyous qui terrorisaient les vieilles dames. Des Cadillac freinaient à grand bruit sur des graviers, des portières claquaient sans retenue…Un homme, sans doute piétiné par un cheval, geignait derrière la haie …Je voulais fuir, mais ne le pouvais, ce monde de brutes et de criminels …Des voix caverneuses prédisaient des massacres…
Des voix ?
"Négliger la travée des Beaujolais" me paraît blasphématoire, mon cousin! Enfin, passons, tu étais jeune!
Rédigé par : Daniel Bas dit Chedozot | 16/10/2011 à 15:51