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septembre 27, 2006

Esquisses (5)

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Rappel:

"Esquisses" se lit dans l'ordre numérique, par tableaux. Voir Esquisses (1) Premier tableau "Maud". Deuxième tableau "Sonia". Troisième tableau "Pauline Mougins". Quatrième tableau "Carole".

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Cinquième tableau: Hélène et Eva

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J'avais pour ainsi dire oublié Hélène Rossi et sa compagne Eva Mercantour, la femme en chair au camion de 35 tonnes. J'achevais à peine le triple portrait de Carole qu' Hélène, me rappelant à son bon souvenir, me téléphonait. Après Maud, Sonia, Pauline, Carole et les autres... je pouvais désormais prétendre à une spécialité.

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Hélène évoqua la nuit de l'an neuf chez les De Watteyne, notre tango, notre rock démonstratif Tutti Frutti, all over rootie, mes dessins suggestifs, la gratinée à l'oignon et les engagements que nous avions pris.

Elle collaborait à la rédaction d'un brillant quotidien suisse - ce que j'ignorais - qui ambitionnait de faire sa percée en France. Elle en était correspondante pour le Midi et l'Italie. Capito ?

Je lui donnai rendez-vous au Blue Bar, sur la Croisette encore praticable. Dans quelques semaines, je ne bougerais plus de mon repaire jusqu'en septembre. « Mes filles » passeraient le mois d'août en Toscane, dans la famille. Il ne nous restait que très peu de temps pour réussir le triplet. Une chance, Eva entrait en sabbat. Elle avait vendu son entreprise de transport et comptait exploiter un vignoble à San Gimignano. Le bonheur! M’affirma Hélène dont la beauté avait doublé d'éclat.

On attaquerait en simultané. Je fis deux croquis. Rossi, je la voyais farouche, sachant culotte garder, mais laissant à Eva le soin de l'en dépouiller. Mercantour, comme saisie en relief, s'offrirait à crever l'écran, lèvres au vent. Mais je savais déjà que je contournerais l'effet de chair vive en créant une fleur de lotus ambiguë, nacrée. Hélène me suggéra d'accroître l'intensité dramatique en mettant en scène les mains de sa partenaire, sans ostentation cependant : pas de tripotage complaisant, mais de l'émotion contenue.

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Eva. Fusain

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Je m'inscrivais clairement à des années lumière du porno. Elle me faisait confiance. J'esquissai les traits d'une caresse angélique. Nous passions tous par cet acte naturel de charité bien ordonnée. Tous autant que nous étions. C'était l'abondance frénétique qui engendrait la laideur. Et Hélène (que j'avais connue plutôt discrète sur le sujet) de me déballer une litanie d'avanies reçues comme autant de blessures et pour tout dire de tortures...

- Ces boucheries vidéo sur canapé...Ces petits minets de golden boys avec leurs appareils pareils à des matraques...Ces blondasses aux frimousses de poupées, cuisses de grenouille en lévitation, épilées jusqu'à l'os, prêtes à tous les enfournements...Ces goûteuses aux lèvres et à la langue de mérou, débitant entre deux simulacres de bonheur des textes bâclés, toujours la même salade...Ces cataractes de fin du monde, Victoria, Niagara, plein la gorge profonde...Et ces fausses gouines mécaniques de supermarket en froufrous orange, dans des scénars griffonnés pour machos de pacotille, pour ratés de la bagatelle...

Non, Fred ! Il fallait sauver le sexe du naufrage!

J'étais en accord parfait avec elle. Nous allions bannir le sexe de boucherie et ses dérivés qui défigurent l'émoi amoureux ! Magnifier, faire jaillir le bon, l'Intemporel de l'Amour ! Sa rosée printanière qui sourd de la feuille, son feu aux joues et aux oreilles, son souffle court, ses palpitations délicieusement proches de l'agonie manquée, ses ratages hilarants et ses aléatoires, mais furieuses victoires harmoniques...

- Sais-tu que « Pali, pali, ô erotas » que nous portions Eva et moi sur notre t-shirt, sont les premiers mots d'un poème de Sapho?

