J'ai mangé du Halobatrachus Didactylus
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Le poisson crapaud.
Autant vous dire tout de suite que j'ai mangé du monstre et que c'était bon.
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Le petit porto palafitico, port sur pilotis de Carrasqueira, dans la Baie de Setùbal, me réserve toujours des surprises. Ce jour-là, la marée était basse. Je ne m'attendais pas à faire des photos. L'eau était ridée par ce méchant vent qui nous rafraîchit depuis plus d'une semaine, la goutte froide qui me fait dire qu'en fait de réchauffement de la planète, nous nous acheminerions peut-être vers un refroidissement de la terre, suite au trou d'ozone qui ne cesse de se refermer et à l'effet de serre qui ne cesse de s'atténuer depuis Kyoto.
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Carrasqueira dans sa splendeur, saisie par le peintre un jour de mer d'huile et de haute marée.
Acrylique JCP sur toile, 40 x 35 cm. Disponible.
Conditions: voir Galerie.
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Nicolas Hulot se serait-il trompé de signe? Aurait-il confondu + et - ? Je plaisantais.
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Bref, le port était désert et la marée était basse. Cela n'a nullement gêné mon compère JAC qui fut pris de coup de foudre pour ce lieu saint qu'est Carrasqueira et ses forêts de pilotis. JAC a mitraillé, car il est mitrailleur de son état, sur Canon. Il a mitraillé tout ce qui se mitraille en Afrique, en Orient, au Moyen-Orient, en Extrême Orient et dans l'Océan Indien. Voir les Carnets de JAC. C'est un très bon mitrailleur.
Moi, je n'avais sous la main que mon petit Nikon déjà antédiluvien. Je ne mitraillais guère, ayant connu Carrasqueira sous de meilleurs cieux. Mais je savais qu'il allait se passer quelque chose. Ce silence, cette paix annonçaient l'insolite.
J'ai surveillé le petit ru qui serpente et qui marque la passe du port envasé. Quand le cours du ru s'est inversé, je me suis préparé. La mer remontait. Des mulets frayaient comme des déments dans quinze centimètres d'eau, jouant à cache-cache ou se surprenant dans des frôlements significatifs, des tapettes à coups de nageoires, suivies de bisous langoureux.
Une barque, une seule est arrivée. Nous l'avons mitraillée et quand elle fut à quai, j'ai engagé la conversation avec le pêcheur.
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J'en viens à l' Halobatrachus Didactylus qui porte bien son nom. Un nom à coucher dehors, épineux, rugueux, mais mucosique. Qui aurait dit que ce pêcheur en avait un plein seau? Je le regardais travailler, ranger, écoper avec une dextérité d'artiste et une agilité de funambule. Il jeta des poignée de sel dans des tonneaux où étaient empilés des portions de poissons de marée lasse, bien fatigués. Des appâts pour les crabes, me dit-il.
Et nous avons négocié les Halobatrachus Didactylus que j'avais pris pour des lottes. Erreur! C'étaient des Encharrocos ou Xarrocos. Poisson hideux, monstrueux, verruqueux, un crapaud. Une gueule, une goule, plutôt et un appétit immense, la preuve:
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Nos poissons à la peau dure (ils se débattaient encore) et à la voix forte (ils poussaient des vagissements graves de crapauds) avaient avalé crues des seiches plus grosses que leur ventre. Mon pêcheur en a extrait deux de chaque goule abyssale qu'il a jetées, car déjà, les seiches étaient engluées de suc gastrique. Revenus à taille normale, les deux poissons monstres faisaient deux kilos.
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Nous avons parlé gastronomie, caldeirade, chaudrée, chaudronnée, je ne sais, selon la méthode des couches alternées de poisson, d'ail, de persil, d'oignons, de poivrons, de pommes de terre et de tomates.
Un bon conseil: ajouter de la raie...Ce que j'avais encore en stock, congelé, alors que je m'apprêtais à refaire une raie beurre noisette quand l'opportunité des halobatrachus s'est présentée.
