juin 17, 2006

Le Whippet Bleu

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Ç’aurait pu commencer ainsi, dans les grands sentiments:

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"Désormais, je détesterai les chiens en secret. Je suis devenu sournoisement cynophobe comme on sombre dans la misanthropie à force de coups reçus. C'est ma nouvelle mode, le cynisme. C'est une denrée qui remplace la passion, une sorte de plein qui se rue dans le vide. Car j'aurais sans doute bien davantage aimé Pauline si j'avais eu la force morale de surmonter mes écœurements en m'extasiant devant les reliefs que son bouvier, insensément développé, abandonnait distraitement comme des douilles sur les lieux de ses crimes. Du très gros calibre que je ne puis plus voir en peinture, n'en déplaise à nos amis cynophiles. Cependant, j'ai caché mon jeu et tenu longtemps avant de changer radicalement mon fusil d'épaule."

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mars 22, 2006

La Réclusion

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Fresnes, janvier 90

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Je ne risque pas de souffrir de la promiscuité carcérale, Dieu soit loué. Mon héroïsme a tant surpris qu'on a fini par m'isoler. Je puis enfin écrire sans qu'un loubard ne regarde par-dessus mon épaule et s'interroge sur l'agilité de ma main droite à noircir des pages comme cela m'est arrivé au début.

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Qu’est-ce que t'écris vite, l'ancien !

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Ce genre de réflexion tue instantanément mon inspiration. Depuis Noël, je suis au secret et je jouis d'une paix inespérée. Que les matons qui m'ont à leur charge en soient remerciés. En échange, je leur procure une tranquillité dont ils n'auront jamais à se plaindre. Sans être lèche-cul, je suis soumis, c'est tout ce qu'ils demandent. En échange, ils m'accordent la grâce de respecter mes appétits de papier. Je m'épanche en toute impunité et d'une certaine manière, je m'administre une automédication qui n'obère pas les finances de la Sécurité Sociale. Correct, non?

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février 26, 2006

L'ENFANT ROI

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Nouvelle

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A l’oreille déjà, son prénom m'avait incommodé avant même que je le colle sur un visage. Il y a comme ça des consonances qui font mal. Dès que sa mère m'avait téléphoné, j’avais pressenti le pire. J’entends encore sa voix de l’époque, grave, chaude et snob:

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- Jean-René, je me réjouis de vous recevoir demain, mon cher Xavier sera lui aussi ravi de vous connaître, il aime tant les conteurs de petites histoires...

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Dans la même phrase, j’avait perçu d’emblée deux alarmes:

Xavier d’une part, pour des raisons sur lesquelles je reviendrai quoi qu’il m’en coûte et “mes petites histoires” enfin. Me dire ça à moi, traducteur et adaptateur de thrillers, abonné comblé de la NCN, la Nouvelle Collection Noire...

Elle y allait fort cette greluche, mais quoi, je ne pouvais pas le manquer ce dîner, car cette bagnole, grand Dieu, je la voulais: une Citroën SM Maserati de la première heure qui sentait bon les cuirs d’antan et cette subtile mixture d’essence brute, de tissus et de caoutchoucs qui me rappelait la Traction Avant ("La Quinze") de mon père.

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janvier 18, 2006

Le Ciel sur la tête

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Simon déchira sa copie en lanières, posément, comme pour se punir d'avoir réécrit un article qui ne passerait pas. Il en était à sa cinquième version. Jérôme, son rédacteur en chef, lui avait braillé tour à tour “trop littéraire, trop plat, trop sec, trop baroque”. Il avait maintenant mal à la tête. Sa vision du sujet (qu'il croyait pourtant claire) s'était brouillée à force de ratures, de redites, de paraphrases.

En dépit de l'insatisfaction que lui procurait cet impossible texte qu'il eût naguère “torché” d'un seul jet, Simon ne renonçait pas. Tout n'était pas à jeter. Le titre de l'article était percutant, le chapeau d'introduction ramassé, musclé, limpide. Mais les méandres du développement! Mais la lourdeur des phrases dans lesquelles il perdait ses convictions!

Simon fit pétiller un comprimé dans un verre d'eau tirée au robinet. Il lui trouva une teinte jaunâtre, mais il but d'un trait jusqu'à la lie. Des granules mal dissous lui crissèrent sous la dent. Il était deux heures du matin. Il fit l'effort de se coucher, doutant à la fois que le sommeil ne vienne. Il dormit en pointillé. Des images idiotes, comme celles d'un kaléidoscope, faisaient leur cinéma sur l’écran de ses paupières, émaillées de voix, de mots sans justification: couteau, sophisme œnologique, secteur-clef, vol-au-vent, distance, zapping, autruche-hongruche, Caroline, ordinateur, Damoclès...Surtout Damoclès.

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octobre 15, 2005

Le Dernier jugement

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Certains soirs d'orage sont propices à la rédemption. Il suffit que tout aille mal et, l'électricité aidant, les solutions lumineuses jaillissent toutes seules.

Ce jaillissement, je l'ai éprouvé en mangeant une pizza fort réussie dans une brasserie où je mis les pieds pour la première fois, lassé de ma cuisine et surtout, pris de court dans la rue, sans parapluie. Comme quoi un grand destin peut être la résultante de petits riens.

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septembre 25, 2005

Des pigeons tombent

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Je viens d'être le témoin d'une scène de rue extraordinaire, depuis la fenêtre de mon bureau, d'où je peux jouir d'une vue plongeante sur une rue étriquée, fort pentue, très peu fréquentée, mais terriblement sonore.

Il était 21h à peu près, hier, quand a claqué un premier coup de feu sec, suivi d'un petit bruit confus de chute de débris. Je n'ai pas quitté le clavier de mon Macintosh pour si peu.

On voit tellement de choses de nos jours, en Suisse.

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août 18, 2005

L'Attentat

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J'étais fin prêt. Le scénario m'avait demandé des mois de préparation minutieuse, filatures, enquêtes sous-marines, pêche à l'information. Une somme de travail que j'avais réussi à dissimuler dans le train-train quotidien du cadre au-dessus de tout soupçon que j'étais.

Restait à arrêter la date d'accomplissement de la besogne, un jour faste, un jour qui forcément, devait être plus remarquable que les autres. Je l'avais trouvé. Ce lundi 2 avril m'apportait sur un plateau tous les ingrédients dont j'avais besoin pour que mon œuvre ne fût ni vaine ni entachée d'amateurisme, ce qui ne m'eût en aucune façon guéri de la blessure morale que «mon» président m'avait infligée un an auparavant.

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août 15, 2005

Le Raccourci

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J’habitais une petite ville douce et tranquille, sans histoires, nichée au cœur du Poitou, sur les bords de la Vienne. J’habitais mal. Je partageais un studio minable avec Bob, un homme qui m’avait été cher, le temps d’épuiser les premières joies du couple de fortune que nous formions lui et moi.

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Bob ne conservait que le privilège de m’avoir déterminée à quitter le giron familial pour vivre ma propre aventure. D’aventure, il n’y en avait plus. Rien d’autre que des compensations et surtout, le plaisir presque quotidien de quitter la laideur du studio pour prendre l’air.

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Nous avions pris nos habitudes dans une brasserie italienne, chez Gianfranco, sur une rive du fleuve. Nous y sirotions des bières entre copains, parfois l’apéritif quand nous étions en veine, un marsala al’uovo, suivi d’une pizza enchantée «Quattro Staggioni» et d’un dessert, un tiramisu. C’était le seul luxe de mes vingt ans.

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Ma Photo

juin 2008

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