LA MAISON DE BUCHY
Je me souviens des jours heureux...disait Gainsbourg...
J'ai 6 ou 7 ans. Mon père donne à Jean-Claude 3 ou 4 francs pour qu'il me conduise chez le coiffeur, à Buchy, distant de quelques kilomètres. Mon frère s'approche de moi, embarrassé, confidentiel. Il me propose de jouer lui-même le coiffeur et de garder les sous, pour nous acheter...des bêtises à l'épicerie du coin. On cherche des ciseaux qui coupent, le rasoir de papa, le fameux coupe-chou terrible des professionnels. Il me place un bol sur la tête pour « égaliser sur les côtés ». Je ne bronche pas, confiant, attentif à ne pas troubler la concentration de l'expert, à qui j'abandonne ma tête. Il taille, coupe, cisaille, recoupe...Le résultat s'avère surprenant, comique, ridicule, et, pour tout dire désastreux : des épis partent dans tous les sens en une création navrante qui tient beaucoup du porc-épic.
(Création artistique de mon frère sur ma chevelure blonde d'innocent, à mi chemin entre le porc-épic ébouillanté et la période "punk", version première pression à froid.)
Le soir mon père rentre de Neufchâtel où il a son bureau. Il avise mes mèches rebelles et fulmine contre ces « salauds de coiffeurs qui profitent de la naïveté des enfants, sabotent le travail pour encaisser plus vite l'argent des innocents »...Nous baissons le nez dans la soupe, consternés que l'affaire soit si ma engagée.
Le lendemain notre père nous remet une lettre à destination du « salaud de coiffeur », ajoute qu'il ne veut pas payer un centime de plus. Et hop! Retour à la case départ! Et que ça saute!
Mais nous avons dépensé le capital à la boutique. Comment faire pour ne pas prendre la raclée du siècle? Il nous faut vite chercher dans les tiroirs, fouiller au fond des poches de tous pantalons disponibles dans les piles de linge, parcourir le jardin de long en large. Le résultat est bien maigre. Alors l'idée nous vient de lancer un emprunt sans intérêt auprès de la femme de ménage et de notre voisin, menuisier, chez qui nous avons la permission à vie d'utiliser établis, herminettes, varlopes, rabots pour la fabrication quotidienne de nos épées et de nos sabres.
Dès notre arrivée dans le salon, le barbier du village ne cache pas son étonnement en découvrant les dégâts grotesques dans ma chevelure. Je me souviens encore de sa question avec l'accent du pays de Bray :
- Est-ti pâpâ qui t'a coupé les g'veux?
Bien entendu, nous avions déchiré en petits morceaux, et jeté par poignées sur la route, la lettre de protestation du père.
(20 juillet 1999, Praz-sur-Arly, lieu aimé de notre enfance. Mon frère a de nouveau envie de me couper les cheveux...Il n'a peut-être pas tort...)
JAC, le 4 septembre 2010
J'aime cette histoire de galapiats. Je ne m'en lasse pas.
Merci JAC.
Rédigé par : Phil' | octobre 05, 2010 à 05:38 AM
Notre Grand Père,DUGROBER,aurait dit:LES
CHENAPANS ,mais j'aime le terme de PHIL,les
GALAPIATS !!!
En ce temps là,l'argent de poche pour les enfants n'était pas dans les moeurs!!!Nos parents pensant que puisque nous étions nourris,blanchis,logés,pourquoi avoir du
superflu en bonbons ou autres babioles???
J'avais moi-même essayé d'obtenir quelques
subsides,pas de quoi acheter un petit croissant...l'argent du car étant compté au plus juste.Bien entendu,nous avons fait les
poches de nos parents...mais elles étaient bien vides !!!cette histoire de cheveux
coupés "au bol" n'aurait pas existé ...si...
les frères PETIT avaient eu "des sous" dans leur tirelire ,mais ils auraient trouvé une
autre petite "bêtise" à nous inventer!
Quiquine.
Rédigé par : Jacqueline Paulus Petit | octobre 05, 2010 à 06:24 PM
Je profite d'avoir un endroit pour m'exprimer:
je souhaite un très heureux anniversaire à:
L E N A
Qui se reconnaîtra de son ILE DE LA REUNION.
Avec de gros bisous de:
Quiquine.
Rédigé par : Jacqueline Paulus Petit | octobre 05, 2010 à 06:29 PM