Eloge de la Poule de luxe 4
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Du poulailler aux fourneaux
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L’œuf dont il s’agit est avant tout destiné à être consommé à la coque, mollet ou au plat.
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L’œuf coque
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La méthode commune consiste à tempérer d’abord l’œuf quelques heures hors réfrigérateur, ceci pour diminuer le choc thermique et pour éviter qu’il ne se fêle quand vous allez le livrer à l’eau bouillante. Plongez-le très délicatement à l’aide d’une écumoire à frites.
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Sans ces précautions, vous entendrez cette petite explosion sèche de la poche d’air et il n’y aurait rien de plus navrant que cette hémorragie blanche qui coagule en lobes caoutchouteux. On dit qu’il faut fortement saler l’eau au gros sel afin aussi de diminuer le risque de fêlure.
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Autre précaution, le temps : utilisez un sablier et surtout, restez auprès du fourneau pendant les trois minutes réglementaires. N’en profitez pas pour aller chercher du vin à la cave ou pour finir votre ouvrage. Evitez de cuire au moment où passent les Deschiens à la télévision. Sinon:
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– Merde, mon œuf !
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Eh oui, la cuisine exige présence, vigilance et rigueur...
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Dès le sable passé, stoppez la cuisson interne de votre œuf coque en le plongeant quelques secondes dans l’eau froide. Sinon, il deviendra mollet et ne sera plus «coque».
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Bien sûr, vous aurez au préalable dressé la table, mis le couvert, coupé vos mouillettes à la juste dimension et beurré icelles de beurre tempéré (encore !), car rien n’est plus navrant qu’un beurre friable qui n’adhère pas.
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Bien sûr, vous disposez de beaux coquetiers, car l’œuf du Père Tourroy n’est pas celui de Christophe Colomb. Il ne tient pas tout seul. Evitez les coquetiers bariolés et préférez les plus sobres, blancs de blanc où la moindre coulure de jaune prendra des allures d’œuvre d’art.
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Vous avez aussi sous la main un couteau à beurre et une petite cuillère. Attention ! Pas trop large la petite cuillère ! Car vous allez devoir descendre le long des parois et jusqu’au fin fond de la coquille pour en extraire le blanc qui la tapisse, strate par strate.
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N’oubliez pas le sel, quelques grains de fleur de sel mélangés à un peu de poivre du moulin (ou Piment d’Espelette) sur le bord de l’assiette, à dessert s’il vous plaît.
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A table !
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A l’aide du couteau, frappez d’un petit coup sec à un centimètre et demi du sommet de l’œuf que vous aurez choisi de positionner « pointe en haut ».
Libérez la calotte et consommez-en le contenu de suite pour vous faire le palais. Le jaune vous apparaît dans sa plus belle robe.
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Piquez à peine votre première mouillette dans le sel et percez le jaune sans le faire déborder. Alors ? Qu’en dites-vous ? C’est bon, non ? Certes, vous n’en avez pas encore mangé pour vos 20 centimes d’euro, mais patience, dès la seconde trempette, le trou s’élargit, alors là…Pour peu que vous soyez toute une tablée, vous allez vivre des moments délicieux en totale communion du soir.
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Car l’œuf coque est un met du soir. Alternez vos prise entre jaune et blanc, ceci pour éviter de ne manger que du blanc à la fin. Mais le blanc d’œuf du Père Tourroy est aussi un régal.
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Après tout, faites ce qui vous chante. C’est la fête. Merci la poule de luxe. Il ne sera pas dit encore ce soir que l’œuf coque a disparu de nos tables, comme il a disparu de celles des restaurants. Interdit par Bruxelles & Cie, l’œuf du Père Tourroy ! Cet œuf-là tuerait les vieux et les nouveaux nés, paraît-il d’après ces messieurs des hautes instances. La listeria ! Les bacilles, les staphylocoques, y aurait tout ça dans le caca de poule !
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José Bové gobant un oeuf du Père Tourroy au nez et à la barbe d'un McDonald, avant d'entonner
- Non non non, Saint José n'est pas mort...
Car il gobe encore,
Car il gobe encore...
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La peur du germe est la raison pour laquelle les Anglo-Saxons (qui sont des flèches en matière de goût) ne consomment que des vieux œufs de batterie sans goût, décapés au chlore pour être sûrs.
