Novembre 1913.
Mon père, alors âgé de huit ans, a économisé centime par centime pour offrir à sa maman un cadeau d’anniversaire. Le seul achat possible, compte tenu de son maigre capital, est un croissant.
Sans doute déjà sensible aux fluctuations de la Bourse, il achète la « surprise », trois jours à l’avance. On ne sait jamais, une guerre est si vite arrivée.
Puis il l’enferme dans une armoire. Mais, au fur et à mesure, son appétit grandit. De temps en temps, il contemple la pâtisserie. Il a de plus en plus envie d’en grignoter un morceau, juste un tout petit morceau.
Alors, au bout du deuxième jour, n’y tenant plus, il ose écorner un peu la friandise. Le lendemain, c’est plus fort que lui, il attaque la partie opposée, histoire de masquer un peu les dégâts ou d’équilibrer l’architecture de la pâte feuilletée.
Au jour J, la maman découvre en s’extasiant l’essentiel d’un corps de croissant, mais mutilé, amputé de ses deux coins.
les croissants étaient si rares chez nos Grands Parents,que cette patisserie semblait être la plus grosse envie d'un enfant de 8 ans.
Pauvreté n'est pas vice ...et on mangeait le plus souvent des ATTIGNOLLES ,sorte de raclures de comptoir du charcutier,avec des bribes de n'importe quelles viandes ,pour corser le goût et donner l'impression ...juste l'impression ...qu'on avait fait un repas de ROI.
Pas question de dessert ,le strict nécessaire,pour pouvoir grandir et se muscler au Juste prix .
Cette histoire du croissant AMPUTE ,notre Père me l'a encore racontée la veille de son départ à 91 ans .
Quiquine.
Rédigé par : PAULUS PETIT JACQUELINE | 20/04/2012 à 17:19