Esquisses (8)
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Rappels:
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"Esquisses" se lit dans l'ordre numérique, par tableaux. Voir Esquisses (1) Premier tableau "Maud". Deuxième tableau "Sonia". Troisième tableau "Pauline Mougins". Quatrième tableau "Carole". Cinquième tableau "Hélène et Eva". Sixième tableau " Antonella". Septième tableau "Edmonde"
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Rappel des personnages:
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Maud,
la pureté originelle révélée dans les fastes de l'exotisme.
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l'esprit de lucre sous le masque de la concupiscence.
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femme à la douche, égérie, mère de deux enfants, inventive, prête à toutes les compromissions pour faire de sa vie un chef-d'oeuvre en perpétuelle remise en question.
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la chasteté déguisée sous le manteau de la convivialité.
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Le couple modèle. Le sens du partage sous les apparences de l'égoïsme.
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la perversité contrariée sous le loup de l'infantilisme vénusien.
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PDG en manque de bonheur, si pourtant tout semble lui sourire
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Bénédicte,
l'impalpable mais inéluctable attraction des aimants de signe contraire.
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Huitième tableau: Ludmilla Erivan
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Je n'avais pas "achevé" Edmonde que Ludmilla Erivan, veuve d'un roi du caviar de la Caspienne, s'offrait à moi sur un plateau d'argent. C'était à Monte Carlo, à la faveur d'une soirée mondaine que Pauline et Edmonde, très complices, avaient animée chez les Van B..., joailliers, spécialistes du stylo à plume or.
Elles m'avaient présenté légèrement en qualité de peintre de miniatures fruitières, pas en qualité d'époux, je n'étais que compagnon. Toutefois, mes huiles avaient de la griffe. La Galerie Amalfi à Cannes, mais aussi Le Pensec à Royan, Scheuermann à Biarritz, De Cestac à Bordeaux, Costabella à Deauville. Et mon entrée picturale dans le réseau du stylo était en cours. Succès assuré. Mes égéries faisaient du bon boulot.
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J'étais le seul des mâles à porter chemise de lin froissé, sans cravate, ni papillon, ni costume. Le barbu au négligé soigné que j'étais n'échappa pas à l'une des invitées qui lui rappelait, peut-être, un amant, un rival de feu Variam Erivan, son mari, victime l'an passé d'un accident d'hélicoptère sur les pentes maudites du Mont Ararat. Carbonisé. On familiarisa, elle et moi, sur le thème d'un toast au caviar que je lui avais tendu et qu'elle m'avait refusé pour des raisons qu'elle m'expliquerait en détail.
Nous nous déplaçâmes à l'écart sur une terrasse en clair obscur, emportant un seau où transpirait à grosses gouttes une bouteille de Veuve Cliquot.
Le caviar de la soirée était, m'affirma-t-elle, de la bibine de supermarché. J'appris d'elle plus qu'il ne serait nécessaire de savoir sur l'esturgeon et sur ses œufs délicats qu'on déguste avec volupté, mais religieusement. Religion et volupté sont compatibles en l'espèce. J'en découvris par les mots les variétés, les couleurs, les nuances, autant de subtilités qui méritaient peintures, miniatures, au même titre que mes fruits dont chaque maison bourgeoise possédait - ou possèderait un jour - le moindre exemplaire.
Caviar? Aucun peintre n'avait encore chanté ses rutilances érotiques, ses fragrances salines follement charnelles, infiniment plus magiques en parfums que la truffe. C'était son opinion. Le marché était donc vierge. J'enregistrai. Son accent du Caucase compta pour beaucoup dans ma nouvelle démarche visant à élargir ma gamme de produits frais. Soit. Je peindrais du caviar. Ludmilla possédait des livres, des photos, elle brûlait de me montrer des images de pêche, écologique en diable : l'esturgeon juste étourdi à la matraque légère, anesthésié en somme, et gardé en vie jusqu'à la récolte des œufs, au port, ceci afin d'éviter que les femelles ne gâtent leur progéniture par effet de stress, en secrétant un poison hormonal, leur seul moyen de sélection naturelle des espèces. Endormies jusqu'à l'accostage, elles restituaient des ovules parfaits.
