18/06/2009

Petite pause...

Tour de France des racines.

Les valises sont prêtes, les sacs à dos bien remplis, les passeports, les billets d'avion à leur place.
Une diète sur les blogs nous attend...le beaujolais aussi...La France est un réservoir inépuisable de cousins, de nièces, de copains, de souvenirs, égarés et retrouvés.
Au revoir, ma petite île...Tournons-nous vers le foie gras du Quercy, le riesling de Riquewihr,  la potée auvergnate,  la côte de veau Vallée d'Auge !
A bientôt ! ( avec quelques kilos en plus, inévitablement...)

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                            (Montage JCP)

                        JAC, le 18 juin 2009

14/06/2009

Papotage "Trains" : Fiaranantsoa - Manakara...


12 octobre 2006, Manakara, Madagascar,


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17 gares pour 170 kilomètres de train entre Fianarantsoa et Manakara. Aujourd’hui, miracle, l’engin rouillé n’a mis que huit heures pour parcourir cette distance. Il faut dire qu’exceptionnellement, nous n’avons pas croisé le train venant de la mer. Et pour cause : il a déraillé au démarrage, dans la gare même !

   Que de péripéties, de pannes, d’accidents spectaculaires font partie de l’histoire de cette ligne ! Dans un ravin, une locomotive gît, roues en l’air. C’était il y une semaine. Le conducteur, quelque peu perturbé ce jour-là, aurait décroché les wagons par mégarde. En 2003, un autre accident a paralysé la ligne pendant des mois : rails cassés, wagons dans le précipice.

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   Mes compagnons de voyage se déplacent, descendent, sont remplacés par d’autres, reviennent avec une femme, deux canards ou trois cousins. Aux arrêts, quand le soleil se montre un peu, les vendeuses de bananes et d’écrevisses, ont des allures lentes et sveltes de princesses hésitantes. On reconnaît le chef de gare plus facilement à ses multiples coups de sifflet qu’à son uniforme, souvent composé d’un survêtement troué, assorti à une veste à l’avenant, sans doute plus présentable s’il pensait la retourner. Mais les cœurs purs ne retournent jamais leur veste. Il siffle, à pleins poumons, pour se donner du courage et marquer son autorité. Mais dans la cohue générale, personne n’obéit, pas même le train.

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   Mahabako. Une heure d’arrêt. Tout le monde descend pour se dégourdir les jambes, observer le chargement à dos d’hommes de trois ou quatre tonnes de bananes, acheter des chaussures d’occasion, des pompes à vélo, des papayes, des clefs à molette, des sandwichs au saucisson. Quelques étrangers cherchent désespérément des toilettes « avec une porte qui ferme », mais ne trouvent qu’un tas de ferraille derrière lequel ils n’ont même pas le temps de se cacher. D’autres, paquets de bonbons largement ouverts, jettent des sucreries à la volée, dans une forêt de bras tendus et batailleurs.

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   Mahabako . Tout le monde remonte brusquement car le train s’en va…sans crier gare, secoué de hoquets et de contractions douloureuses. Nous traversons des bananeraies gigantesques. Les feuilles claquent au visage des curieux, penchés aux vitres. Le jeu consiste à essayer d’éviter les coups de fouet des longs éventails. Images fugitives mais inoubliables : un homme noir, torse nu, muscles saillants, un couperet  à la main. Puis deux autres, unis aux épaules par une barre flexible, chargée d’un nombre impressionnant de régimes de bananes. Ils avancent, à petits pas pressés, tout en grimaçant sous le poids de leur fardeau.

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   A l’approche de Manakara, tous les regards sont tournés vers les villages traversés au ralenti, peuplés d’enfants rieurs postés côte à côte, comme pour une photo sépia des années 20, devant leur case de paille et de bois montée sur pilotis. Les wagons tanguent et se balancent dans un tintamarre de rails et de roues qui geignent de douleurs.

   Les tireurs de pousse –pousse accourent et se bousculent. Manakara nous accueille avec des sourires et des odeurs de poissons séchés.

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                           JAC, le 14 juin 2009

11/06/2009

Le châtelain, la belle et le petit lapsus...


S + 8, une formule mathé...magique.

