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janvier 21, 2007

Esquisses (10)

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Avertissement

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Fred Storksen, un peintre en miniatures fruitières, fort influencé par "L'Origine du Monde", de Gustave Courbet, se découvre une vocation nouvelle et brosse ici, sous le titre euphémique "ESQUISSES", le portrait de dix femmes qui l'ont inspiré dans sa recherche du "cadrage serré". Il n'était pas foncièrement un homme à femmes. Il a fallu qu' une bonne au physique ingrat (Maud), réveille en lui le feu ancillaire pour qu'il embrasse une carrière atypique de peintre de faces cachées. Heureuses lectures!

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Rappels:

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"Esquisses" se lit dans l'ordre numérique, par tableaux. Voir Esquisses (1) Premier tableau "Maud". Deuxième tableau "Sonia". Troisième tableau "Pauline Mougins". Quatrième tableau "Carole". Cinquième tableau "Hélène et Eva". Sixième tableau " Antonella". Septième tableau "Edmonde". Huitième tableau "Ludmilla Erivan". Neuvième tableau "Bénédicte"

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Rappel des personnages:

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Maud_opt_1

Maud,

la pureté originelle révélée dans les fastes de l'exotisme.

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Sonia_opt_1

Sonia,

l'esprit de lucre sous le masque de la concupiscence.

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Pauline_mougins_opt_1

Pauline Mougins,

femme à la douche, égérie, mère de deux enfants, inventive, prête à toutes les compromissions pour faire de sa vie un chef-d'oeuvre en perpétuelle remise en question.

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Carole_portrait_opt_1

Carole,

la chasteté déguisée sous le manteau de la convivialité.

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Double_portrait_opt_1

Helena & Eva,

Le couple modèle. Le sens du partage sous les apparences de l'égoïsme.

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Antonella_vignette_opt_1

Antonella,

la perversité contrariée sous le loup de l'infantilisme vénusien.

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Edmonde_portrait_opt_2

Edmonde d'Alembert,

PDG en manque de bonheur, si pourtant tout semble lui sourire

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Ludmilla_portrait_opt_1

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Ludmilla Erivan,

Sous le signe du caviar en tant que denrée de luxure

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Dixième tableau: Bénédicte à Aix

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Bndicte_esquisse

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Au fond, rien n'est plus simple que de bifurquer vers une direction qui n'avait pas été préméditée. Juste un ralentissement, une légère pesée sur le frein, une inflexion du volant, la main de Bénédicte pressée très fort, une caresse de ses doigts soyeux, un pieux mensonge à inventer:

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- Tu vas dire à ta mère que nous sommes coincés sur l'autoroute par un embouteillage et que nous ne savons pas quand nous allons en sortir. Quand nous sortirons de ce piège, nous retournerons à Céret, chez Priscylla pour la nuit. Capito?

- Elle ne va pas nous croire !

- Si, justement !

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Ainsi passe la gloire du monde. Une maman ne peut pas imaginer que sa petite jeune fille de dix-sept ans va partager son lit avec un ami de la famille déjà mûr, bon époux, bon père, bon ouvrier. Elle ne peut pas imaginer que nous sommes déjà tout près, à Aix. Elle ne peut pas imaginer que cette même petite jeune fille qu'elle a élevée dans l'idéal chrétien, catholique et apostolique, pratique tout un vocabulaire de mots de bouche, des perle lèches, des mordillos, des lapes, des glapes, des gobes et que l'ami sincère de la famille va lui placer sa botte secrète: la tenir en apnée jusqu'à ce qu'elle se débatte furieusement et s'abandonne vaincue par l'extase, membres en croix. Et cela dure depuis des mois, sur le divan rouge, dans la garrigue, à l'Oursinade sous le regard concupiscent de Giacomo Casanova de Seingalt, au Rocamar à Cadaquès et que cela va recommencer à la Villa Gallici, une maison qui fait tout pour que cela arrive.

Il se fait presque tard. On nous attribue une chambre Directoire aux meubles couleur miel. Les tentures sont chargées, mais nous n'en avons cure. Un portrait de Napoléon à Arcole perce déjà sous Bonaparte. Déjà vu. Lèvres taillées au rasoir. Mèche ambitieuse, mégalomanie ajaccienne. Pas bon pour nous. Un Cézanne, La Sainte Victoire, ne nous satisfait pas davantage.

Ce qui nous tente pour l'heure est un baron d'agneau rose à cœur. Nous dînons en terrasse chauffée. Un garçon mûr à favoris nous prend sous son aile. Nous ne buvons que de l'eau. Il comprend. Ah si j'avais votre âge! J'en suis flatté.