Les méthodes iraniennes n'avaient rien de commun avec les pratiques des Russes, ces sagouins, qui selon elle, non seulement pêchaient dans des eaux corrompues par les chimies soviétiques, mais raclaient le noble poisson au chalut ! Et ils osaient appeler cela sevruga, asetra, beluga ou Golden Asetra "Royal", incomparables dons du Ciel auquel les connaisseurs - les vrais - attribuaient des vertus euphorisantes qui n'étaient pas sans rappeler celles que ressentaient d'autres goûteurs en amour.
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- Plaît-il, chère amie ?
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De quoi me mettre en appétit. Avais-je donc une tête de goûteur? La faute en était à la barbe, peut-être, sujet de fantasmes que j'avais découvert au fil de l'expérience et qu'Antonella avait confirmé sans que j'y succombe, hélas, qui sait?.
Bénédicte n'en avait cure de ce don sous-estimé. Pauline y était encore sujette, mais son ardeur à s'humecter de sa propre salive avant que j'y apporte la mienne m'avait éloigné de la pratique. C'était de la triche.
Ludmilla, par contre, devait en être folle, je le pariai en écoutant son cours magistral et ses fines allusions. Pour en connaître la suite et passer mon grade de docteur, je n'avais qu'à fréquenter la terrasse du Festival, chaque jour ouvrable. Elle s'y trouverait avec ses amies du Caucase, un cercle de veuves joyeuses qui dilapidaient leurs héritages à fonds perdus.
Ludmilla était une femme ronde, toute en chairs et en soies, d'une quarantaine d'années, peut-être davantage si le caviar l'avait si bien conservée en état de péché mortel. Son bassin large d'Arménienne, ces rains que j'avais estimés à la paume, furtivement, à la dérobée dans la cohue de la soirée, étaient sans nul doute d'un beau et bon blanc de titane, bouqueté en son mitan d'un sadinet noir de jais d'Asie Mineure, fendu de carnation jusqu'à l'extase. Un vrai blason comme on n'en sait plus cultiver. Une oasis dans la toundra. Cette image de sadinet si chère à François Villon me tarabusta tout l'hiver durant, tout autant que le but mignon de Bénédicte, son contraire. Lui, blondinet, clairsemé, innocent, frissonnant au moindre souffle, mais si palpitant et si prompt à répondre au plus ténu des appels de détresse.
Dès qu'Edmonde eut repris ses activités mondiales de chairwoman, nous avons mis un frein à nos sorties. Plus de baby sitting, donc de moins en moins de présence de Bénédicte.
Je dus attendre fin janvier, que Pauline prenne rendez-vous dans une clinique de Montpellier, dans le but de faire réduire ses vergetures et par la même occasion, quelques menues varices, nées aussi de la maternité. J'attendis son absence comme on attend un être cher, comptant les jours à rebours sans aucune vergogne.
D'ailleurs, je n'existais déjà plus. Elle n'avait de pensées que pour Edmonde, sa petite sœur. J'ai géré conjointement mes deux folies antagonistes avec des soins de comptable, en pleine inquisition fiscale. J'étais au four, au grill et au moulin. Bénédicte me rendait visite aux aurores, encore toute enfiévrée. C'était l'année du film « Les Valseuses », je la prenais pour une Isabelle Huppert en proie aux démons, en plus jeune encore. Le matin, épuisé, mais fier de mes quatre cents coups, je me battais à l'Hôtel des Finances, devant une inspectrice incorruptible, fidèle à son amant de poche, ignorante du caviar.
Caviar égal péché fiscal. Egal Redressement.
Il était vrai que de caviar, je m'en délectais l'après-midi après le thé, aux sources lénifiantes de Ludmilla. Ah que j'en ai consommé du Beluga et du Golden Asetra Royal. Elle me criait:
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- Tu me fais mourrrir Gengis Khan, Temüjin !