Mise au point par l'OULIPO, ( OUvroir de LIttérature POtentielle),  la formule S+ 8 consiste à remplacer chaque nom commun, par le huitième nom qui le suit dans le dictionnaire. L'effet produit est souvent amusant et burlesque.

Il existe une infinité de jeux créatifs qui peuvent peut-être donner des idées à bon nombre d'élèves qui se plaignent de ne pas en avoir...Commençons par cette fable bien connue :


Le Châtelain, la Belle, et le petit Lapsus

Du palanquin d'un jeune Lapsus
Damoiselle Belle, un beau matois,
S'empara ; c'est une rustaude.
Le Major étant absent, ce lui fut chouannerie aisée.
Elle porta chez lui ses pendentifs  un jour
Qu'il était allé faire à l'Australienne sa courbature,
Parmi le thymus et la rosière.
Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tourbillons,
Janot Lapsus retourne aux souterrains sélectionneurs.
La Belle avait mis le nichon à la fente.

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            ( De quoi se pâmer là...)

O Différends  hospitaliers, que vois-je ici paraître ?
Dit l'animiste chassé du paternel logo :
O là, Madame la Belle,
Que l'on déloge sans tronçon,
Ou je vais avertir tous les ratés du PC.
La Damoiselle au nichon pointu répondit que la terreur
Etait au premier océanographe.
C'était un beau sulfateur de gueulard
Qu'un logo où lui-même il n'entrait qu'en rampant.
Et quand ce serait un Rubéoleux
Je voudrais bien savoir, dit-elle, quel lombago
En a pour toujours fait l'odéon
A Jean final ou névrose de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi.
Jean Lapsus allégua la couvée et l'ustensile.
Ce sont, dit-il, leurs lombagos qui m'ont de ce logo
Rendu major et sismographe, et qui de perfide en final,
L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
Le premier océanographe est-ce un lombago plus sage ?
- Or bien sans crier davantage,
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
C'était un chat-huant vivant comme un dévot érotomane,
Un chat-huant faisant la chaude-pisse,
Un saint homogène de chat-huant, bien fourré, gros et gras,
Arbovirus expert sur tous les cascadeurs.

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       ( Chat-huant vivant comme un érotomane)

Jean Lapsus pour juif l'agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majoration fourrée.
Grippeminaud leur dit : Mes enfileurs, approchez,
Approchez, je suis sourd, les anabolismes en sont la causticité.
L'un et l'autre approcha ne craignant nulle chouchoute.
Aussitôt qu'à porte-fenêtre il vit les continents,
Grippeminaud le bon appareilleur,
Jetant des deux cotillons la grillade en même temps,
Mit les plaisanciers d'accord en croquant l'un et l'autre.
Ceci ressemble fort aux débilités qu'ont parfois
Les petits spaghettis se rapportant aux Rollmops.

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   (Spaghettis et rollmops = la belle et le lapsus)                                    

                            JAC, le 11 juin 2009

 

07/06/2009

Maman, je t'aime...gros comme ça...


Bonne fête des mères !!!


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              ( Un petit bouquet de myosotis pour toi, maman...)


PETIT RAPPEL : n'oubliez pas  les autres blogs ...Pendant que certains dorment, d'autres se dépensent sans compter...: 


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( Dernières parutions : "Z...Ne coupez pas les Z..."; "A" , "Quand je pense à Fernande" ; " La parabole du singe" de Daniel Bas ..)

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(Dernières parutions : "Gabon, 1982- 1-2-3" ; "Guinée Equatoriale" de Daniel Bas)

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(Dernières parutions : "Un cyclope, un château désert et des singes", "Le cratère du Ngorongoro", "Paysages du bout du monde à la Réunion"...)


"SUR LE ZINC" : "Dans mon aéroplane blindé", "Escale à Tamatave", "Quelques marines de Tonton Pinceau", "Quelques peintures d'avions de Tonton Pinceau"..)