Bénédicte me fait face. Ses yeux topaze sont braqués sur les miens. Elle avance un pied menu sous la table, force mes genoux et va fourgonner plus loin, là où les Athéniens s'atteignirent, me dit-elle. Je jette un regard furtif alentours. Personne ne semble avoir remarqué qu'une pointure trente sept tente une incongruité. La belle nappe est comme une robe longue fendue. Je déchausse un mocassin et m'en vais rejoindre mon vis-à-vis sur un chemin strictement parallèle. Bénédicte réussit assez bien sa manœuvre. Ma réponse est nette. La sienne aussi.

Un couple d'Américains nous jouxte. A leurs sourires, nous comprenons qu'ils aimeraient entrer en conversation avec nous, mais comment leur faire comprendre que nous ne saurions être à la fois au four et au moulin? Je remarque que leurs pieds sont sagement rangés, bien en place. Ils en ont chacun deux, entrecroisés sous leur chaise respective. Ils parlent d'art. Ce sont des amoureux de la France. Ils boivent un Graves rouge pour accompagner la lotte aux concombres. Sans doute ont-ils lu que Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir buvaient du vin rouge.

Quant à nous, tout observateur avisé aurait remarqué que nous sommes un couple d'unijambistes et que nous ne buvons que de l'eau. Mais tout avisé qu'il eût été, il n'aurait su imaginer l'émoi qui nous étreint. Nous sommes passés maîtres dans l'art de la dissimulation.

Ne sommes-nous pas au pays de la peinture? J'entreprends de visionner en songe le tableau La Diseuse de Bonne Aventure de Georges de la Tour. Bénédicte m'écoute sans m'écouter, car j'ai un orteil qui sait sournoisement trouver chaussure à son pied.

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La_diseuse_opt

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J'insiste sur le sujet du tableau. Il se compose de quatre personnages cadrés en plan américain dont la caractéristique commune réside dans un décalage évident entre ce qu'expriment leurs regards et ce qu'expriment leurs mains. Nous, ce sont les pieds. Eux, ce sont les mains. Une vieille cartomancienne lit dans les lignes de la main d'un jeune homme apparemment riche, de bonne famille. Son regard est fixé dans celui de la diseuse. On le sent pressé de connaître son destin. Pendant ce temps, deux jeunes femmes comparses le détroussent. L'une, au centre de la toile lui tire subrepticement une chaîne d'or. Une autre, à l'extrême gauche, lui tire une bourse de sa poche. Une escroquerie est en train de se commettre. Nous sommes aussi des escrocs.

Le garçon nous apporte un plateau d'oursins. Il me glisse à l'oreille que les oursins ont des vertus insoupçonnables. Nous sommes bien obligés de récupérer chacun notre pied. Bénédicte me confie qu'il s'en fallait de peu. A quelques secondes près. Je n'avais pas eu cette chance. Nous les hommes, hélas, nous ne fonctionnons pas sur quelques millimètres. Il nous faut de la prise ferme. Il nous faut nous abstraire.

Nous nous régalons d'oursins, croisons nos regards complices. Nous ne nous quittons plus des yeux, sauf pour déposer nos demi-carapaces en prenant soin de ne pas nous piquer.

Puis arrive le baron d'agneau de Pauillac, garanti de l'élevage Domingo Reyes. Pas le baron entier, non, quelques tranches. Bénédicte dégrafe un peu plus son chemisier. Le garçon la sert avec grâce, coudes serrés au corps. Ses mains d'orfèvre manient cuillère et fourchette de service avec une étonnante sûreté. Je reconnais là un maniérisme de professionnel. Les tranches, les rondelles de truffe, les petits légumes, le nappage de la sauce. Il est attentif et attentionné. Bénédicte me fera remarquer que son regard n'était pas toujours en accord avec sa besogne. Encore un De la Tour.

Je redeviens alors unijambiste. Nos voisins américains ont fini. Ils nous saluent très courtoisement et nous invitent à finir leur bouteille, ce qui tombe très bien sur l'agneau. Nous qui nous étions promis de ne boire que de l'eau pour ménager notre nuit qui se voulait de Chine, nous voici entrant dans un autre processus. Nous remercions chaleureusement nos Américains et nous nous souhaitons mutuellement une bonne nuit.

Une charlotte aux poires achève ce souper sur une note fraîche. Le garçon toise la bouteille vide de Graves et nous suggère alors un verre de Sauternes. Nous ne refusons pas le premier comme nous ne refuserons pas le second. L'alcool s'acquitte de sa mission. Le regard de Bénédicte brille. J'ai beau disserter sur la pourriture noble, le botrytis, elle n'écoute plus que mon pied. Et c'est la première fois de ma vie que j'ai le privilège d'être à la fois acteur et spectateur à un mètre de distance. Elle baisse les paupières, se mord la lèvre. Un cri muet dont je ne perçois qu'un son de gorge, quelques tressaillements, un rictus esquissé puis un long soupir.