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Je consommais sauvagement jusqu'à la crue. Je la servais, certes, au plus profond d'elle-même et dans la mesure de mes moyens barbares, mais parfois, je faisais semblant d'aboutir. Elle ne m'a jamais fait de remarque désobligeante à ce sujet. J'ose espérer qu'elle a été dupe de mon subterfuge, prenant l'état dans lequel je la laissais - morte - pour une surabondance d'amour. D'autres fois, tout de même, quand elle me suppliait de la maquiller aux huiles essentielles:
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- Pour mon masque, chêrrri, par faveur !
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J'étais alors bien obligé de lui donner le change. Ces jours-là, j'avais la migraine en rentrant chez moi, ce qui inquiétait Bénédicte qui me préparait une aspirine. Je n'ai pas vraiment peint Ludmilla, juste des études poussées dans des rutilances de caviars et de figues fraîches. Mais j'ai reconstitué le meilleur de nos frasques, le rite de la lingerie "Ravage" ou "Feria Tzigane" de Lise Charmel. Elle ôtait ses menus atours dans un bruissement qui me résonne encore aux oreilles. Jamais frou-frou n'avait autant mérité ce nom. Je peindrai sa chair couleur de laitance, le jour de mes soixante et dix ans, si j'y parviens. J'y incrusterai une puce électronique qui me restituera le son de nos batailles en dolby stéréo et ses incantations extatiques à la mémoire du grand Mongol.
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- Tu me fais mourrrir Gengis Khan, Temüjin!
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Je me souviens de Temüjin, nom de naissance de Gengis Khan, mais il m'est impossible de retrouver sous le pinceau le vrai visage de mon Arménienne. Il ne m'en reste que des fragments dissemblables, un puzzle aux pièces manquantes, sauf celles de lèvres épaisses, de pommettes larges, de sourcils immenses.
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Pour Bénédicte, c'est différent. Je peux la retracer sur le champ, d'un trait de crayon, sans détacher la pointe du support. D'ailleurs, quand je vais mal, c'est auprès d'elle que je me réfugie. Je reprends ses seins à pleines mains (très important les seins), sans les blesser. J'élargis jusqu'à la douleur la circonférence idéale de mes doigts. Ses boutons de roses effleurent le centre de mes paumes, à l'intersection des lignes de chance et de cœur. Ou c'est le contraire, allez savoir, elle ne m'a jamais rien dit au sujet de cette caresse de géomètre.
Je sais seulement que nous sommes restés ainsi de longs moments, nous noyant de baisers, nous enivrant, selon notre vocabulaire, de perlelèches, de mordillos, de lapes, de gobes, d'apnées enfin. L'apnée, c'était ma botte secrète. Il consistait à mordre ce petit pont de chair délicate qui sépare les narines. Ce faisant, je la privais une seconde d'oxygène, elle se débattait comme quelqu'une qu'on assassine et c'était là, là seulement que je la possédais, lui offrant tout ce dont j'avais précieusement privé Ludmilla.
Bénédicte aimait nouer elle-même les surplus pour jauger l'étendue de ma passion. J'étais jugé à l'aune de ses désirs, bon fournisseur à l'époque, scorpion, ascendant gémeaux. J'avais quitus après chaque apnée, ô vieillesse ennemie!
Au retour de Pauline, l'ambiance a encore changé à la maison. Je ne parle pas de son ventre qui avait besoin de cicatriser, mais de sa tête qui était toujours ailleurs. La mienne aussi. Comme j'étais allé la conduire, je suis allé la rechercher à Montpellier. En plus de ses valises, j'eus à charger des montagnes de fleurs dont aucune ne venait de moi. Edmonde avait pourvu. Le chirurgien esthétique était le sien. Elles s'étaient arrangées en famille. Je n'étais plus le mari modèle que Pauline prétendit avoir aimé sous la douche, mais un je ne sais quoi d'adolescent attardé en mal d'enthousiasme et de conversation, indifférent, secret, désinvolte qui n'avait daigné l'appeler que deux fois. Penaud, j'avançai mes arguments:
Le fisc, d'abord.
