27 octobre 2008, Siem Reap, Cambodge,
Au café Malraux de Siem Reap, André a choisi pour nous ce soir un interminable solo de guitare d'Eric Clapton de la belle époque, puis un Bob Dylan fatigué après ses nuits blanches de Woodstock. Maintenant les tenanciers du lieu insistent pour me passer Jimmy Hendrix. Mais je ne suis pas sûr que le ministre écoutait ce chanteur casseur de cordes.
Les Cambodgiens n'ont pas de rancune envers les pilleurs de temples. Cet homme, futur ministre de la Culture du général de Gaulle, se rend au Cambodge en 1923, pour faire fortune...Il a bientôt jeté son dévolu sur le plus raffiné des temples : le Banteay Sreay. Aidé d'une scie égoïne, il s'attaque à un bloc décoré d'une danseuse gracile. Des carrioles tirées par des buffles l'attendent...Mais avant même de parvenir à Siem Reap, il est arrêté, puis fait prisonnier. Une décision de justice étonnante le condamne... à un emprisonnement avec sursis. Il est relâché.
Le temple est un petit bijou sculpté dans le grès rose, qui prend différentes teintes selon l'orientation du soleil. Partout les façades sont gravées d'une multitude de motifs floraux et de délicieuses figurines.
Tout au fond à gauche, voici les bas-reliefs qu'André Malraux avait démontés. Ils ont repris leur place initiale...toutefois avec des copies : on ne sait jamais!
Cet homme de lettres aimait tellement la culture que de Gaulle l'a nommé plus tard ministre. L'histoire ne dit pas s'il est revenu par la suite au Cambodge saluer les statues ressuscitées de Vishnou. Mais les bourreaux se prosternent rarement devant leurs victimes...
Bien sûr, après tant d'années il y a prescription. Pourtant cette histoire me laisse perplexe. Pour tout dire, ma mère m'a inculqué des principes : on ne goûte pas les raisins chez la marchande, on finit sa soupe et on ne décapite pas les déesses à la scie égoïne. On ne peut pas se refaire.
Le temple de Banteay Sreay raconte une histoire de statue, de statut, de statu quo.
JAC, le 30 juillet 2009
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