- Salaud! Me glisse-telle entre ses dents serrées.

Je ressens ce mot comme un mot d'amour, le même que Pauline m'avait aboyé sous la douche. Je suis pris d'un furieux désir. Mon pied réintègre à regret le mocassin. Bénédicte me tend un billet qu'elle vient de griffonner :

Je veux vivre avec toi, là-bas,

D'où l'on vient ou rien !

Je veux être peintre,

Mère peintre,

Amante peintre

Et rien d'autre.

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Je m'étais encore fait avoir. Tous les observateurs le diront. On voit parfois des couples enviables, touchés par la grâce, commencer un dîner avec de la lumière dans les yeux et finir par piquer le nez dans leur assiette après le dessert. On est triste pour eux. Que leur est-il tombé sur la tête? Une infidélité découverte au détour d'une conversation? Un bébé à venir? Une union refusée? Un aveu de tare?

Le plus triste est encore de les voir flâner dans les salons de l'hôtel sans rien voir de ce qui est beau, silencieux, préoccupés, larmoyants, l'air de dire "Qu'est-ce qu'on fout ici?". Et puis ce couple disparaît derrière une porte où il est écrit "Ne pas déranger".

Notre voyage de noces touchait à sa fin. Notre tête-à-tête aurait dû finir en apothéose. Passé mon désir animal, il a fini en queue de poisson et j'en veux à la nature humaine d'être si versatile, si ingrate, si trompeuse. La reconnaissance du ventre n'est pas sa vertu cardinale. Nous étions certes dans de beaux draps, dans la chambre Directoire aux meubles couleur miel. Nous nous sommes encore aimés, certes, mais avec un glaive au-dessus de la tête.

Au réveil, Bénédicte m'expliquera qu'Aix n'est pas Venise. Que c'est la porte qui donne sur le lycée, la course au baccalauréat, la maison des parents, les spaghetti ketchup, les cuites de papa qui bricole en picolant, les larmes de la maman, alors qu'on était en Provence, chez Van Gogh, chez Cézanne, chez Dufy, chez Matisse, chez Bonnard, chez Signac, chez Fragonard. Elle n'ajouta pas chez Fred Størksen.

Je portais le poids écrasant d'une énorme responsabilité jusqu'à ce que je l'oublie ou que je la transforme joyeusement en expérience de la vie.

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Fuir, il fallait fuir Bénédicte. Le moment était venu d'entreprendre mon tour de France de bon ouvrier, en compagnie de Volvo, ma complice. Pauline accueillit ma décision sans enthousiasme ni jubilation. Il sonnait le glas de notre union de fait. On ne revient jamais d'un tour de France. La porte du garage se referma comme dans la chanson de Charles Trenet.

L'époux volage hélas ne revint pas si tôt

Escamoté par son nuage de poussière

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Toutefois, aidée de Rose, Pauline avait préparé mes bagages avec le plus grand soin. Chemises repassées au carré, costumes amoureusement protégés dans leur housse, dentifrice, savon, shampooing neufs, biscuits pour la route et en prime, mon parfum préféré. Tendre Pauline!

Je consacrai la dernière semaine à Florent et Florence que j'avais négligés. J'ai toujours eu du mal à m'infantiliser avec les bébés. Je préfère ceux qui marchent. Les miens n'avaient que sept mois. J'ai dû m'efforcer au début, mais je me suis vite pris au jeu. Le dernier jour, j'ai pleuré.

J'ai quitté le mas un 2 mars 80, mon agenda en porte encore la marque. J'avais emporté des couleurs, des pinceaux, un chevalet pliant, en plus de mes collections de miniatures. J'étais chargé à bloc. Pas une place pour une auto-stoppeuse et son sac à dos, une Bénédicte par exemple. D'ailleurs, les Bénédicte ne voyageaient guère plus seules. Elles taillaient de plus en plus les grands chemins en compagnie de garçons de moins en moins présentables.

La mienne était à nulle autre pareille. Elle allait finir sa classe de seconde. J'allai la cueillir à la sortie du lycée avant de m'embarquer. Nous nous sommes aimés consciencieusement dans un motel. Je la reconduisis à un arrêt de car, brisé de partir sans elle dont j'avais rêvé une seconde fugue, au fil de combines qui s'étaient révélées possibles. De par son âge, elle était condamnée à être la maîtresse d'un fugitif. Je craignis qu'elle ne devienne celle d'un souvenir. Elle me promit fidélité. Je n'en crus rien. Il fallait arracher le pansement. On s'écrirait.

