15 heures.
Muni d’une clef gigantesque, j’entre dans la tour dont les trois niveaux casematés sont portés par un pilier central. Je n’avais pas pensé à un détail : à présent, la marée est à son maximum et l’eau pénètre par les embrasures inférieures.
La base de la construction est encombrée d’énormes blocs de pierres, de caisses, d’objets inidentifiables, vraisemblablement abandonnés depuis des lustres par des individus sans scrupules. Il y a là, un capharnaüm incroyable, couvert de mousse, brassé par les vagues, déplacé au gré des tempêtes. Au plafond, l’ambiance n’est guère plus engageante : c’est le paradis des araignées, des chauves-souris, des chouettes. Ma lampe torche n’éclaire que modestement les ténèbres. Par acquis de conscience, j’amorce un semblant de recherche, mais je me rends très vite à l’évidence qu’il faut renoncer à cet argent. La mort dans l’âme j’arpente les remparts, en me demandant comment regagner Rouen. Ce billet, le seul en ma possession, était en partie destiné à payer mon séjour religieux. J’ai bien mon carnet de chèques, mais mon compte est quasi vide et je dois attendre encore une semaine pour toucher mon salaire.
Accoudé aux créneaux de la muraille, j’essaie de me consoler en contemplant les maisons du Moyen-Âge étagées les unes au-dessus des autres. Dans le ciel, c’est un enchevêtrement prodigieux d’arches tendues d’une tour à l’autre.
Insensiblement, mon esprit chagrin revient à l’aventure du jour. Pourtant, un aspect de l’incident pourrait en d’autre temps en faire rire plus d’un. N’ai-je pas vécu, d’une certaine manière, en courant lourdement sur les rochers, une scène digne des plus grands films comiques de Louis de Funès ?
Quant aux 500 francs abandonnés à la mer ou à l’appétit des rats, mettre ainsi une croix sur cette somme, n’est-ce pas un peu mettre une croix …sur mon Église ?
Cette boutade me remet un peu de baume au cœur, quand je sens quelque un respirer derrière mon dos : le séminariste. Désolé, quand je lui raconte mon histoire, il se tient immédiatement à ma disposition pour m’avancer l’argent du retour.
Je ne sais pas exactement pourquoi, mais j’attends un peu avant d’accepter son offre et l’assure ne pas être dans le besoin.
J’aimerais bien continuer ma promenade, seul, sur les chemins de ronde, mais la présence un peu pesante de mon garde du corps m’en empêche. Alors, j’en suis réduit à prétexter un mal de tête pour rentrer m’isoler dans ma chambre jusqu’au dîner et rester à ma fenêtre pour regarder tomber le soir.
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