Notre théorie du plein cadre mesuré, de la main innocente, ferait l'unanimité. Hélène s'en portait garante. Son discours, son emballement m'avaient épuisé. Parlerait-elle autant en séance? Saurait-elle comprendre mon besoin de recueillement, à l'instar de ce médecin très chrétien dont Carole m'avait rapporté l'exemple par ailleurs peu glorieux?

Nous sommes allés fouler le sable encore vierge de la Croisette. Nous nous sommes assis. Hélène m'a pris la main, l'a embrassée avec ferveur, m'a fixé au fond des yeux et au bout d'un long silence que je ressentis pathétique, elle me fit ce tendre aveu:

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- J'ai confiance en toi, Fred.

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C'est sans doute le regard et la parole de femme qui m'ont le plus bouleversé tout au long de mon parcours erratique. Je n'étais donc pas ce voyeur doublé d'une pute que je craignais de paraître. D'ailleurs, je me faisais toujours payer après. J'honorais d'abord mon obligation de résultat. Certes, je me faisais plaisir avant et pendant l'acte pictural. Et je me fais encore plaisir en rédigeant ces lignes depuis ma retraite du bord de mer. Mes notes, mon Revox, mes cartons, mes photos, ma mémoire ont résisté aux déménagements, aux changements de cap, aux dérives. Avec Carole, Hélène reste une favorite. Nous nous sommes promis de nous revoir sous quelques jours et nous nous sommes quittés sur un adieu grec très personnel :

- Pali!

- Pali!

A partir de ce jour, ces caractères si beaux en cyrillique et leur prononciation sont devenus notre signe de ralliement, notre code de connivence.

J'étais descendu à Cannes, j'en profitai pour flâner dans la galerie où j'exposais, tenue par une certaine Chiara, encore une amie de Pauline. J'y reçus un grand choc. Les cimaises étaient délestées. Pas une de mes miniatures n'était en vue. Pommes, poires, avocats, mangues, abricots avaient disparu. Que des murs vides et sur les tables, des cartons et des monceaux de papier de soie bouchonnés. Chiara me sauta au cou. Je tombais à point nommé. On m'avait cherché partout, aux Adrets, en ville. Pauline courait les marchands de couleurs, les bistrots. La nouvelle était de taille: ma collection venait d'être achetée dans son intégralité par un seigneur de Brunei. Pas question d'attendre le terme de l'exposition. D'ailleurs, ses hommes étaient là qui attendaient dans deux limousines funèbres garées sur le trottoir. Dès l'emballage achevé, la cargaison partait pour l'aéroport de Mandelieu d'où un jet devait décoller. Chiara avait joué banco, consenti à lâcher une remise de 10% pour payement cash. L'argent était au coffre. A raison de moitié moitié, ma part resterait belle. La galerie remettrait ses vieilles croûtes en piste. Et moi, quand regarnirais-je ce filon? Je n’en avais fichtre aucune idée. L'instant d'avant, j'étais encore sous le charme des perspectives qu'Hélène et Eva allaient m'offrir. Tout un mois de patientes touches de jaunes de Naples, de bleus de Prusse, de pourpres violacés, de bruns Van Dick...Je n'étais pas dans la course. Je retrouvai Pauline au fil de sa cavale. Je me souviens de ce curieux baiser de retrouvailles, bien plus fougueux, plus profond que d'ordinaire. Il préluda à un voyage éclair en Indonésie que nous fîmes en octobre, à la mauvaise saison des moussons. Un voyage de business qui nous fit atterrir dans un nid de peintres surdoués, rapides et peu gourmands: cent dollars la miniature, exécutable en une journée/homme que je revendrais dix fois son prix à des chalands en villégiature ou à des émirs. Sans compter les retombées de presse, les commandes particulières, les trophées dans les manifestations culturelles.

Pendant deux ans, jusqu'à saturation du marché et il faut bien le dire, jusqu'à ma profonde lassitude, je reçus de Jakarta des colis réguliers. Je n'avais qu'à apposer ma signature sur les tableaux déjà encadrés et la messe était dite.