Je pris la route avec un goût de fleur dans la bouche. Je ne me laverais pas les mains avant Collioure et encore...J'avais gardé sa minuscule culotte dans ma poche, en gage d'amour. Elle fleurait la Provence, le serpolet, la marjolaine et le thym. J'ai conduit en état d'ivresse.

J'avais une maîtresse, une vraie, une jeune, une folle, une jamais fatiguée qui n'attendait rien de moi, sauf le plaisir de la transgression. J'avais une maîtresse capable de faire l'amour dans une salle de restaurant. J'avais une maîtresse que je quittais pour des raisons obscures. Mais en chemin, je me posai des questions embarrassantes. M'aimait-elle? Si oui, pour quoi et non pourquoi m'aimait-elle? Etais-je l'image du père idéal, un Marc incestueux qui buvais avec raison et savoir boire? Etais-je un organe, une bouche, une voix, une forme, un poids, des mains, un regard, un symbole, une façon de penser, voire une vengeance? Autant que je sache, notre liaison avait du naturel si elle manquait de morale. La morale, le délit de détournement, m'indifféraient. Seul comptait le bonheur immédiat, partagé. Je n'avais exercé aucune contrainte sur elle. Elle s'était offerte, je l'avais prise et en fait, nous nous étions pris mutuellement. Les minets de son âge la "gonflaient", elle me l'avait répété. L'hurluberlu qui l'avait dépucelée n'avait jamais eu aucune conscience de la solennité de son acte. Il s'était aspergé de poudre cicatrisante, convaincu de s'être ouvert une veine en fourgonnant. C'était pourtant un crack en français qui savait tout de la littérature du genre: Pétrone, Brantôme, Laclos, Duras. Du moins le prétendait-il. Il aurait dû lire quelque aventure de Béru avant de se déniaiser.

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J'ai vécu avec Bénédicte l'un des plus heureux moments de mon existence méditerranéenne. Je l'ai dit à mes enfants dès qu'ils furent largement adultes, dès qu'ils furent eux mêmes confrontés aux questions sans réponse de l'amour éternel. C'est là aussi qu'ils ont compris mes besoins de peindre autre chose que des natures mortes, eussent-elles connu un certain succès en leur temps. Mais j'ai eu de la chance. Leur mère et "Marraine" ne m'ont jamais dévalorisé auprès d'eux, bien qu'ils aient grandi dans l'aisance et moi, vieilli dans l'aventure, un jour à flot, un autre en cale sèche.

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Paloma Ibañez, j'y viens. Quand on a eu, comme moi, le privilège de l'approcher et de s'y fixer, on ne sait plus par quel bout commencer. On recule, on musarde, on joue de l'archet sur le violon de la nostalgie, on charge la partition, on rajoute des trilles, des ritournelles, on n'en vient jamais aux faits.

Ça n'est pas venu tout de suite. Il a fallu d'abord convaincre, négocier, livrer des miniatures à peu près conformes, en évitant Céret, trop chargé encore de chagrin, à Collioure, à Perpignan, à Uzès, à Béziers, sous les remparts de Carcassonne, à Toulouse, à Hendaye enfin. Là, je me suis fait remercier chez un marchand qui avait pourtant vendu ma production sans efforts. J'avais changé. Je m'étais mis, selon lui, à peindre "comme un pied". Je n'ai pas apprécié l'outrage. J'ai flâné sur le bord de mer, en shootant dans tout ce qui traînait. Mais l'Atlantique, étrangement doux, apaisant, y avait un goût d'iode que j'avais oublié.

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Changer de mer, c'est changer de vie et de civilisation.

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Je remarquai une autre galerie sous des arcades, Panxita était son nom. En vitrine, des tableaux représentant des maisons à colombages, des marines et des joueurs de pelote basque. Un art que je jugeai naïf, à l'opposé du mien. J'entrai les mains dans les poches, pour voir.

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A suivre...

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Fred Størksen

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Prochainement:

dixième tableau. Paloma

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Commentaires

Vu l'outrage reçu en pleine poire... et en souvenir de sa belle Bénédicte, Fred aurait dû essayer de peindre avec son pied très agile...... mais n'a pas précisé si c'était le droit ou le gauche !!!!!! Je connais le célèbre agneau de Pauillac mais pas celui de son homonyme.

Je pense que Fred a perdu sa plume... en perdant Bénédicte....

Joli serie de cheries ...

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