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Note:
Ici commence, dans la catégorie PORTRAITS, une série en dix tableaux
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Premier tableau: MAUD
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Mon oeuvre légère de peintre de nus est née dans le paradoxe, grâce au concours involontaire de Maud, notre bonne, une fille simple de dix-sept ans venue de la campagne.
Paradoxe est le mot qui convient. Maud était l'antithèse d'un modèle. Elle était dépourvue de charmes, abstraction faite de deux avantages non négligeables: une poitrine de haute tenue, ronde, harmonieuse, dure, vivante, caressée par une abondante chevelure très noire aux reflets bleutés, ondulée, soyeuse, en parfaite santé. Je n'eusse pas supporté d'y débusquer la moindre pellicule et c’est peut-être cette santé capillaire qui a emporté mon indulgence.
Car hélas, son visage était atone, décourageant, pas même éclairé par ses grands yeux (qui étaient sombres et avaient tout du chien basset), ni par sa bouche lippue, relâchée, mouillée par une langue trop volumineuse pour sa cavité buccale.
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Quant au cul, comme on dit, mon Dieu ! C’était un consternant monument de l'art plastique. Il lui tombait dans les chaussettes et les mollets dans les talons. On eût dit qu'au dos de son éternel et sombre pantalon flou de drap bouloché, un parachute fessier de pilote de Spitfire avait glissé jusqu'à ses mules à pompon qu'elle portait en permanence aux pieds. Du moins était-ce l'image que sa face postérieure m'évoquait sans que je puisse lui trouver de justification plus clémente.
Madame l'avait engagée, bien plus pour son physique ingrat que pour ses qualités de service, dans le but bien établi de me protéger des tentations. Elle me savait capable des défaillances les plus incongrues, d'autant que son nouveau métier lui imposait de fréquents voyages. Lorsqu'elle s'absentait plusieurs jours consécutifs, j'étais pour ainsi dire interdit de sortie, car elle contrôlait ma présence en m'appelant sans répit au téléphone. J'étais donc condamné à peindre mes miniatures de fruits et légumes. D'ailleurs, elles se vendaient fort bien. Ces petits tableaux me permettaient de vivre, c'est-à-dire de couvrir largement les frais de notre ménage informel, outre les gages de Maud, car pour ma charmante maîtresse, j'en étais l'utilisateur et le bénéficiaire le plus assidu.
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Durant cette captivité de fait, Maud et moi restions souvent seuls à la maison. Nous prenions nos repas en tête-à-tête, parfois sans échanger une parole, à l’exception des politesses d’usage. Aussitôt rassasié de nourritures aqueuses, brûlées ou sans goût, je filais dans mon atelier, laissant Maud à ses besognes répétitives. Le soir, sa vaisselle achevée, elle montait discrètement se coucher dans une petite chambre contiguë de la nôtre. Madame l’avait fait aménager coquettement dans un ancien dressing. Ainsi, pouvait-elle avoir Maud sous la main en tant que de besoin, m’avait-elle rétorqué alors que je m’étais étonné de ce choix qui risquait de compromettre notre intimité : Madame était bruyante. Moi, je regardais lascivement la télévision jusqu’à l’apparition de la grille de réglages devant laquelle il m’arrivait de m’endormir. Il m’arrivait aussi de dessiner quand les émissions m’indifféraient. J’esquissais alors des pommes, des poires tout en suivant l’action à distance.
Une première fois, j’ai convié Maud au salon, l’invitant à exploiter son droit au repos, à la distraction et à la culture. Madame était absente, qu’elle en profite ! J’avais pris soin de déblatérer sur ma compagne, d’invoquer à mots couverts son peu d’appétit sexuel qui faisait de nous des frères plus que des amants. Maud ne m’avait pas semblé comprendre, comme d’habitude.
