Alentejo: Visions d'automne (1)
-
Rappel:
-
Ces chroniques ont déjà été publiées en leur temps sur Alquimista, un site lusophile tenu de main de maître par notre ami Dominique, disparu en 2006. Son site fourmillant qui faisait mondialement référence au titre de Portugal, Alentejo, Algarve, n'existe plus, après avoir été prolongé un an au-delà du jour fatal, 7 juillet 2006. C'est ainsi que tous ses amis peuvent désormais faire leur deuil.
-
-
J'y écrivais ceci:
-
(1) Le Portugal ne se donne pas,
il se gagne et se regagne
-
Automne 2002
-
Je vis pour l’instant encore au Pays basque. Il n’avait pas connu d’été aussi pourri depuis longtemps. Horizon bouché, routes bouchées. Normal, quand le touriste s’ennuie, il tue le temps à rouler. Moi j’avais une consolation de taille : je savais que j’irais me refaire une santé en Alentejo vers le 15 septembre. Début août déjà, je consultais chaque matin la météo d’Evora qui affichait des 30 et 35 alléchants. Mais des circonstances imprévisibles ont différé mon départ au 19 octobre.
J’ai pris mon parti de m’y rendre coûte que coûte, sachant toutefois (d’après Météo Consult) qu’Evora avait retourné sa veste dès la mi-septembre : soleil en morceaux, fortes averses, des 12° au matin comme à Birmingham…
-
Ce 19 octobre 2002, tempête de ciel bleu sur la Navarre. Il soufflait un vent chaud (22° à 06h) de type foehn. Sale temps pour les palombes ! Mais moi, je n’avais qu’une idée en tête en franchissant les cols brossés vigoureusement par les rafales charriant des nuées de feuilles mortes : tailler la route, avaler Pampelune, le brouillard signalé de Burgos (sempiternel), Valladolid.
-
-
Je lèverais le pied après Salamanca, dès les premières ganaderias aperçues, celles qui m’avaient fait dire lors de mon dernier passage en juin :
-
- Olé, j’arrive !
-
Mais là, point de ces splendides toros dans les prairies bouquetées de chênes verts. On les avait rentrés au sec. Plafond soudé, fraîcheur, mais peu avant Càceres, un magnifique ciel de traîne parsemé d’averses violentes, mais heureusement très courtes. Càceres était le point que j’avais choisi pour aviser, car mon programme était encore confus. Je voulais découvrir Marvão, Monsaraz, revoir Evora mais y séjourner un peu, revivre à Vila Nova de Milfontes, faire mon pèlerinage annuel au Cabo Espichel, m’acquitter de formalités à Lisboa et remonter en Tras os Montes pour embrasser la famille et goûter le bourrut, c’est-à-dire le jus nouveau.
-
Cela faisait beaucoup pour un périple de trois semaines. A Càceres, donc, ou bien je rejoignais Badajoz et entrai dans mon paradis par Elvas, ou bien j’allais sagement trouver le gîte à la frontière. A l’intuition, j’ai choisi le cap 270, plein ouest, direction Valencia de Alcàntara. Région totalement inconnue pour moi. C’était bon, mais un peu rapide, quoique je n’excède jamais la vitesse réglementaire).
Alquimista m’avait pourtant conseillé un itinéraire de contemplatif par les routes secondaires. J’ai cédé au plus court et au plus facile. Qu’il me pardonne d’avoir laissé passer le Tajo, les lacs où il paresse, les campagnes qu’il arrose et les multiples arroyos qui l’alimentent. Pas un gato sur l’asphalte, à part quelques gros 4X4 madrilènes qui rentraient à bride abattue à la maison, corrigés toutefois par une Guardia Civil « radarisée » qui ne plaisante pas avec les fous furieux, surtout quand la route est à ce point luisante.
En dépit de ma modération, j’ai « raté » tous les Patas Negras qui « glandaient » sous les chênes et j’ai eu le sentiment de voyager comme un âne. J’avais 800 kilomètres dans les mollets, les bras et les cervicales. J’avais connu tous les temps, fait l’impasse sur les pauses, mangé et bu au volant (œufs durs, raisins secs, Volvic). A déconseiller. Mais que voulez-vous, le paradis, ça se gagne à l’huile de coude. Naguère, j’ai même fait des Genève-Mondim de Basto insensés. Quelque 1700 km avec dîner à Saint-Jean de Luz et trois heures de ronflette dans un village perdu (mais endormi) entre Castilla y León.
-
Première longue pause à Valencia de Alcántara. J’étais au sud ! Que pouvait-il m’arriver de mieux ? J’ai débarqué dans un salon de thé très animé (ils le sont tous le dimanche) pour boire une bière. Deux cars du 3e âge sont arrivés, je n’ai pas eu le temps de siroter. Il y avait urgence.
Première découverte d’aventurier : j’ai été fort surpris de voir la plupart des passagers dégainer leur portable dans le saloon et converser très fort, qui avec leurs enfants, qui avec leurs petits enfants, cousins, voisines…J’ai déguerpi, direction Castelo de Vide. Mais les ultimes rayons du soleil m’ont désigné Marvão de manière si éclatante que je n’ai pas résisté à l’escalade du « Ninho de águias », perché bien plus haut encore que je ne l’avais imaginé. J’ai abordé la porte étroite, me suis faufilé jusqu’à une place minuscule, coupé le contact et fait ouf !
-
Mon aventure pouvait commencer.
-
Une oliveraie au matin calme: mille ans de bonheur!
-



Moi aussi, je pensais à ces années passées, où Ann, JP, Dominique et toi nous rendaient l'Alentejo si vivant, plus à la portée de nos rêves.
Le site de Dominique était absent depuis quelques temps. L'impression était très désagréable, je dis "était" car le site est de nouveau là. C'est le cas au moment où j'écris. Je m'en suis aperçu samedi dernier.
J'ignore à qui nous devons ce bonheur, mais je l'en remercie du fond du coeur.
Rédigé par:Phil' | le novembre 27, 2007 à 05:46 AM
Sais-tu que j'ai imprimé, l'an dernier, et relié
toutes tes 8 "Visions d'automne" trouvées sur ce
magnifique blog ? Elles nous auraient servies de
fil conducteur pour notre descente au Portugal.
Peut-être l'an prochain ?
Rédigé par:gabriella | le décembre 13, 2007 à 12:29 PM