Madame prit ombrage de mon succès, d'autant que son cabinet cannois s'était délité jusqu'à la faillite personnelle de son agent local, une certaine Véronique Talmont de Saint-Cyr, reprise de justice pour avoir défenestré une de ses rivales. Pour ma part, j'eus à essuyer un redressement fiscal en 1980 qui eut en partie pour conséquence de m'éloigner en Espagne, à Fuenterrabia. Je reparlerai de cet exil doré. Pauline conduisit en fait mes affaires indonésiennes au lendemain de cette vente miraculeuse. En échange, elle eut de moins en moins de prise sur mes tableaux de femmes. Edmonde Dalembert et Antonella Ceccaldi furent ses dernières trouvailles, mais pas les moindres, financièrement parlant.

Hélène et Eva habitaient un petit mas non loin de Fayence, à quelques kilomètres de chez moi. J'aimais cet environnement paisible de garrigue et de pins. Leur maison était construite au bord d'un lac. Je m'y rendais presque chaque jour, empli de bonheur. J'avais définitivement banni le mot « gouine » de mon vocabulaire, si je conservais encore, à l'époque, le terme de « pédés » pour désigner leurs équivalents masculins. Il est vrai qu'à Cannes, j'étais servi. Je détestais qu'on m'y harcèle à la nuit tombée, qu'on m'y taxe de dévergondée ou à l'inverse, de grande timide, selon le ton de mes refus à m'offrir, selon leurs expressions imagées, un petit dessert, une cerise sur le gâteau. Je ne tolérais l'homosexualité masculine qu'à la condition qu'elle ne me fasse pas personnellement outrage et qu'elle ne déborde pas en paroles. Je tirais sans doute cette défiance de mon père, grand chasseur de tantes au sens militaire du mot. Mais nous, nous étions à l'époque où la pièce et le film « La Cage aux folles » venaient de nous éduquer dans le sens d'une meilleure compréhension des différences. La pédagogie ne vaut que dans la joie.

Hélène et Eva me reçurent en frère de lait. J'étais de leur bord. J'avais appris à vénérer Sapho de Mytilène (qui rimait avec Hélène) et ses poèmes: Pali, pali et ces douceurs:

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Ce qu'il y a de plus beau pour les uns, c'est la vision d'une armée à cheval ou à pied.

Mais pour moi, ce qu'il y a de plus beau, c'est de voir quelqu'une aimer quelqu'une.

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Je m'étais empli de ces vers touchants de simplicité pour peindre la phénoménale toison châtaigne d'Eva et l'indicible soyeux ou « soyance » comme j'aimais à chanter, de la culotte d'Hélène. Que n'étions-nous amants! Mais goûter, user, abuser étaient une utopie, Dieu merci. C’eût été briser l'émotion. Pauline s'acquittait honnêtement, mais si loin de la réalité de mes songes qui étaient devenus mes moteurs de plaisir.

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La Belle Hélène

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J'allais de l'une à l'autre tandis que nous écoutions des cantates profanes et la Fantaisie chromatique de Bach, les Barricades Mystérieuses de Couperin et Rondo alla Turca , ciselé par Al Jarreau.

Mon pinceau volait d'une à l'autre. Mais ce travail d'artiste sans bourse délier, valait dix orgasmes bien accomplis avec Pauline, dans une paillote de Bali. Dans ces moments de grâce picturale, j'aurais sans doute aimé être femme, plutôt que de porter bâton et besace, les impedimenta du chemineau. J'aurais préféré la discrétion à ces outillages dépourvus de mystère et répondant aveuglément et militairement aux stimuli : couché, debout, feu, repos ! Tantôt belliqueux et dévastateurs,  tantôt déserteurs et crosse en l'air pour toujours finir flapis, misérables et meurtris en appareil alchimiquement neutre, mais fragile et sensible au moindre heurt. Appelons cela l'autre tendon d'Achille.

Nous évoquâmes souvent Brassens et sa chanson « Le Blason ». Un cacique de nos connivences. Une autre femme me comprend aujourd'hui, une rescapée de l'enfer des hommes à qui j'ai dédié ce testament apocryphe, cet Atelier du peintre et ces mémoires (légers) de grands plis, vrais ou inventés. J'y suis moi-même perdu.