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Aux Amériques, ils vous le font frire au breakfast et vous demandent si vous le voulez «up and down» ou down tout court. Je le préfère up and down pour que le goût de frit emporte le tout et on n'en parle plus. Consommer des cellules brunâtres cancérigènes une ou trois fois dans sa vie est sans danger.
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Bref, je n’en ai pas vu un seul de ces germes dans les œufs du Père Tourroy. Et pourtant, je scrute.
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Au fait, le Père Tourroy habite tout près d'ici, à quelques kilomètres de l'Arche de Noé où gambadent Claudia, l'adorable biquette et Barbie, l'ânesse. C'est lui qui fournit les poussins de pondeuses, telle Josette devenue grande.
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Effectivement je connais des personnes qui les font à l'eau froide, mais quand le "mâle" se met en cuisine ouh là!!! ça me rapelle mon père qui aimait l'oeuf à la coque à peine 2 mns! ma mère sa casserole et mon père sa casserole ! ça faisait un peu pièce de théatre en cuisine !! mais moi j'attendais la fin de la pièce en préparant mes mouillettes et quel régal !
Rédigé par: Josy | 26/02/2006 at 03:49
salut! une question comme ça un diimanche matin apres un accrochage avec ma chere et tendre au sujet de la cuisson des oeufs coque;moi je dis que si on a oublié de sortir les oeufs du frigo 2 heures avant de les cuire en eau bouillante en 3 mn, on peut aussi les mettre à l'eau froide pour éviter l'éclatement de la coquille et monter la température jusqu'à ébullition;ensuite quand les grosses bulles se forment, je dis que les oeufs sont "pile poil"pour être dégustés...;ce qui fait enrager ma petite femme qui dit qu'il faut les laisser encore 2mn30 à bouillir....je ne suis pas d'accord avec cette histoire de 2mn30 en plus et demain matin je mets ma théorie avancée à exécution en souhaitant,comme toujours...avoir raison(non mais..!...qui c'est le mâle ici?...)ai-je raison ou pas????dites moi OUI ,sinon j'aurai l'air c...et aurai droit à un "foutage de g...reglementaire!
Rédigé par: remy | 23/10/2005 at 09:39
ai ta josette est une pur merveille!!!!
bises alcidia
Rédigé par: alcidia | 31/07/2005 at 09:01
Je ne me lasse pas de tes feuilletons culinaires. Tout y est : la truculence du verbe, l'éclat des couleurs et des formes dans les photos. Une fête des sens !
Bises alpines (retour au 45e parallèle, hélas !)
Rédigé par: Anne Printemps | 27/07/2005 at 21:18
ça y est je craque, je vais me faire un oeuf coque (je crois d'ailleurs que c'est mon plat favori) avec du bon pain frais et du beurre salé. J'en ai acheté des beaux au marché hier, "des oeufs que je connais la poule" comme disait une fermière au marché quand j'étais petite.
Encore bravo pour ce merveilleux feuilleton de cette belle poule de luxe et de ses petits. On sent l'épicurien à travers ces lignes.
Rédigé par: Ségolène | 25/07/2005 at 14:10
une chose : tu dis tempérer l'oeuf hors du réfrigérateur. Pourquoi les conserver au réfrigérateur alors qu'ils se consevrent bien à l'air tandis qu'au frigo ils ont tendance à se désécher ?
Rédigé par: jp | 23/07/2005 at 00:05
Que de souvenirs!!!!!!
Il y a tellement longtemps que je n'ai pas mangé un oeuf coque que c'est impensable!!! Grâce à toi demain je vais remédier à cette lacune merci beaucoup!!!
Rédigé par: Choupette | 18/07/2005 at 19:20
avec un coquetier suisse, l'oeuf refroidi moins vite?
Rédigé par: jp | 18/07/2005 at 17:55
Du coq à l'âne, c'est un plaisir de te lire! J'ai passé mon commentaire au moment où tu mettais en scène ta poule IV. Je réitère donc! Et le bonjour à Barbie, Claudia, Josette et les autres...
Rédigé par: ana assunção | 18/07/2005 at 17:47
Superbe , tout comme je les aime, le jaune vraiment jaune cuit à point ! un régal des yeux malheureusement je ne sens pas bien le goût d'ici !!!
Rédigé par: mercotte | 18/07/2005 at 17:47