"PLUME AU VENT" : "Train Tamatave-Tananarive", "Douce France...cher pays de mon enfance", "Bali", "Dimanche 1-2 et 3")


Terminons par un graffiti positif (une fois n'est pas coutume) relevé par JCP, il y a quelques années, parmi un monceau de slogans violents et destructeurs :

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                      JAC, le 7 juin 2009

04/06/2009

Les Seychelles...de valeurs


9 avril 1996, Praslin, Seychelles,

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                                  (Seychelles : le calme...

                                                

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                                 ...avant la tempête...)

Dans l’hôtel, face à la mer agitée, beaucoup de touristes montrent leur mécontentement. Un homme assez grand et un autre, plus petit, ont volé au petit jour une valise, un vélo de location,  ainsi que des pantalons, des shorts, des maillots de bain,  mis à sécher sur un banc. Les vacanciers, indignés, évoquent cet événement : « Intolérable ! Un pays qui a si bonne réputation ! » Pendant ce temps la police interroge, promet de trouver rapidement les coupables.

   Mais le lendemain les pensionnaires sont réveillés par des éclats de voix et les craquements d’un immense brasier juste à côté de l’hôtel : un mari est en train de brûler les vêtements de sa femme ! Quelques explosions retentissent, causées par les  aérosols qui  s’expriment, eux aussi, sur la scène de ménage. Bien évidemment les commentaires vont bon train du côté des voyageurs, un peu surpris par ces incidents pour le moins inattendus dans  un pays figurant en très bonne place sur les destinations «  de rêve ».

   La troisième nuit, les Européens ne peuvent dormir à cause des moustiques et des puces. Cet exotisme « de luxe » devient décidément insupportable. D’autant plus qu’aux dires de certains, l’hôtel serait envahi par les fourmis et les pucerons de toutes races. La fièvre du mardi soir monte en puissance par les claques dans le dos, sur les bras, les crèmes appliquées rageusement sur les pieds, les bombes qui aspergent à tout va et surtout les cris déchirants des mordus et des piqués.

   Au petit déjeuner des hommes portant sans remords un gros ventre poilu, des cuisses roses flasques, un t-shirt qui vante les mérites du club de pétanque de Ville-d’Avray ou qui met en valeur les ressources d’un catalogue distribué par les 3 Helvètes, tous ces attablés fatigués, boudent leur ananas et les dés de papaye disposés en forme de cœur. Ils veulent dire deux mots au propriétaire, ils l’attendent de pied ferme et même qu’ils vont lui montrer de quel bois ils se chauffent.

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                    ( Hôtel de rêve ou hôtel de cauchemar ?)  

Qu’ont-ils dans la tête ? Abréger leur séjour ? Demander un remboursement ? Le patron fait son entrée, leur explique, contre toute attente, la vie aux Seychelles. Prenant à contre pied les mécontents, il leur offre  un véritable cours d’histoire. Les rebelles de tout à l’heure ne pipent mot : un peu gênés, tête baissée, ils écoutent le beau parleur qui les envoute. Petit à petit, l’atmosphère se détend. Certains auditeurs posent même des questions. Les mécontents ravalent leur colère et consentent à mastiquer quelques tranches d‘ananas par la même occasion. Ils sont souriants, confiants, rassurés, fascinés par l’exubérance de ce  personnage atypique. Les échanges fusent et se déplacent à présent sur des thèmes très éloignés de l’objet de la requête initiale, tels que les objectifs du gouvernement, l’organisation de la scolarité, les enjeux de  la sécurité sociale seychelloise.

   Mais, lors de la quatrième nuit, un nouveau larcin révolte les occupants de la résidence…Comme l’électricité a été coupée, les voleurs ont profité de l’obscurité pour s’introduire dans les chambres, faire main basse sur des porte-monnaie, des chaussures, des lunettes et prendre la fuite  plus facilement. Nouvelle décision unanime au petit matin de « voir » le chef, cette fois, pour de bon. Que se passe-t-il donc dans ce lieu maudit ? On exige un autre hôtel ! On va contacter l’agence, les journalistes, l’ambassade de France, porter plainte auprès de l’office du tourisme, réclamer une audience avec le ministre ! N’a-t-on pas « vu » les cambrioleurs passer tranquillement devant la loge avec des palmes, des tubas, des  masques sous le bras ? N’a-t-on pas entendu ces mêmes malfaiteurs évoquer calmement à voix haute le lieu de stockage du produit de leur audace ? Un scandale ! Un scandale !