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Eva

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Vous qui poursuivez, si je vous disais qu'Eva et Hélène me tombèrent dessus à bras raccourcis, qu'elles me dépouillèrent de ma substance, s'en délectèrent jusqu'à la lie, me firent les honneurs de leurs palais enchantés, me croiriez-vous? Non.

Vous avez raison, ce n'était rien qu'un test de lecture.

C'est Pauline qui fit les frais de mes chastes expériences, à tel point que je la mis enceinte en dépit de ses savantes précautions et de son peu de goût pour la maternité. Florent et Florence naquirent d'une mère imprévue et d'un père improbable. Ce qu'on a coutume d'appeler « Le coup du Roy ».

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J'en reviens à mes amantes platoniques de Fayence. J'achevai non seulement les deux toiles à l'heure dite, mais je leur offris la troisième où Hélène était surprise en flagrant délit de convoitise, dans un flou total. A elles de reconstituer l'ordre des choses. J'avais en tout premier plan les cheveux soyeux d'Hélène et leurs reflets bleus. En second et en dernier plan, une vue partielle du tableau d'Eva. Leurs imaginations feraient le reste. Les filles me firent un triomphe, invitant même Pauline à sabler l'événement, qui elle-même se permit de convier Antonella Ceccaldi à la fête. Cette dernière ne fut pas la bienvenue, errare femininum est si j'ose dire avec un effet de manche.

Ce fut un épisode intense en surprises. Nous étions venus, Pauline et moi, dans la Maserati de la Ceccaldi, femme dont il était difficile de connaître l'emploi et l'âge. Avait-elle trente « à sec » ou cinquante ans après liftings? Pauline m'affirmait qu'elle en avait trente-deux. Elle était officiellement cover-girl, c'est-à-dire qu'elle posait dans la haute mode, la lingerie fine et jouait une seconde et demie dans des films publicitaires. C'est du moins ce qu'elle m'avait déclaré au téléphone quelques temps auparavant. Elle avait besoin, pour son « book » d'un tableau « significatif », formule prometteuse. Pauline avait eu l'excellente idée de la diriger vers moi qui étais un spécialiste de l'insolite. Nous fîmes connaissance dans la superbe auto italienne, garnie de cuirs et de bois précieux. Pauline avait pris place à l'arrière et me caressait un peu trop au-delà des pectoraux. Je m'interroge encore sur ce qui lui passait parfois par la tête.

Par chance, le voyage fut court de Cannes à Fayence, mais suffisant pour enregistrer quelques traits. Antonella était habillée de noir. Je ne sais plus de quelle étoffe était sa robe, mais elle était noire, courte et soulignait une peau d'une rare blancheur sous ce climat. La plupart des Italiennes étaient olivâtres ou hâlées. Elle était de petite taille pour un modèle. Ses cuisses étaient menues et courtes. Elle conduisait pieds nus. Elle avait un débit de voix haché. Ses mots étaient nerveux, elle bégayait parfois et s'aidait de ses mains de neige pour accoucher d'un mot simple. Nous faillîmes accrocher un camion en route. Elle me paraissait zinzin. Elle pilotait à côté de ses pompes. Pauline m'avait prévenu « elle est folle, mais pleine aux as ». Au péage des Adrets, elle perdit les pédales face à l’employé, ayant compris à tort :

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- Il manque un franc, grand-mère.

- Je ne rêve pas, vous avez dit grand-grand-mère?

- Moi? Non, j'ai dit il manque un franc, quand même.

- Et pourquoi quand même ?

- Je ne sais pas...

- Alors, si vous ne savez pas, taisez-vous!

- Chère petite madame, fit l’homme, avec une condescendance à peine déguisée.

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Je dégainai le franc manquant pour couper court. Elle eut un tic, haussa les épaules et me remercia confusément. Pauline affichait un sourire constant, neutre, énigmatique qui signifiait « T'occupe, je sais ce que je fais ». Je réussis à guider la Maserati sans nouveaux heurts, jusqu'au portail des Rossi-Mercantour, mes adorables clientes dont j'étais devenu un ami privilégié, un intime, chose rare dans leur cercle exclusif.

Pali, pali...

