23 avril 1976
On peut affirmer, sans vraiment se tromper, que l’homme traverse au moins une fois dans sa vie une crise mystique.
La mienne s’est produite il y a trente-cinq ans, à la suite d’un sévère redressement fiscal, accompagné d’une importante dévaluation affective.
Après avoir passé en revue diverses méthodes, plus ou moins saugrenues, pour effacer l’irréparable et éliminer les idées noires, il m’a semblé pertinent de vivre quelques jours en compagnie paisible des moines de l’abbaye du Mont-Saint-Michel.
Mais, habitué à voyager sur les routes d’Orient, j’avais envie, avant d‘entreprendre ce voyage, de me mettre sous la dent quelque lecture édifiante concernant l’histoire du Mont.
N’ayant pu me procurer dans la papeterie de mon village le moindre guide du Routard sur la région, je me rabattis sur ma bibliothèque pour y chercher dans le Horla de Maupassant, quelque description enthousiaste du Mont-Saint-Michel. Peine perdue : le héros y apprend de la bouche d’un moine des histoires effrayantes de fantômes, de bouc à tête d’homme, de chèvre à figure de femme. De quoi vous inciter à choisir un lieu de séjour plus attrayant, avec un thème de vacances capable de requinquer une armée en déroute, Venise et ses palais, par exemple, les vignobles du Beaujolais ou les marchés de truffes du Périgord.
J’étais donc sur le point de renoncer à ce séjour, lorsque je rencontrai un ami qui me vanta les mérites d’une récollection dans un monastère de Bretagne. Longtemps sombre et dépressif, il en était revenu heureux, rayonnant, transfiguré, après avoir côtoyé les religieux pendant deux semaines. Alors…
J’ai le souvenir d’un périple qui a duré toute une longue journée en train, depuis Rouen jusqu’au Mont-Saint-Michel, avec de multiples arrêts et des correspondances épuisantes à Lisieux, Pont-l‘Evêque, Deauville et Caen.
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