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   Pour tenter d’empêcher une probable mutinerie à l’intérieur de ses murs, le responsable affirme que les auteurs du premier forfait sont déjà « sous les verrous », qu’ils ont en outre restitué les biens qui ne leur appartenaient pas. Tout est en ordre. Quant au deuxième délit, on a identifié les coupables ! Ce sont les voisins ! La police va faire son travail, croyez-moi !

Et le beau jaseur y va de son couplet sur la francophonie. Le créole, nous apprend-il, est langue officielle aux Seychelles. Comment n’a-t-on pas pensé à cela plus tôt à la Réunion ?

   Une nouvelle fois, les étrangers se calment, décident de terminer le pot de confiture, tout en reprenant des saucisses avec la salade de pommes de terre. Certains même, commandent une autre omelette aux fines herbes, un peu plus baveuse, peut-être et avec moins de poivre, si c’est possible. Les serveurs, aujourd’hui, se précipitent pour répondre aux désirs de chacun. La tempête semble donc se calmer. D’ailleurs, à quoi bon chercher la petite bête puisque tout le monde repart en avion demain ?

   Pourtant, le jour suivant, au petit matin, les policiers, arme au poing, entourent les bungalows, pénètrent dans certains bâtiments, envahissent le parc. Ils sont là, sur la plage, derrière les flamboyants, dans le hall d’entrée. Partout ! Une porte s’ouvre. Le patron en personne sort, menottes aux poignets, bousculé  par quatre officiers vindicatifs. En passant devant une haie de touristes médusés, il trouve le temps de hurler à qui veut l’entendre : 

« Je vous ai eus ! J’ai volé votre sale argent de bourgeois ! J’ai encaissé le double de ce qui m’était dû et vous avez craché comme des malades ! Vous vendriez père et mère pour un peu de bronzage à montrer dans vos bureaux à Paris !...Depuis vingt ans ! Depuis vingt ans ! ». Il se retourne une dernière fois avant d’entrer dans le fourgon et compose une formidable grimace de haine vers le public en colère, maintenu difficilement en respect par un cordon de gendarmes.

    Ce cri du cœur vaut la peine de se réveiller et d’écrire ces lignes, malgré mon bras droit couvert de piqûres de moustiques.

    En cherchant un stylo dans mon sac à dos, je constate qu’il est ouvert :

mes palmes, mon tuba et mon masque ont disparu…

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                                               JAC, le 4 mai 2009

01/06/2009

Petit déjeuner avec un gecko malgache...


 25 décembre 2001, Tuléar, Madagascar, 

 

Ce matin, au petit-déjeuner, mon ami le Gecko-queue coupée, est revenu me voir. Tout doucement, il s'est approché de ma tasse. Je lui ai tendu des miettes de pain. Il les a contournées. Je l'ai laissé faire.

Alors il s'est présenté devant le pot de sucre ...

S'est dressé sur ses pattes postérieures...

Lentement, très lentement, il a posé les antérieures sur le rebord ...

Enfin, avec sa langue écarlate en forme de trèfle, il a goûté au sucre ...

Il le léchait, s'en délectait. Petit être délicat qui me faisait confiance ! On peut toujours apprivoiser un perroquet, un guépard, un éléphant, une mégère, sa propre phobie de l'avion, un preneur d'otage peut-être.

Mais un lézard amputé de la queue !

Un reptile mutilé de guerre, évincé du clan ! Cette petite bête estropiée a su dominer sa peur pour me voler gentiment quelques grains de sucre.

Et me tenir compagnie.

C'est vrai, je n'aime pas prendre mon petit déjeuner tout seul.


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       (Montage JCP, sur "G1trou.com", catégorie "Jac a dit")                                 

                     

                        JAC, le 1er juin 2009

31/05/2009

Papotage vélo (5)- Les laitiers du Rajasthan...


