Midi. Lisieux. Une jeune femme et son petit garçon viennent s’asseoir en face de moi. Plongé dans ma lecture, je ne m’aperçois pas immédiatement de l’aspect insolite des deux personnages. L’enfant, n’est pas un enfant. Il s’agit en fait d’un nain potelé aux sourcils broussailleux, d’un âge indéfinissable, entre vingt et quarante ans. La « mère » et « son petit » se tiennent par la main. Mais …Ils se dévisagent…Surprise ! Ils se pressent l’un contre l’autre et ne cessent de comparer leurs alliances…Puis ils déplient un journal, tournent les pages, commentent l’actualité dans leur langue commune, l’Italien, et s’arrêtent finalement aux informations locales. Discrètement, et à l’envers, je constate qu’ils s’attardent sur une photo présentant un cirque et un gros titre concernant des clowns ! Mais, oui, mais c’est bien sûr ! Ainsi, je voyage en compagnie d’artistes vraisemblablement célèbres : un pierrot longiligne et un auguste rabougri.
Nous échangeons des politesses et des sourires. C‘est le seul moyen d’en apprendre davantage sur mes deux compagnons de route.
Après les banalités d’usage sur le soleil qui tarde à se montrer ou le train qui n’est pas en avance, nous en venons à l’essentiel. Ces messieurs-dames se sont mariés au Havre, entre deux représentations et rejoignent le cirque Pinder, pour une tournée d’une semaine dans le Calvados.
Mes nouveaux camarades de compartiment me montrent à présent des photos de famille. Ici, c’est Achille Zavatta qui leur fait la bise, là, Frank Sinatra qui les félicite lors d‘un spectacle donné à New York…et puis, et puis, nous arrivons à Pont-L‘Evêque. Tout le monde descend. Il faut changer de train. Nos destins se séparent.
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