Les filles avaient exposé deux de mes trois œuvres sur un buffet de fruits de mer dominé d'huîtres, de vénus et d'oursins, d'ananas, de litchis et de pâtisseries : des forêts noires. La Ceccaldi y ajouta un bouquet de roses jaunes et une bouteille de champagne distingué au col mince. Pauline et moi avions apporté un gros bidon d'huile d'olive « du moulin », un nectar première pression à froid et un bouquet de strelitzias.

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Pali! Pali! O erotas!

Les filles nous firent un accueil chaleureux. Pauline, La Ceccaldi et moi fûmes couverts de compliments, chacun selon ses mérites. Les femmes pour leur beauté et leur générosité, moi pour ma patience. Le résultat était là. Au deuxième pastis Boyer, ne se sentant plus de joie, la Ceccaldi se déclara bisexuelle et ès qualités, s'arrogea le droit de retrousser sa robe, puis de s'afficher parmi les trois tableaux. Quelle ne fut pas notre stupeur de découvrir un sexe de petite fille, nu, imberbe, lisse, touchant de candeur. Et la Ceccaldi de balbutier qu'il n'y avait aucune raison pour qu'elle demeure plus longtemps en reste dans ce décor qu'on célébrait.

S'étant fondée sur les apparences, elle avait raison dans un certain sens. Pauline avait commis une bévue en imposant la présence d'Antonella, c'était mal connaître les filles chez qui on ne partouzait guère. Elles le firent comprendre clairement. Elles s'aimaient, vivaient une vie de famille, projetaient une adoption, une descendance, loin, très loin des clichés. Elles n'étaient pas des vicelardes comme en rêvent tous les hommes. Rien à voir avec ces gousses ou ces goudous des boîtes à garçonnes. Les Rossi-Mercantour formaient, bourgeoisement parlant, un couple d'honneur.

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Cette initiative malheureuse suscita un peu plus tard notre première scène conjugale entre Pauline et moi. Elle prit fin, comme je l'ai dit, par la conception de Florent et Florence. A l'avenir, Pauline n'interfèrerait plus jamais dans mon marché particulier. La soirée se maintint dans des limites acceptables et l'on feignit, de bon cœur, d'avoir oublié le petit chef-d'œuvre d'Antonella qui n'intéressait personne, sauf moi pour les raisons qu'on aura comprises.

Mes adorées émigrèrent en Toscane, l'une pour soigner la vigne, l'autre pour donner aux Suisses quelque raison de ne pas désespérer de leur isolement quasi insulaire et de la petitesse de leurs faits divers qui se pavanent sur les manchettes des quotidiens apposées sur les caissettes de vente :

Monstre carambolage, un mort !

Pully: Un rat dans la cuvette des WC !

Ou encore Lausannois démasqué, il torturait des pigeons !

Hélène couvrait les événements de Florence et de Sienne, entretenait une rubrique gastronomique et une chronique de « balades » pédestres. Je les ai revues en 80, à San Gimignano. Elles étaient encore plus belles et plus amoureuses, grandes, exemplaires.

- Pali, pali !

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Fred Størksen

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Prochainement:

sixième tableau. Antonella

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Voici les sites qui parlent de Esquisses (5):

Commentaires

L'auteur excelle dans les formules lapidaires qui résument en deux coups de cuiller à pot tout un univers. "Couché, debout, feu !" décrit de manière saisissante le caractère mécanique, dérisoire, finalement pauvre et tristounet de la sexualité masculine comparé à la richesse, la diversité, l'intériorité, l'imprévisibilité de l'univers sexuel féminin.
Bon, c'est décidé, si la métempsicose dit vrai, si je suis réincarné dans un corps de femme, je serai lesbienne.

Un Y à métempsycose. Désolé.

"La pédagogie ne vaut que dans la joie". C'est si vrai que pendant la dernière guerre, mes livres de primaire s'intitulaient: "L'arithmétique en riant", "La grammaire en riant", etc. L'Education Nationale pensait sans doute que les gosses avaient bien assez de tourments avec le rationnement et les bombardements.

Avec cette belle brochette de belles créatures, j'aime bien l'expression de l'auteur très modeste " mes chastes expériences"

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