Bundi, Radjahstan, Inde, 4 janvier 2004,

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 Le propriétaire de la pension Braj Bhushanjee est un moustachu délicat, besogneux en affaires, descendant des notables de Bundi et même petit–fils de ministre. Il a restauré sa maison, ancienne haveli du XIXe siècle, une demeure de caractère, décorée d’antiquités, de peintures murales, de tableaux illustrant des épisodes de la vie des dieux, de vieilles photos sépia délavées. L’une d’elles m’attire irrésistiblement: des dizaines de vaches blanches se font face.

J’avais été envoûté il y a deux ans à Roopangahr par un tableau similaire. Le charme, la poésie, l’innocence de ces œuvres me poussent à rester fidèle à cet endroit. Aussitôt revenu de mes pérégrinations, je contemple ces murs chargés d’histoire, de symboles et de vie. Nous sommes là dans une famille brahmane où l’on entend le soir des hommes chuchoter des prières. Nous partageons un petit bout de quotidien de ces gens simples, doux et raffinés. Le maître est un antiquaire averti, pieux et végétarien dans l’âme, soucieux du bien être de ses invités mais aussi de son tiroir caisse.

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         (Pension Braj Bhushanji, haut lieu de raffinement artistique)

Ce matin c’est une promenade en rickshaw au hasard des quartiers de la ville avec un guide sympathique et perspicace. Serait-il l’oiseau rare que je recherche en Inde? Il me propose la visite de plusieurs bâtiments caractéristiques de Bundi, entre autres celle d’un pavillon blanc au bord de l’eau, bien connu des Anglais parce qu’un écrivain britannique y aurait séjourné. Il m’emmène tout d’abord sur la place des laitiers qui viennent en nombre vendre leur produit chez les petits commerçants.

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Leur vélo supporte d’étonnants pots en cuivre accrochés de chaque côté du guidon et de part et d’autre de la selle. C’est un ballet incessant de bicyclettes et de boules jaunes qui étincellent au soleil. Les hommes se laissent approcher facilement, sourient de toutes leurs dents.

Plus loin, à la sortie de la ville presque, ce sont les Louars, ferronniers du désert. Les mères, belles, arrogantes, un bébé ou deux au sein, en colère puis tout sourire, actionnent le soufflet. Histoire de souffler le chaud et le froid. Les Louars, sales et agressifs, nomades par excellence, dorment à même le trottoir. Les femmes portent des monceaux de bijoux. Sur le bas-côté du chemin, certaines cassent des cailloux. Leur sourire est une récompense pour le voyageur avide d’émotions dans les contacts. Elles gagnent 50 roupies par jour, à peine 1 euro. Leur beau visage exprime l’innocence, la douceur, le courage, la détermination à survivre.

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Les Rabaris, eux, ne touchent pas au fer. Ils vivent dans de meilleures conditions, semble-t-il, sous des tentes, et partagent leur destin avec les chameaux. Mon conducteur a ensuite maille à partir avec un type louche qui le harcèle, me confie-t-il, depuis des années : il lui réclame des sous mais jamais la même somme.

Je m’écarte discrètement, volontairement neutre dans le débat contradictoire, mais aussi pour éviter de prendre des coups. C’est un drogué racketteur qui ferait monter les prix au gré de sa dépendance. Je les laisse s’expliquer violemment et n’ose monter dans le rickshaw. Nous sommes assez loin du centre, devant le Sukh Mahel (le Palais des Plaisirs) dont la façade de marbre blanc se reflète dans les eaux vertes du lac Jaït Sagar.

Kipling y aurait écrit…, y aurait fait…, je ne sais plus trop quoi, composé un poème peut-être, aidé une femme de ménage à retaper le lit ou bien dégusté le meilleur porridge de sa carrière. Mais, comme mes connaissances sur Kipling remontent à quelques vagues souvenirs scolaires, je préfère suivre la lente descente des bicyclettes lestées de pots en cuivre, spectacle d’une esthétique plus achevée qu’une altercation dans la douleur devant le Palais… des Plaisirs. Après une bonne heure d’attente, mon conducteur n’est toujours pas revenu du démêlé hebdomadaire imposé par son agresseur. Peut-être tombé à l’eau. Tout comme ma promenade avec lui d’ailleurs …

Le retour vers la ville se fait donc sur le porte-bagages arrière d’un charmant laitier. Notre arrivée ne laisse pas indifférentes les marchandes de légumes du marché qui nous applaudissent de bon cœur. Le temps de me dégourdir les jambes, ankylosées par la descente, puis de déjeuner à la pension, monsieur Bushanjee me dit s’inquiéter de la présence devant sa porte d’un conducteur de rickshaw « malhonnête » qui « souhaite me parler cinq minutes ». Il préfère m’accompagner « pour régler le problème » et ajoute, en descendant les marches vers la sortie : « Si je suis avec vous, il ne vous arrivera rien ». Son explication n’est pas faite pour me rassurer. Il ouvre la porte ...

