25 février 2012
Il est 20 h 50. Le préfet vient d’annoncer une baisse substantielle des prix sur quarante produits de première nécessité et une diminution de huit centimes à la pompe.
Mauvaise nouvelle pour les jeunes de certains quartiers de Saint-Pierre. Ils ont tout de suite compris que la tension allait vite retomber partout sur l‘île. Or, à ce jour, ils n’ont pas encore réussi à casser grand-chose dans la cité. Quelques jets de galets au hasard sur le front de mer, une ou deux poubelles brûlées, c’est tout.
Il est temps pour eux d’agir, s’ils ne veulent pas se ridiculiser face au bilan spectaculaire de leurs collègues du Port ou du Chaudron.
A 21 heures ils se regroupent à la Ravine-Blanche et entament une marche de destruction, saccageant tout sur leur passage.
Pour se protéger de l’arrivée de la police, ils sèment des pierres derrière eux, montrant par-là qu’ils ont au moins entendu parler de l’histoire du Petit Poucet.
La meute fait alors voler en éclats la vitrine du concessionnaire Hyundai, puis incendie deux véhicules garés sur l’espace vente de Dacia. Dans un élan de clémence, ils épargnent les marques françaises, Peugeôt par exemple, bien que le garage ait mis la clé sous la porte il y a quelques mois.
Sur leur passage maintenant, les enseignes lumineuses d’un opticien leur font de l’œil. Ils fracassent la devanture, histoire d’en mettre plein la vue à leurs confrères du nord.
Maintenant, il faut faire vite car l’hélicoptère tourne dangereusement au-dessus de leur tête, balayant le quartier d’une lumière crue.
Il leur reste la station essence Tamoil. On ne sait jamais, si les réservoirs venaient à exploser, la honte subie depuis des jours au regard des exploits du nord serait vite effacée.
Un dernier départ d’incendie, pour l‘honneur.
Il est 23 h 30. Trop tard. Des renforts de gendarmerie arrivent.
Il faut se disperser.
JAC, le 25 février 2012
Commentaires