Eloge de la Poule de luxe 6
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Oeuf dur en pique nique
à 300 à l'heure...
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Photo MIAM
Pour en savoir bien plus, référez-vous aux oeufs durs de MIAM qui a plus d'un Culinotest dans son sac à malices.
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L’œuf du Père Tourroy n’est pas cette chose en bois tendre et sans goût dont on vous farcit les sandwiches cash & carry en petite restauration autoroutière ou ferroviaire.
Dur, il reste un must, pour peu que vous l’ayez cuit à point (3 tours de sablier) afin qu’il reste odorant (il ne sent pas le soufre, mais l’oeuf). Il est tendre, goûteux, non bourratif. Et pour peu aussi que vous ne lui ayez pas fait subir le supplice du réfrigérateur, puissant anesthésiant des molécules volatiles.
Emportez-le à consommer dans le TGV, sur le coup de midi. Un bon conseil plus hypersnob qu’atrocement ringard : prévoyez un mignon petit panier d’osier rectangulaire qui ferme avec une tige de bois (comme dans les peintures de Renoir ou les versions illustrées de Maupassant).
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De loin, vous aurez l’air de porter un caniche. De près, on vous suivra à la trace des fragrances puissantes du camembert Bas-normand au lait cru (Monsieur Blanc au marché de Saint-Jean de Luz) que vous volatiliserez sur votre passage.
Il masquera d’abord celles de l’andouille Pierre Oteiza et du jambon à l’os de chez Currutchet (à côté du marché de Saint-Jean).
Bien sûr, on vous prendra pour des péquenots qui montent à Paris faire leur tour annuel au salon de l’Agriculture. Alors jubilez !
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Mieux vaut faire envie que pitié !
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Car on envie toujours ceux qui prévoient et n’abandonnent pas leurs instincts d’épicuriens aux hasards du voyage. Mais sur ce même coup de midi, quand la voie d’accès au buffet SNCF sera obstruée par deux cents affamés qui s’ennuient à mourir parce qu’ils ne peuvent tromper leur estomac en fumant en douce, vous, vous ne bougerez pas de votre place.
Calez la mallette sur vos genoux, ôtez la tige de fermeture, ouvrez d’un geste lent, paysan à souhait. Dépliez le superbe torchon à carreaux rouges et blancs et commencez à écaler un, puis deux œufs du Père Tourroy. Bravo, vous n’avez pas oublié les grains de sel ! Croquez mou et mâchez lentement. Débouchez la bouteille de cidre Txopinondo. Buvez un ou deux gorgeons. Votre petit verre aussi fait des envieux.
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Photo Txopinondo
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Le sagarnoa Txopinondo de Maître Lagadec, c’est bien sur l’œuf, non ?
Avec vos deux œufs, vous avez avalé déjà 60 km. Pain beurré avec l’andouille et le jambon à l’os, cela s’impose. Pain sec avec le camembert, mais on ne vous oblige en rien.
Vos voisins n'y tiennent plus.
Le cadre sup’ (ou sup’posé tel) qui pianotait fébrilement sur son PC portable n’en peut plus. En fait, c’est un esclave du business. Et comme tous les esclaves, il est faible. Il déraille dans les colonnes de chiffres et de « datas » où vous avez aperçu du coin de l’œil un gros mot anglais :
cash flow écrit en Arial Rounded MT bold 36 points.
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My empire for a Father Too Roy's boiled egg
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Reprenez du camembert.
La grande dame en noir qui vous semble être une patronne d’une grande marque de créations de mode fait tintinnabuler ses bijoux, grigris et osselets d’argent. Elle est au bord du collapsus. Elle n’annote plus nerveusement son gros bouquin de prières. Elle aimerait bien fumer une Benson & Hedge et à la place, elle tripote son Dupont or que vous reconnaissez au clic caractéristique. Les portières de Rolls font le même bruit.
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Mon royaume pour un camembert
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Reprenez encore une lichette de camembert et puis pelez votre poire Comice sans vous soucier du jus qui inonde vos doigts. Ce n’est que de l’eau et du fructose. Mais vous avez tout prévu, même une lingette humide aspergée de citron.
Finissez tranquillement le sagarnoa. Il vous aidera à évacuer (discrètement) un petit rot furtif de bébé. Thermos, café encore brûlant, vous voilà prêt à affronter les cent derniers kilomètres que vous allez accélérer à petits sommes.
Vous ne remarquerez même pas le reflux des « buffetistes » qui auront épuisé leurs économies à consommer des denrées d’origine inconnue, managées par un spécialiste du catering qui doit gagner sa vie et faire vivre employés et actionnaires réunis.
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Père Tourroy, vous n’êtes qu’un vilain !
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Avec vos idées de plouc, vous avez déstabilisé le cadre financier qui maintenant dort et ne pense plus que de très loin à son cash flow. Vous avez semé le doute dans les certitudes de carrière de la grande dame en noir. Et vous avez décontenancé une centaine de clients du Buffet qui pensent tous :
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- La prochaine fois, j’emporterai mon manger !
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Mais vous au moins, vous savez vivre !
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La prochaine fois que tu retournes au Pays Basque, cours acheter ton pique-nique chez Batteleku à Ciboure. Pour plus de rensignements va lire: http://www.chazallet.com/blog/gourmandise/producteur/conserves-poissons/artisan-bailliencourt.asp
Rédigé par:Ségolène | le 29/08/2005 à 21:02
bien sur que je connais ça et à porto on ajoute des "migas de broa" (mie de pain de mais) avec huile d'olive et de la morue fraiche bien éffilée)goutte tu verras!!!!tout ça avec un bon vin du coin ...sous une azinheira ou bien un olivier ...c'est pur caviar.....
alcidia
Rédigé par:alcidia | le 22/08/2005 à 06:23
on a mangé des oeufs durs mélangés avec de loignon cru à midi. connais-tu ça ?
c'est très bon
Rédigé par:jp | le 21/08/2005 à 23:52
Bon, encore une fois j'ai bien rigolé mais je ne suis pas arrivée à savoir le temps que tu as pris à avaler tes deux oeufs Father too Roy (héhé) sachant que le TGV filait à 300klm/h et que tu avais fait plus ou moins 60 klm.10 minutes?, c'est pas un excès de vitesse, ça!
Rédigé par:ana assunção | le 21/08/2005 à 23:22
Décidément... J'aime ces poules de luxe!
Rédigé par:Elvira | le 19/08/2005 à 10:11
Trop drole, et ca donne tellement faim. Moi, meme sans le panier, je me fais des pique-niques au boulot qui font baver d'envie mes petits camarades. Marre des cantines tristes et sans gout.
Rédigé par:Gracianne | le 19/08/2005 à 08:41
un régal ton texte ,je le mangerai non je le dévore !
Rédigé par:frederique | le 18/08/2005 à 20:11
Et bien nous aussi on fait presque comme ça ! beau panier de circonstance, mets choisi et grand vin !! qu'est ce qu'on rit , autant qu'en lisant ton délectable article !!
Rédigé par:mercotte | le 18/08/2005 à 18:24
Formidable de drôlerie et de savoir-manger ce texte !!
Rédigé par:Mijo | le 18/08/2005 à 18:08