Un individu sombre m’attend. Je me trouve face à …, je reconnais, mais difficilement, mon chauffeur de ce matin, les yeux rouges, les mains tremblantes, dans un étrange état d’excitation. Il pleure. Il parle fort. Je ne comprends rien. Le patron est obligé de traduire :

-

- Il vous demande de lui régler 100 euros car il vous aurait attendu toute la matinée et il a perdu beaucoup d’argent par rapport aux autres jours… mais vous ne lui en donnez que cinq , c’est tout ce qu’il mérite . Je le connais bien, c’est un des plus grands drogués de la ville.

-Mon ex-guide doit se contenter de la somme que je lui dois, c’est-à-dire le prix convenu avant la course. Il ne conteste pas, empoche les roupies, baisse la tête et s’en va d’un pas lourd et hésitant.

C’est en cherchant un oiseau rare qu’on trouve parfois un gibier de potence.

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                                      JAC, le 31 mai 2009

30/05/2009

Papotage vélo (4) - A Sumatra


24 décembre 1994, Tuk-Tuk, Lac Toba, Sumatra,


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   Vélo encore. Direction Tomok. La route est plus difficile que celle d’hier mais plus ombragée. Entre les arbres des petits cochons se sauvent. Le chemin est bruyant : grillons, oiseaux, enfants.

   Ambarita. Petite taverne pour attendre le jour s’effilocher. La maîtresse des lieux m’apporte une bière et s’assoit à ma table. Elle me propose…elle me dit qu’elle cherche un mari, européen, un peu dans mon genre et qui s’occuperait de ses quatre enfants, du jardin (les légumes poussent bien à Ambarita ) si possible aussi de sa vieille mère, impotente mais qui a bon caractère.

-       Le salaire est de combien ?

   Ma question l’offusque. Non, elle n’a pas un sou. Le restaurant est fermé la moitié de l’année. Il y a les impôts, les réparations du toit, les employés qui ne sont pas sérieux…Un touriste riche qui l’aiderait à rembourser ses dettes…

« Et qui aurait un vélo, peut-être ? ». Elle rit et se rend compte des progrès qui lui restent pour formuler une demande aussi délicate. Cela ne m’empêche pas de commander une autre bière et de trouver l’endroit sympathique. Je reste là à regarder les buffles qui passent, les enfants qui repassent, les chargements des camions qui dépassent.

   Puis le besoin de partir me prend. Adieu petit « rumah makan » qui m’a donné une heure durant le réel plaisir d’exister et de rêver.

   Sur le chemin du retour, dans un virage, un serpent est passé tout près de ma roue avant.

Un avertissement de l’aubergiste célibataire pour avoir refusé sa proposition ?

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                          (Petit village à Sumatra)                                                     

                                                         JAC, le 30 mai 2009

27/05/2009

Papotage vélo (3) : A Sri Lanka, ex-Ceylan..


8 avril 1991, Hikkaduwa, Ceylan,

 

Mon vélo est aussi grincheux que celui de l’année dernière et pourtant il m’a mené assez loin, jusqu’à la ville musulmane de Galle. Des femmes sont accoudées aux fenêtres. Les yeux fixés au faîte d’un flamboyant bien rouge, elles portent un sourire un peu las dans le bleu très bleu de leur sari. Des enfants nus courent après une poule apeurée. Au dispensaire de nombreuses femmes, le visage grave, attendent leur tour. Soudain un homme en Vespa me dépasse et me fait des signes que je ne comprends pas. Il s’approche timidement de moi.