Qu’elle prenne place, donc. Ce petit écart de familiarité resterait entre nous. Ma proposition lui causa un grand embarras. Mais je l’embarrassais toujours dès lors que je lui adressais la parole. Je crois que je lui faisais peur sans que je sache en quoi. Je ne ménageais pourtant pas mes gestes amicaux, n’étant pas avare d’effleurements. J’avais le ton rude il est vrai. Ma barbe me donnait autorité.
Devant mon insistance, elle consentit enfin à prendre place à l’extrémité du divan, me faisant comprendre par mille signes de maladresses, d’hésitations et de gestes manqués, que sa condition ne lui conférait pas le privilège d’en partager le confort en ma présence. J’étais le Maître.
Ce soir-là, sous la houlette de Jacques Chancel (qui régnait alors sur la culture musicale), l’Opéra de Paris donnait le ballet Petrouchka, aussitôt après le journal télévisé. J’avais tamisé les éclairages avec un naturel qui m’était familier. Il m’arrivait parfois de créer cette ambiance intime lorsque Madame consentait à me faire l’offrande de son corps, déjà fort sollicité dans son métier de marieuse, par des don juans et des Casanova de fortune. Alors que je réglai les rhéostats à la limite de l’extinction, Maud m’apparut en clair-obscur, sculptée par les éclats sautillants de l’écran. Dans ce contexte pour le moins fabriqué, l’ingrate Maud offrait une silhouette sinon belle, du moins intéressante. Son visage immobile, tantôt estompé, tantôt durci de lumière crue s’animait enfin. Elle m’émut. Elle n’avait pas l’habitude de s’asseoir. Je la revois, s’efforçant d’allonger sa jupe de laine noire, rétrécie, feutrée par les lavages à chaud. Je me surpris à lui inventer un contenu riche de pleins et de déliés, au gré de mes investigations imaginaires. Car souvent, en m’endormant, je me projetais des scènes ; je lui mettais paternellement la main au bon endroit.
Certaines fois, elle était farouche et je sombrais dans un légitime sommeil. Certaines autres, elle me laissait fourrager dans son entrejambes sans m’opposer de résistance. J’avais l’impression onirique de tenir une de ces marionnettes sans pattes que j’animais du bout des doigts. Dame, il fallait bien que je vive !
Je me versai un fond de whisky pour la route et me postai dans l’ombre, derrière le téléviseur. De là, je faisais face à ma petite Maud, bien décidé à lui conter fleurette, convaincu qu’elle n’en toucherait mot à quiconque. Un très court instant, j’entrevis comme la clarté d’une culotte. Maud serra d’instinct les genoux. Son regard croisa le mien ; je le soutins avec juste assez d’insistance, dans l’attente d’y déceler la lueur de concupiscence déjà vue en rêve quand je jouais au montreur de pantins.
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- Maud, ne bougez plus, laissez-vous aller, ne tirez plus sur votre jupe, je vais vous dessiner. Vos cuisses sont appétissantes, le saviez-vous ? Montrez-en juste ce qu’il faut, je vous en prie…
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J’eus peine à la convaincre de suivre le ballet comme si de rien était. Elle balbutia qu’elle n’avait pas l’habitude. Sa peur se lisait sur sa lèvre inférieure qui se relâchait plus que de coutume. Elle se lisait aussi sur ses sourcils fournis, mais tombants, encadrant ses grands yeux soumis. Elle se lisait enfin sur ses efforts à sécher ses paumes que je devinais moites et glacées. Je n’étais pas mécontent du trouble que j’entretenais d’autorité. Je l’invitai à poser ses mains de part et d’autre du divan, en appui, bras symétriques, à respirer profondément, à se détendre, à garder la poitrine haute, élégante (je lui en fis compliment) et à allonger le cou.
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– Vous portez un soutien-gorge, ma petite Maud ?
– Oui monsieur.
– Ah, c’est mal, il ne faudrait pas. Pour votre santé, j’entends. Et une culotte ? Vous en portez une ?
– Oui monsieur.
– Diable, vous voulez finir à l’hôpital…Enfin, vous êtes grande, c’est vous qui voyez.
