(Horreur ! Je viens de découvrir que ce café n'existait plus...Il se trouvait à l'emplacement du Tanaka ? Kanaka ? Xanaka ? A gauche de l'image. Un magasin de vêtements ? )
Refuge idéal par temps de pluie ou lors de canicules pour manger des glaces.
Je me souviens. Une vieille s’endort. Son visage s’approche dangereusement de la tasse de café. Puis s’affaisse, s‘enfonce. Par à coups. Irrémédiablement. On le sent, on le sait, dans quelques secondes, son nez plongera dans le liquide encore chaud. Attention, attention, plouf ! Aussitôt, l’appendice nasal se redresse, souffle, s’ébroue, arrosant au passage la soucoupe et la robe. La grand-mère ouvre un œil. Elle fait maintenant tous ses efforts pour rester éveillée. Quelques sourires contenus chez les voisins. On a toujours pitié des personnes âgées, même si, secrètement, chacun attend avec intérêt la prochaine trempette.
Une prostituée proche de la retraite sirote son Pastis. Poudrée outrageusement, rouge à lèvres mal étalé, elle surveille du coin de l’œil les quelques hommes susceptibles d’être attirés par ses derniers avantages.
Les nombreux miroirs de la salle offrent un terrain de jeu exquis pour les regards obliques. La jolie silhouette en face de vous se trouve en fait sur le côté et ne s’attend pas à être observée. Quand les yeux se croisent enfin, il est trop tard : le trouble suscité est une promesse de succès.
Le Café de Rouen était le rendez-vous des amoureux et des retrouvailles splendides. Des mains parcouraient sous la table des espaces défendus en attendant de se libérer plus tard dans une mansarde ou dans la Forêt Verte.
Et puis, l’odeur du sandwich jambon- beurre… La mie en est fraîche, mais pas trop et le beurre déborde généreusement sur un côté. Il faut aussi avoir entendu le doux crissement de la mousse sur les lèvres au moment de la première gorgée de bière.
JAC, le 30 mars 2012
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