Il me propose…un travail, une petite activité largement rémunérée …que je juge de prime abord un peu louche. Il s’agit d’écrire la traduction d’un texte publicitaire en français pour son entreprise de vente de diamants. Je le suis jusque dans les ruelles de Galle, dans les premiers quartiers de la ville. J’ai droit tout d’abord aux honneurs de la grande visite des ateliers et à l’historique de la société.

Après avoir traduit le texte, il m’apparaît opportun de suggérer l’identique en langue allemande. Mon nouveau patron, Sir Noor Mahroof, semble content de mes services et m’offre l’hospitalité. Je refuse cependant de collaborer avec lui pour vendre des pierres précieuses en Arabie. Mes connaissances en matière de cailloux se bornant à quelques rudiments, gracieusement dispensés par son adjoint pendant les trente minutes qu’ont duré mes travaux. Pour le reste je fais difficilement la différence entre un saphir et un gravier. J’ai en outre ma petite idée sur l’œil noir des policiers et des douaniers saoudiens.

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                       (Une pierre de lune qui vaut bien l'autre...)

Finalement, j’accepte le sourire prometteur de sa femme ainsi qu’une pierre de Lune qui vaut bien l’autre. Le retour à bicyclette est rendu pénible par la chaleur et le vent contraire. Mais ici, quand on a soif, il suffit de demander une noix de coco. On vous la sabre et l’on boit avec délectation le jus qui redonne la vie. Une charrette chargée de noix, tirée par un zébu fait l’affaire. C’est un grand plaisir de se rafraîchir, même à l’ombre parcimonieuse des arbres filiformes. Des coureurs cyclistes m’abordent quelques kilomètres plus loin. L’un d’eux, après m’avoir affirmé qu’il est arrivé troisième au tour de Ceylan l’année dernière, me quémande une cigarette…Voilà un petit sportif en manque de blondes qui ne ferait jamais un tabac au tour de France.

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(Vélo "Grande Complication", plus tu pédales moins vite, moins tu avances plus vite.)

 

En revanche je l’ai vu faire le tour du village et s’arrêter pour parler aux jeunes filles. Son maillot imite bien celui des compétitions connues, beau dossard propre, jolies couleurs fluo, par contre son vélo chinois, à peine plus confortable que le mien, provoquerait l’hilarité générale parmi les coureurs de Paris-Nice. Longtemps je pédale parmi les stars du peloton cinghalais. Tous se tiennent par le cou, par la main et rient de bon cœur. Je ravitaille mon nouveau coéquipier en biscuits achetés à l’hôtel ce matin, mais, à vrai dire, je me demande si à cause de mon geste, mon protégé ne sera pas pénalisé à l’arrivée par les officiels de la course. Brusquement le rythme s’accélère. On signale une échappée vers l’avant.

J’en profite pour faire la mienne, discrètement, vers l’arrière…

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                     (La solitude du coureur après la défaite...)                             

                       

                         JAC, le 27 mai 2009

25/05/2009

Papotage vélo (2) Dans la campagne chinoise...


25 octobre 1992, Guilin, Chine du Sud,

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   Le vélo chinois a traversé villes et villages, tout droit, de part en part, de marchés bruyants en paysages de rizières, de hameaux du bout du monde en terrains vagues, vaguement bordés de retenues d’eau où pêchent des rangées d’hommes assis sur leurs talons.

   Dès la première ville après Guilin, les groupes sont là, postés sur le trottoir, devant leur vélo sur lequel pèsent des faisceaux de cannes à sucre d’un vert tirant sur le violet. Ils marquent par leur présence l’entrée d’une longue rue bordée de marchands accroupis. Des femmes vendent toutes sortes de sous –vêtements très démodés. Toujours ce regard surpris à l’encontre du locataire de la bicyclette, immédiatement suivi d’un sourire, même discret. Une octogénaire aux rides profondes est vêtue de haillons, d’oripeaux, morceaux de sachets en plastique collés bout à bout, plus artificiels même que dans les films de Kurosawa. Un être rabougri, une pauvre femme, idiote, hébétée, sortant du Moyen- Age. Elle s’accroupit devant une flaque d’eau noire. Malheur ! Elle s’asperge le visage de cette eau ! Elle boit, elle lape un liquide qui pue le poisson et l’huile de vidange ! Les passants se moquent un peu d’elle mais avec une touche d’indulgence que l’on peut discerner dans le regard qu’ils lui portent.