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Mon crayon maigre volait. J’esquissai la géométrie incertaine du contour à petits traits, ne cherchant pas à mesurer. C’eût été risquer, à chaque visée, de déconcentrer mon modèle dont je connaissais la propension à fondre en larmes pour un oui ou un non.
Mon crayon gras – un Othello 282 – travaillait en force, talochait des noirs de charbon d’où la gomme de nylon exhumerait les plus vives touches de clarté. Après dix minutes de torture (qui sans doute lui parurent valoir le double), je profitai du quart d'heure d'entracte pour lui présenter ma première approche. Je rallumai. Elle me sembla apprécier son image, mordit son fruit mur et charnu de lèvre inférieure, infléchit ses sourcils vers le haut cette fois et articula que je dessinais très bien. Je lui suggérai de poursuivre. Je lui ferais cadeau de l'œuvre et au besoin, je la lui encadrerais en doré comme je le faisais pour mes pommes, mes poires, mes coings, mes piments, mes oignons...
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Elle me remercia d'un merci beaucoup monsieur, qu'elle décora de son plus beau cheveu sur la langue. Elle me demanda la permission de s'absenter aux "vécés". Je la lui accordai volontiers, tenté soudain de l'écouter se déculotter et pisser à grand flot - comme une vache -, me dis-je. Je me déchaussai, éteignis la lumière du couloir et me glissai contre la porte. Je n'avais pas fixé mon écoute que le téléphone sonnait. Contrôle de routine. Je me précipitai en patinant vers le salon. C'était bien sûr Madame. Je lui répondis d'une voix endormie que j'appréciais son appel, mais qu'il m'avait tiré en sursaut de mon premier sommeil. Oui, je m'étais assoupi comme un enfant devant la télévision.
Froissée par mon peu d'éloquence, Madame remit au lendemain la litanie de recommandations domestiques qu'elle destinait en principal à Maud (déjà couchée, avais-je précisé) et subsidiairement à moi, qualifié "d'indécrottable patate de canapé". Elle ne me ménageait pas. J'étais privé de sorties pendant un an ferme pour l'avoir trompée avec Odile, sa meilleure amie. Mais je ne m'en plaignais pas. J'assumais ma peine incompressible en échange d'une vie bourgeoise dans une maison de luxe assortie d'un atelier de peintre. Un confort auquel je n'aurais jamais pu prétendre à moi seul.
Je raccrochai quand la chasse d'eau se mit à fonctionner. Je réinvitai Maud à reprendre la pose, ce qu'elle fit de bonne grâce. Le rideau se leva de nouveau sur Petrouchka. Maud semblait plus à son aise. La musique lui parlait-elle? Je n'ai rien noté à ce sujet dans mon éphéméride, à la page du 5 février 1976. J'ai par contre débordé sur les 6 et 7 et rajouté nombre de feuillets volants bien enfermés dans la malle secrète que je conservais au grenier. Madame n'y montait jamais, ayant décrété une fois pour toutes qu'une comtesse, fût-elle conseillère matrimoniale, ne saurait fréquenter les échelles de meunier.
J'en reviens au croquis. Il prenait corps. J'avais saisi l'expression de chien battu, la complexion anatomique des chairs et des faisceaux de muscles sous le drapé du corsage blanc et de la jupe. C'est en cernant les rotules que l'évidence m'apparut: il me manquait cette ouverture, ces limbes de l'impénétrable que les Classiques occultaient sous un drapé de rigueur. Dali même, à l'instar de Rembrandt, Boucher, Fragonard, Ingres, avait usé du drapé. Gala si potelée, ne nous avait offert en spectacle que le sixième d'un pubis, certes charnu, jaune de Naples, prometteur, bon à mordre, mais imberbe. Seul Courbet avait franchi l'interdit avec "L'Origine du Monde", peinte en 1866 pour un certain ambassadeur ottoman à Saint-Petersbourg, Khalil-Bey.