Il ne me restait plus qu'à vider et dépecer, opération chirurgicale que je ne souhaite imposer à personne. En cherchant bien, je ne me suis trouvé aucun ennemi qui méritât un tel châtiment. Beaucoup de sang, ce qui éliminait pas mal d'amateurs, une flopée de viscères tenaces, des os, des vrais. J'ai employé ma machette, des ciseaux, une feuille de boucher, un marteau. Il m'eût fallu un billot si je m'étais écouté.
Le pire était que même dépecés, mes poissons étaient encore secoués de spasmes, comme les anguilles. Plus frais, il n'y avait pas.
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Et ce fut une mémorable caldeirade, une sorte de soupe garnie où le jus, abondant, n'était que celui des végétaux et du poisson. Les amateurs de mer me comprendront. N'est-ce pas CdM?
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Restaient les seiches que nous avons gardées pour le lendemain, grillées au feu et accompagnées d'une divine sauce alentejane, faite d'ail, de coriandre et d'huile d'olive.
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La seiche est une spécialité de Carrasqueira.
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- Vous reprendrez bien une petite seiche pour la route, non ? Allez, on s'en grille une dernière !
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C'est ce que nous nous sommes dit en dégustant nos chocos grelhados avec de simples pommes de terre. Car voyez-vous, nous avons l'humour fin et délié, quand nous consommons des produits de la mer aussi savoureux, aussi frais.
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Un vrai beau monstre.
J'ai bien aime tes poissons de mer lasse.
Et cette sauce Alentejane, mamma mia. C'est quoi les proportions?
Rédigé par:Gracianne | le 30/05/2007 à 13:59
le drole de ta note est qu'elle est sous le bandeau popote et papote
où il est écrit
"nous sommes ce que nous mangeons"
Rédigé par:jp | le 29/05/2007 à 21:30
ben ça alors
tu m'étonneras toujours
il a des airs japonnais ton poisson
Rédigé par:jp | le 29/05/2007 à 20:52
C'est tout ça, l'Alentejo, une mine de merveilles qui n'a l'air de rien. Un vaste territoire avec des airs de désert, où l' humanité n'est pas un mirage. On y fait toujours des rencontres extraordinaires, qui sont de véritables occasions de découvrir, d'apprendre, d'évoluer. C'est bien le pays d'au-delà du miroir... où les monstres sont délicieux.
Rédigé par:Phil' | le 28/05/2007 à 21:03
Bon apétit! Ils semblent délicieux les poissons, quoique je ne suis pas fan de caldeirada (ce que je préfère au bouillabaisse c'est même la rouille étalée sur un bout de pain!), mais les seiches et la sauce alentejana on un air tout à fait appétissant
Il y a un site http://www.catalogueoflife.org/annual-checklist/2006/search.php
où l'on peut trouver les noms des poissons en plusières langues!
Rédigé par:garina do mar | le 27/05/2007 à 14:07
En lisant "batrachus" dans le nom, ca m'a rappelé quelques réminiscences de latin. Comme quoi la curiosité mène à tout, découvrir un poisson qu'il faut attaquer au billot... J'risque pas d'en croiser chez mon poissonier (hélas ?)!
Rédigé par:Ester | le 25/05/2007 à 20:33
j'y gouterais bien, meme pas peur :)
Rédigé par:salwa | le 25/05/2007 à 20:30
Je crois bien que c'est lui qu'on appelle "poisson crapaud", en tous cas il en a bien la tête et le grognement, le monde du silence, tu parles! Je n'ai jamais goûté à cette bête, est-ce que çà ressemble à la lotte en moins ferme?
Sinon, les chocos, je suis fan, surtout en cette saison, elles sont parfaites, mais tes seiches, elles étaient un peu trop grillées, ou con tinto pour être un peu noires ainsi?
Rédigé par:Patrick CdM | le 25/05/2007 à 15:48