Mon père racontait souvent cette histoire.
Dès le début de la guerre 14, les familles avaient beaucoup de mal à trouver une nourriture suffisante et équilibrée, surtout dans les villes. L’hiver, les enfants se réchauffaient à la vitrine du boulanger et rêvaient de brioches ou de pains blonds.
Or, un jour, mon père et son ami Didi Couillot, âgés d’une dizaine d’années, avaient réuni quelques économies pour s’acheter chacun un croissant.
Là, ils entrent dans une grande pâtisserie, fiers de faire sonner les nombreuses pièces de petite monnaie, consciencieusement accumulées depuis des mois.
Ils passent et repassent devant les gâteaux, font semblant d’hésiter entre un rocher Congolais et un Paris-Brest. Puis, repartent comme prévu avec leur croissant.
Alors, assis sur un banc du square, ils déplient lentement le papier et dégustent leur friandise.
Mais, sans doute plus affamé que son camarade, Didi le prend de vitesse, et termine son croissant en un temps record. Maintenant, il lorgne avec envie sur les rares miettes qui tombent sur le siège et sur la blouse de son voisin.
Puis, c’est plus fort que lui, il formule clairement sa demande :
-Tu m’en donnes un petit bout ? Juste un petit bout…
-A la guerre comme à la guerre, mon vieux, la vie est dure.
Aussitôt, l’impensable se produit. Didi Couillot sort de sa poche …un énorme millefeuille ! Tout beau. Tout Chaud. Dégoulinant de bonne crème sucrée. Il le dévore comme un ogre.
Mon pauvre père s’étouffe dans ses dernières miettes.
Mais, ce n’est pas tout ! Le voleur extirpe d’une autre poche un second millefeuille ! Et il l’engloutit tout aussi vite.
Enfin, au moment où les deux garçons quittent le jardin, le petit bandit exhibe devant les yeux ébahis de son copain, une splendide tarte au flan !
Et il l’ingurgite, sans partage, comme les trois autres gâteaux.
A partir de ce jour, mon père a pris deux décisions importantes : ne plus fréquenter ce vaurien et ne plus jamais s’approcher de la fameuse pâtisserie.
JAC, le 19 avril 2012
J'imagine bien les deux garçons qu'étaient Didi Couillot et notre père.
Le béret enfoncé sur les oreilles,la grande blouse à carreaux,la culotte courte et les chaussettes en " tirebouchon" : tout comme les enfants du film d'Yves Robert, La guerre des boutons .
Ils avaient aussi parié de chanter Nuits de Chine dans le silence du recueillement de la messe,Saint Gervais de Rouen .Et ils ont tenu leur pari !Bandes de petits chenapans ...
Quiquine.
Rédigé par : PAULUS PETIT JACQUELINE | 19/04/2012 à 11:34