J'étais au pied du mur. J'allai renoncer. Il m'aurait fallu des mois pour expliquer à Maud les vertus de mon choix esthétique, Courbet...Gustave...épicurien au regard acéré...Ou bien l'anesthésier, lui faire boire une infusion de verveine dans laquelle j'aurais dissous un somnifère auquel ma très chère Sonia Borgel, dite Madame, avait parfois recours lors de ses retours de tournée d'inspection.
Maud n'en eut pas besoin. Elle sombra d'elle-même, au dernier tableau de l'œuvre colorée de Stravinsky. Elle ronfla même, la nuque et les jambes abandonnées sous un angle déjà intéressant, hospitalier. J'eus la tentation de gommer et de graver les grands plis qui cernaient une horrible culotte verdâtre striée de "M" majuscules strictement parallèles dont la vulgarité me fit douloureusement bander.
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Je baissai le son à l'extrême. Maud était donc une femme et non plus cet ange qu'elle s'évertuait de faire paraître. Mes rêves ne m'avaient pas trompé. Je retrouvais l'idée que je m'étais fait - a priori - de son intimité. Je m'agenouillai devant elle. Je lui devinai un crin d'ébène pareil à ses cheveux, emprisonné dans ce minable sous-vêtement. En dépit de son ridicule, il n'échapperait pas à la hiérarchie des molécules constituantes des parfums adultes. Petites molécules de tête, très volatiles, pipi. Moyennes molécules, dites de cœur, moins volatiles, cannelle et vanille. Grosses molécules de fond, non volatiles, persistantes, senteurs marines, survivances d'une vie antérieure aquatique. Mes crayons devenaient alors inutiles. Je m'interdis formellement d'avancer la main et à défaut, le nez, vers "L'Origine du Monde". Le viol, fût-il seulement buccal, n'est pas mon lot, car je n'ai de plaisir que dans le partage. Mes seuls bons souvenirs de Madame ne sont faits que d'échanges de bons procédés.
J'ai donc laissé la télévision allumée et je suis allé m'allonger dans ma chambre dont je n'ai pas fermé la porte. J'espérais être vu nu, cloué en croix, provocateur d'attirances, pédagogue muet, suborneur innocent. Je pensais au dessin que j'avais abandonné sur le divan, à côté de Maud.
Finalement, le sommeil eut raison de mon attente. Je me suis éveillé à neuf heures trente, une de mes faiblesses que Madame ne m'accordait plus jamais en semaine. La maison était vide. Maud devait être au marché couvert. Je profitai de son absence pour inspecter sa chambre. Dans sa couche encore tiède, gisait "son" dessin. Il ne sentait rien d'autre que le papier et le graphite. Quelques poils alentour et dans les plis des draps, des évocations de curry. J'en étais pour mes frais. Par contre, au fond d'une corbeille, je découvris une garniture périodique presque intacte, tout juste tachée d'une ligne rouge sombre, le rouge anglais, me dis-je, pour ne pas crever de honte. L'objet était sec, neutralisé. J'y perçus tout de même des molécules de fond. Ma mémoire les associa à la selle de cuir de la bicyclette jaune qu'une de mes voisines, de six ans mon aînée, montait dans les années cinquante. Je revis une robe blanche plissée pareille à celle que Marilyn Monroe fit voler pour le monde entier. Je revis des fesses ancrées sur la selle de cuir en forme de museau de lévrier. Mais loin d'en tirer profit, mon cerveau d'enfant avait conclu - bien hâtivement - que si les femmes faisaient tant de mystère au-dessous de leur ceinture, c'était pour dissimuler cette femelle singularité olfactive. J'avais aussitôt affranchi - j'allais dire mis au parfum - mes petits camarades qui durent méditer ma révélation jusqu'à ce que leur instinct de jeunes chiens s'éveillât, non pas à la première prise, mais aux suivantes comme je l'avais constaté plus tard dans les conversations masculines.
