Notre maison, portes ouvertes, est parcourue de courants d’air et traversée régulièrement par des moineaux qui en explorent les moindres recoins.
Le matin, au petit-déjeuner, deux ou trois d’entre eux s’enhardissent dans la cuisine, picorent quelques miettes de pain et repartent aussitôt nourrir les petits. Une bouffée de gaieté entre alors par la fenêtre. Le va-et-vient se prolonge, le temps de faire provision conséquente. Dès la première incursion les conversations s’immobilisent et nos gestes deviennent mesurés, afin de ne pas rompre ce moment de grâce.
Parfois certains se posent sur le rebord d’une chaise, tout près de nous. On dirait qu’ils écoutent nos bavardages. De l’avis général ce serait une chance de recevoir de telles visites.
Dans le jardin, c’est un ballet de tisserins, appelés communément « béliers » qui nous attire. Les mâles ne cessent de construire des nids, sous l’œil critique des femelles. En haut du flamboyant, il y a là, une colonie de cinquante résidences, un véritable chef-d’œuvre architectural. Parfois, pour une scène de ménage ou l’on ne sait quelle raison obscure inhérente à l’histoire des couples, la femelle cisaille les attaches de deux ou trois coups de bec rageurs. L’habitation fait alors une chute fatale de plusieurs mètres, emportant toute la nichée.
Le plus drôle et le plus joli de nos oiseaux est incontestablement le cardinal, à la robe d’un rouge éclatant. Il vient à midi tourner autour de notre voiture, puis se pose sur le bord du rétroviseur extérieur. Là, il se mire, s’admire, pépie d’autosatisfaction, s’éloigne un peu dans les arbres puis revient, souvent accompagné d’un congénère, témoin de son état euphorique.
Je dirais très peu de la couleuvre qui gîte derrière le bureau car je la vois rarement. Mais je l’entends crisser doucement de temps à autre en se déplaçant sur des dossiers. Je ne m’étendrais pas non plus sur les fourmis, véritable fléau des régions australes, mais qui, à leur manière, complètent les prévisions météorologiques officielles : elles annoncent une forte dépression tropicale. De temps en temps une « Mouche d’Argent » passe, bourdon bleuté aux curieux reflets verts. Chacun se précipite alors pour la toucher car elle présage l’arrivée inattendue d’un apport financier majeur. Un lézard particulièrement attachant habite nos murs, c’est le gecko, dit « Margouillat », au cri saccadé qui lui sert à défendre son territoire. De tempérament nocturne, on le voit prendre son travail à la tombée de la nuit. C’est un compagnon qui rend bien des services car il mange les insectes. Ses pattes sont si puissantes qu’il peut rester accroché par un seul de ses doigts. Un dernier animal nous accompagne depuis huit ans, c’est une tortue malgache Radiata. Elle a perdu son partenaire en octobre 2008. Depuis, elle passe son chagrin à manger de la salade, des fleurs d’hibiscus ou de flamboyant. Elle réagit au son de ma voix et pousse un râle de colère quand on la change de place. Ces tortues ont la réputation de protéger les asthmatiques. Beaucoup de Réunionnais en ont au moins une dans leur jardin. Les Chinois, eux, en entretiennent toujours une dizaine, mais pour des raisons d’ordre spirituel ou religieux. Par les fortes chaleurs je la baigne d’eau fraîche. Dès les premières gouttes sur sa carapace, elle se soulève de plaisir et fait la belle. Certains, le dimanche, promènent leur ennui dans les rues vides, moi, je regarde ma tortue mâcher des hibiscus. JAC, le 17 juillet 2011
Très beau, les sons, les couleurs, les mouvements, la cohabitation harmonieuse de bêtes et gens. Avec les margouillats, c'est toute l'Afrique qui me revient en mémoire. A Yaoundé, j'étais réveillé chaque matin par un oiseau qui chantait sur quatre notes. As-tu remarqué qu'après l'effervescence du petit matin, il y a une longue période de silence total impressionnant: toute la nature prend son petit-déjeuner.
Rédigé par : Daniel Bas dit Chedozot | juillet 18, 2011 à 08:53 AM
Je ne peux pas ne pas penser aux toiles du douanier Rousseau, avec la vie en plus, pour animer le beau pays que tu décris si bien.
Rédigé par : Phil' | juillet 19, 2011 à 01:49 AM