François compatit à la mélancolie de Caroline, la femme du notaire, souvent pris par son étude, dépassé par les dossiers ou par les rapports fusionnels qu’il entretient avec sa maman.
Comme l’épouse reste des journées entières à se languir au domicile conjugal, le jeune homme accepte de venir régulièrement converser avec elle, histoire de lui tenir compagnie ou de chasser ses idées noires.
Au début, il n’est qu’un confident. Mais les entrevues se rapprochent. Bientôt, elle l’attend avec impatience. Très vite, elle ne peut plus se passer de ses beaux yeux.
Pendant que le mari se rend en Belgique pour acheter un chien de race, Caroline se donne corps et âme à son nouvel amant.
Certes, il est marié lui aussi, mais elle n’en a cure.
Un soir, tandis qu’ils ahanent d’amour tous les deux sur le canapé du salon, quelqu’un ferraille dans la serrure de l’entrée, puis tambourine de rage à la porte. La situation est grave. Heureusement, elle a pensé à mettre la chaîne de sécurité.
Dans les mauvais films, on entend dans ces cas-là : « Ciel ! Mon mari ! », mais aujourd’hui, la seule phrase qui lui vienne est : « Ah, le con ! Il est rentré ! »
Vite ! Le pantalon, les chaussettes, la fenêtre et puis sauter sur le trottoir.
Mais, déséquilibré par une poubelle mal placée, François se reçoit mal, il trébuche, puis retombe, un genou dans le caniveau. Forte douleur à la cheville, au tibia, au coude.
Il rentre chez lui en boitant bas. Comment expliquer à sa femme l’origine de ses blessures ? Comme d’habitude, il improvise, en accusant les services municipaux de ne pas entretenir la ville, en pestant contre les fruits pourris qui traînent sur le trottoir.
Le lendemain, la jambe enflée, il se rend chez le médecin. Examen approfondi. Radio.
Le surlendemain, c’est l’opération. Puis, rééducation.
Les rapports se distendent entre François et Caroline.
Finalement, on en vient à se séparer en termes courtois.
Trois mois plus tard, visite de contrôle à Paris, chez un spécialiste.
Clara, son épouse, accepte de l’accompagner, d’autant plus volontiers qu’elle a ce jour-là une amie à voir et des courses à faire au Quartier Latin.
Après la consultation, le couple se retrouve aux Deux Magots. Elle l’attend, assise à la terrasse et lit un magazine. Il ne lui dit pas un mot sur l’état de sa jambe, puisqu’elle ne cherche même pas à savoir ce qu‘a dit le médecin.
Le silence qui s’établit entre eux n’est pas pesant. Il les accompagne depuis des années.
Mais, qui remarque-t-il, là, à côté de lui…son ex-maîtresse…Incroyable coïncidence ! En compagnie de son mari !
Aussitôt qu’elle aperçoit son ex-amant, Caroline se tourne ostensiblement vers son notaire, l’homme de sa vie, et le couvre de regards tendres.
François, de dépit, se penche alors vers sa femme, toujours en train de lire, et lui entoure la taille, tout en lui caressant la nuque.
JAC, le 30 juin 2012
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