Pour ma part, le miracle de la Révélation se produisit à la deuxième expérience. Elle s'appelait Claire Binet je crois me souvenir. Encore une bonne, mais celle-là couchait. Elle se laissait trousser sans mot dire, sauf pour me refuser la faveur de me trousser moi-même alors qu'elle avait les bras ballants. Elle n'excluait cependant pas ni mes lèvres ni mon nez ni ma langue dont elle jouissait en silence jusqu'à se secouer de convulsions que je pris à l'époque pour une inquiétante maladie de nerfs. Je m'enfournais dans ses divins replis, m'emplissant de musc, de sels et de nectars interdits. Nos ébats prenaient toute leur ampleur dans mon lit d'adolescent, aussi étroit que celui de Maud. Etant aussi forte que je pouvais être frêle, Claire débordait de ma couche de tous ses membres. Je me revois les tempes prises en étau dans ses beaux muscles de lutteuse. Je ressens encore les coups de son jeune pubis dans mes gencives. J'avais le goût du sang en plus des autres, ceux de tête, de cœur et de fond. Au paroxysme de son émoi, je forçais le barrage anarchique de ses mains griffues, bravant ses ruades et je m'abandonnais à l'orée de son bois, par crainte d'une paternité précoce mais surtout, par angoisse d'une aventure abyssale. Sa bouche m'était alors interdite, je ne pouvais l'embrasser qu'avant, jamais après. Avait-elle honte de ses secrètes secrétions?
Pour l'heure, Maud se révèlerait-elle meilleure à l'oral?
Je chassai cette question de mon esprit tout en sachant qu'elle me reviendrait en m'endormant, en peignant une fraise, un bigarreau, une orchidée luisants dans leur tout petit carré d'obscurité. J'étais fait pour des cadrages serrés à la Courbet. Je replaçai mon dessin à l'endroit où Maud l'avait laissé.
Avec le recul, je mesure aujourd'hui la valeur que ce document a prise dans ma vie. Sans que je le sache encore, ce papier dérisoire préludait à une recherche anatomique plus aboutie et plus systématique. Il me suivrait en songe dans ma quête du bonheur. Celui que je livre ici est une reconstitution, pas un original, à la différence des études suivantes. Celles-là procèdent d'un véritable métier, entretenu par toute une clientèle de modèles volontaires qui m'ont commandé ces autoportraits intimes pour le moins singuliers, inspirés de l'audace et surtout, du "cadrage" de Gustave Courbet, mon maître de l'intimité. Quant à Maud, je ne l'ai plus jamais croquée, à l'exception de ce "remake" tardif.
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Ce matin-là, à son retour du marché, elle n'avait pas posé ses cabas que je m'agenouillai devant elle et la serrai à perdre haleine, lui déclarant mon amour interdit. J'invoquai sa jeunesse, Madame que je ne baisais plus, ma misère morale. Alors, prenant mon courage à bras le corps, je l'attirai vers le bas, plaquant fermement mes paumes sur ce cul orphelin qui lui tombait dans les chaussettes, mais que j'allai adopter. Je sentis ses genoux fléchir. Quand ils touchèrent le sol, je pris sa bouche. Oh le regard! Cette flamme des trop vilaines! Ce bonheur d'être aimée alors que tout semblait perdu. Elle ne portait plus de soutien-gorge. Je recueillis ses fruits et tétai, effilant les pointes comme on suce une glace italienne. Elle bandait des tétons. Sa blouse se délia encore, bouton par bouton, baiser après baiser. Sa langue avait pris vie au fur et à mesure de ma descente aux enfers. Mes mains aussi. Ainsi font les marionnettes. Elle portait par contre encore sa culotte de la veille.
Désobéissance!
Oh cette candeur naïve de nos yeux quand l'Origine du Monde fut gagnée! Ce frisson partagé dans un bric-à-brac de manteau et de victuailles de toutes sortes! A gauche, un panier garni de carottes, d'échalotes, de poireaux. A droite, la culotte verte, douteuse en diable, un sac de boucherie et le pain: une baguette parisienne déjà flasque qui serait piétinée. Au milieu, Nous Deux, enfiévrés. J'ai invité ma cavalière à regagner son lit.