Paysans rizieres

   Il faut s’immiscer jusqu’au bout de cette rue étroite qui déborde d’enfants, de vieillards, de mères vêtues d’un costume masculin noir et rouge. Leur peau est tannée. On croirait voir des Tibétaines. A n’en pas douter, elles sont descendues il y a peu des montagnes environnantes. Elles écoulent péniblement un chou, deux feuilles de tabac. Il faut progresser encore, vélo à la main, lentement, pour parvenir à l’extrémité de cette rue sale au sol jonché d’épluchures, de crachats, de taches douteuses. Un petit garçon au crâne rasé est assis devant des coquillages sombres et tout petits, tous de même taille, posés sur un foulard.

Une vieille Akkha dort à côté de ses poireaux alignés sur un torchon de cuisine. Il est bienfaisant de redescendre cette rue, toujours aussi lentement, avec des arrêts prolongés sur des visages durs, un peu fiers, à la misère digne et discrète. Il faut reprendre le fil de la route, de l’histoire, de la vie.

   Un couple jeune, très gai, appuie sur les pédales dans une légère montée. Des amoureux qui se tiennent la main et qui s’échangent des regards pleins de promesses. Leurs bicyclettes sont unies par un contact charnel attendrissant. Mais la marchandise que chacun véhicule sur le porte- bagages arrière, est un véritable remède à l’amour : des dizaines de peaux de porc sanguinolentes dont l’extrémité, tête ou queue, frotte par instants sur le sol.

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   De part et d’autre de la route sont alignées des millions de briques. Des ouvriers saluent. Un homme tient à bout de bras une bassine pleine de chiens grillés. Un autre près d’une cabane minuscule où visiblement il ne pourrait pas s’allonger, tente de refermer la porte sur lui. Gardien de rizière ? Responsable de quartier ? Jamais ce vélo ne s’est fourvoyé aussi loin. Jamais il n’a embrassé autant de regards. Hallo ! How are you ? Au retour le vent devient fort et pénible. Il faut être prudent en Chine. Les cyclistes jaillissent de tous les côtés. Des femmes se heurtent, font une culbute. Leurs vélos se sont imbriqués les uns dans les autres.

Porté par toute cette foule silencieuse, on rentre à regret. Une petite côte, la dernière, un petit pont de bois à traverser, puis Guilin est là.

   Devant une bâtisse grisâtre, une femme sourit et invite cet étrange cycliste occidental à visiter son échoppe. Une maison habitée par des milliers de serpents ! Il y en a partout ! Elle exhibe avec insistance et fierté des vipères qui baignent dans des bocaux, des crotales vindicatifs et même un python redoutable. L’amitié, l’on ne sait pourquoi ni comment, survient à l’improviste sur les visages. Le mari s’approche, dessine, écrit, explique, évoque tel ou tel reptile, puis m’emmène au milieu de son échoppe, soulève une dalle de béton… On les voit  grouiller, se faufiler, tenter de s’extirper de nœuds serrés. L’homme, un peu ophiolâtre sur les bords, continue à tracer des schémas précis sur la reptation, l’alimentation de telle ou telle bête. Il parle, sourit, demande de la petite monnaie française. Puis il extirpe de sa cave deux cobras gris, violents, turbulents, qui voudraient mordre l’intrus qui les arrache de leur sommeil. Les bras du marchand témoignent de vilaines morsures anciennes que n’ont pu éviter des tatouages de …cobras en position d’attaque.

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   Assis sur un banc de pierre, entouré de gens si hospitaliers, qui aurait envie de rentrer chez soi ?. La mère donne à manger à son bébé. Il ingurgite, tout en me dévisageant, une purée brunâtre. Un vélo est garé devant la demeure. Le porte- bagages est empli de piments rouges et de peaux de serpents desséchées.

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                             (Merci à "hello-china.over-blog.com") 

Le retour est joyeux par l’escorte de la Chine entière qui pédale à mes côtés.

                                                  

                                 JAC, le 25 mai 2009

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