Nous allions écoper d'un redressement d'au moins deux cent cinquante mille francs, peut-être trois cents selon l'humeur de notre inspectrice et ses allergies au caviar. Salope de Sonia Borgel! Madame nous avait sans doute balancés pour qu'on crève en même temps qu'elle.
Les poires ensuite.
Entendez mes miniatures de poires. La première livraison de notre nouvel atelier de Jakarta était une imposture. Encadrements mal taillés, mal joints, bavures de colle, dorures bricolées au pistolet, teintes instables, poussières, poils de pinceau noyés dans la croûte, un désastre. Mon silence s'expliquait donc par mes soucis matériels, toutes sortes de choses qui vous viennent à l'esprit quand rien ne va plus et qui jouent honnêtement leur rôle, sans donner matière à creuser. Pauline admit. Edmonde nous aiderait au besoin.
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Edmonde ou quelqu'un d'autre, La Ceccaldi par exemple. Nous ne manquions pas de relations. Il m'était avis aussi que le caviar pourrait mettre son beurre dans les épinards, parti comme j'étais sur les traces de Gengis Khan. Je pouvais encore peindre Ludmilla, en désespoir de cause, il n'était pas trop tard. Mais je m'étais résolu au silence quant à cette "cliente", que ni Edmonde ni Pauline n'avaient remarquée, lors de notre soirée à Monte Carlo.
Pauline a retrouvé les enfants sans grande émotion. Elle avait peur qu'ils lui fassent mal. Bénédicte les hissa dans ses bras, le temps d'un double baiser, puis les redéposa dans leur berceau.
Je la reconduisis chez elle. Elle avait classe le lendemain et des devoirs à faire. En route, elle me caressa. C'est toujours autant, m'a-t-elle dit, que je ne donnerais pas à Pauline que d'ailleurs, elle n'aimait pas. Je lui ai confié qu'entre Pauline et moi, il y avait comme un malaise sous-jacent. Qu'elle se rassure. Le froid ne tenait pas à nous, mais sans doute à Edmonde qui avait envahi notre cercle, occupé notre territoire au point de s'être associée majoritairement à l'Hôtel de Lyon que tenait Pauline à bout de bras.
Bénédicte n'avait nul besoin d'être rassurée. Elle n'avait pas peur de Pauline. Elle la tenait.
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- Ta bonne femme m'a fait des avances, il y a peu. Je révisais dans ma chambre, chez vous. Elle s'est allongée à côté de moi, prétextant de m'aider à comprendre ce qu'on appelle une incursion d'auteur, un truc comme ça dans le Rouge et le Noir. J'aime pas Stendhal pour la raison que je vais te dire. Elle m'a trouvé désirable. Elle a tenté de me papouiller entre les cuisses et de m'embrasser. Je l'ai giflée. Elle m'a bredouillé des excuses et s'est barrée comme une péteuse.
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- Cela ne me surprend pas. Pauline, elle vire.
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- Si on se tirait, tous les deux, dis!
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- Et tes parents, tu y penses à eux?
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- Mes parents...pff! Papa picole de plus en plus et bat maman.
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- Justement, ils ont besoin de toi plus que jamais.
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- Tu veux déjà me larguer ?
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J'eus toutes les peines à la calmer. Nous sommes ressortis du chemin creux où nous nous étions à peine mis à l'écart. Bien nous en avait pris. La fourgonnette des gendarmes nous a croisés, suivie de la Renault 4 de Marc conduite par un képi. Elle est passée en trombe, presque à dévisser dans le bas-côté. Coups de phare, klaxon, saluts. Marc, en place droite, celle du mort, nous a semblé allumé. Braves gendarmes qui prennent soin du prévenu et de sa voiture dans l'intérêt des familles.