Là, à l'issue de sondages précautionneux, j'ai finalement investi la bonne auberge avec une facilité déconcertante, n'en croyant pas ma verge (je ne sus que plus tard le nom du saligaud qui m'avait devancé). Elle n'était pas pucelle. J'ai pris ses fesses à pleines mains et je l'ai travaillée avec des lenteurs de singe paresseux pour graver le souvenir. C'est ainsi qu'elle aimait, brossée à forte pression. Nos toisons en crissaient d'entrain. Elle se mordit la main et m'estampilla un suçon de couleur aubergine sur l'épaule.
Ah Maud! Fille de joies, réceptacle de bouillons de culture! Mémorial!
Dès le deuxième jour de nos transgressions, Maud se découvrit à moi sans que je la sollicite. Qu'importait si elle avait gardé ses socquettes. Elle n'en était que plus animale dans la lueur du téléviseur. Elle avait cette fois ôté culotte et me promit qu'on ne l'y reprendrait plus, sauf pour montrer celle de belle couleur parme que je lui avais offerte. Nous fîmes des essais de croisé de jambes. J'admis l'exception, mais la règle serait, sauf contingences, le port de la motte à nu, lèvres offertes au vent tiède de mon souffle court et gourd.
Je lui fis ainsi prendre la pose dans notre escalier bourgeois, moi en bas, elle en haut, au jardin, assise sur une cantine. Je l'ai entreprise sous un rai de lune, dans le lit conjugal, drapée dans le déshabillé de Madame, une beauté satinée de couleur champagne, signée Nina Ricci que nous avons tachée.
Les temps étaient doux à vivre. Ils furent malheureusement courts. Madame revenait en fin de semaine. Elle n'a pas pu constater que Maud n'avait rien foutu de ses journées. Le linge à repasser était resté en plan. La vaisselle s'était amoncelée. La salle de bain était toute en bordel, comme nos chambres, comme le téléphone qui pendait, hors contrôle.
Tard dans la dernière nuit, nous avons refait de l'ordre en nous promettant de ne rien laisser paraître, jamais. Au dernier matin, non sans avoir bu et rebu, je l'ai aidée aux corvées. J'ai épluché, astiqué, épousseté, récuré, entrecoupant les travaux ménagers de bonnes pauses extatiques. Durant cet épisode, nous nous sommes autorisé des inventions, des fugues et des canons. Nous avons transgressé les conventions du langage. Je lui ai fait dire et répéter l'indicible. J'ai développé son vocabulaire anatomique et argotique. Rien de moi ni d'elle ne lui a échappé qui ne porte un nom délicieux. Toutes choses qu'on occulte généralement par peur de représailles divines ou sociales. Et puis la vie a repris le droit chemin. J'ai porté un sparadrap sous la clavicule pendant plus d'une semaine, avec le sentiment réconfortant de n'avoir pas souffert pour rien.
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Fred Størksen
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Prochainement:
deuxième tableau. Sonia
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Test URL http://zingo.typepad.com/plume_au_vent/
Rédigé par : JCP | août 17, 2006 à 10:13 AM
c'est bien parti cette suite
Claire Binet
fallait le trouver non ?
et tu vas nous faire croire que ce sont des réflexions de peintre
Rédigé par : jp | août 20, 2006 à 11:09 PM
Je bidouille histoire de voir si ça marche car je suis un "digonneux".
Rédigé par : Chedozot | septembre 11, 2006 à 08:15 AM
O.K. ça a l'air de marcher, commentaires suivent dans la journée
Rédigé par : Chedozot | septembre 11, 2006 à 08:18 AM
A Chedozot:
Coragem! A luta contra o obscurantismo informatico continua, venceremos a adversidade !
Rédigé par : JCP | septembre 11, 2006 à 01:48 PM
Commentaires envoyés par e-mail. Ferai mieux la prochaine fois. La petite lucarne m'intimide encore. Question de mentalizaçao...
Rédigé par : Chedozot | septembre 12, 2006 à 08:54 AM