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Bénédicte a pleuré. Cela m'aurait plu de partir en cavale à l'instant avec elle, pour quinze jours, un mois, le temps de nous faire poisser par la marée chaussée. Ou plus raisonnablement, partir en voyage d'affaires, en tournée des galeries, visiter la France, s'offrir des après-midi de détournement de mineure dans des motels pas regardants. Essuyer le regard faussement complice des garçons de restaurant, mettre un terme à leur petit sourire narquois en les traitant comme des chiens: vin bouchonné, couvert douteux, sauce non salée, poisson rosâtre à l'arête. Fous rires dans la chambre, avant de plonger en apnée. Vous voyez le tableau ?
Marie de Watteyne, la maman de Bénédicte, nous accueillit avec gentillesse. Elle avait pleuré aussi. Les morceaux d'un vase gisaient sur le carrelage. Marc avait encore fait des dégâts. Il devenait coutumier. Il passerait la nuit au violon: cafés salés, alka seltzer. Et puis au matin on l'entendrait. On consignerait des banalités sur la main courante. On lui rendrait sa ceinture, son canif et ses clés. Routine.
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Marie:
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- Un jour, Fred, je foutrai le camp d'ici dès que les enfants seront grands.
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Décidément! Le monde n'allait plus bien. Je revins au lac fatigué. J'eus la tentation d'appeler Ludmilla depuis une cabine, de lui glisser quelque horrible caviardise à l'oreille, rien que pour entendre que je la faisais mourrrir. Mais elle devait être au Festival, à cette heure, à siroter son thé noir en compagnie des veuves d'Iran, de Syrie, d'Irak, de Turquie, de Beyrouth, ses copines. Une joyeuse bande d'oisives dans laquelle je m'étais plu, avant le goûter. Nos conversations étaient d'un autre siècle.
Je rentrai chez, encore plus las qu'à l'instant d'avant. Quelque chose me disait que c'en était fini des temps bénis. La vie serait plus dure, plus impitoyable. Les prix grimpaient. Les affaires devenaient âpres. Nous avions passé Noël entre nous, nous avions rogné sur les cadeaux. J'avais mon matelas de sécurité, mon coffret à la banque, encore gonflé par les dollars d'Edmonde et de la Ceccaldi, mais je veillais jalousement à leur thésaurisation. C'était le fruit de mon art secret, que j'allais faire compoter à l'orée de la nouvelle décennie.
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Fred Størksen
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Prochainement:
neuvième tableau. Bénédicte
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Merci, une fois de plus, une bonne détente matinale, j'ai hâte de lire Bénédicte, qui ressemble étrangement à Sophie Marceau!
Rédigé par: Josy | novembre 03, 2006 at 04:26 AM
L'auteur excelle à marier les sens. Le plaisir mobilise tous les sens. Je l'avais déjà remarqué pour les sensations olfactives et gustatives qui accompagnent l'érotisme. Ici, c'est l'oreille qui enrichit l'ambiance: "froufrou bruissant des atours", "incantations extatiques", etc. Fred est un Epicurien.
Quatre retours sur Bénédicte...Je vois avec plaisir qu'elle sera en vedette dans le prochain tableau ! Celle-là, on nous la distille finement: vivement demain, ce sera du coeur de chauffe!...
Rédigé par: Chedozot | novembre 16, 2006 at 02:13 PM
- peintre de miniatures fruitières...
belle invention.
- effectivement en ces temps lontains on pratiquait encore en France la vérification approfondie de situation fiscale d'ensemble, la VASFE
c'est le narrateur qui aurait du crier à l'inspectrice "Tu me fais mourrrir Gengis Khan, Temüjin!"
- pour rester dans le sujet, tu sais que le fameux Temüjin était le chef de la tribut des Olkhunut, oui phonétiquement ce non est inoubliable (les au cul nu) et que devait connaitre ta Ludmilla
- tu parles à un moment d'une certain veuve (Cliquot) qui transpire dans la glace, faut le faire. Est-ce le 10° tableau qui se prépare ?
Rédigé par: lit | novembre 20, 2006 at 07:13 PM