Politiquement Incorrectes Nourritures
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Là, j'évite de titrer en anglais afin de ne pas attirer à moi les aigris, les pervers, les génies du mal qui s'emploient à saboter ma pauvre oeuvrette. Un titre en anglais à propos de mon cher avion Stampe, m'a valu des tirs de torpilles.
Les naufrageurs sont en majorité anglophones, pour la bonne raison que l'anglais règne bien au-delà de Westminster. Et que le rayonnement du français sur la planète s'éteint à une vitesse météorique. S'éteignent inexorablement les aristocrates portugais, grecs, libanais, égyptiens, syriens qui parlaient encore un français élégant. L'anglais, c'est dans le coup.
C'est pourquoi je dis Politiquement Incorrectes Nourritures, ce qui est une tournure anglaise d'une laideur à pleurer, mais si elle pouvait me préserver des emmerdeurs viraux, ça me rendrait service.
Je mange donc des choses incorrectes, parce que non conformes aux règlements, aux calibrages et surtout à la loi des transports de périssables.
Témoin cette tomate qui ne voyagera jamais au-delà de trois lieues de son lieu de production.
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Cliquez sur la tomate. C'est énorme!
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Elle risque en outre de choquer les familles, car on ne mord pas dans ces girons charnus sans attirer à soi des jalousies monacales, les foudres papales et j'en passe...Quitte à encourir une purge de la Sainte Inquisition, on peut se demander si Eve ne serait pas née d'une tomate.
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Je mange incorrect. Je corromps la jeunesse. Témoin aussi cette craquelée qui ferait hurler de terreur un bambin de six ans, éduqué aux écoles de la Play Station, du surimi et du ketchup. Encore heureux que cette tomate n'ait pas été atteinte du syndrome du cul noir.
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Moi (et quelques autres, ne soyons ni égocentrique ni misanthrope), même pas peur et même pas mal, car nous sommes des sauvages.
Le sauvage fait ses salades avec des tomates plutôt vertes, fermes, mais juteuses et garde les charnues rubicondes pour la cuisine, les cuissons, les coulis. Parfois, il panache, en mémoire des temps urbains où il était civilisé et correct politiquement. Il achetait des tomates branchées Saveol, rendez-vous compte!
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Encore des tomates ?!!!
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- Eh bien oui! Pourquoi? Y aurait-il un problème, Docteur Sigmund ?
Mais je vous ferais remarquer, sauf votre respect, qu'il n'y a pas que des tomates bibendum dans ce rêve. Il y a aussi une orange moche avec un sale truc, des prunes bleues mal foutues, même pas rondes, une banane de Madeira courtaude, un concombre grumeleux.
- Et ce machin, là, c'est quoi?
- Ah ça, ce sont des filets de sardines que j'ai levés tout seul avec mes petits doigts et que j'ai macérés dans une décoction de citron, de vinaigre, d'huile d'olive au basilic, puis juste passés à la poêle 30 secondes recto verso. Je les ai servis avec des tomates, bien sûr.
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C'est simple, non? Et en plus, ça n'empeste que les doigts, pas le voisinage.
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Et puis, au Portugal, le sauvage a découvert le fruit. Il ne savait pas que ça existait. Depuis cette découverte, il s'en gave. Il veut du fruit? Il n'a qu'à tendre la main depuis que les arbres et les plantes donnent. Les oranges? Cure d'orange. Les fraises? Cure de fraises. Les cerises? Cure de cerise. Il passe sa vie en cures. Mais ça ne dure pas. Les fruits se succèdent. Quand il n'y en aura plus, il n'y en aura plus. Et pas question de manger des raisins du Chili, des poires d'Argentine, des pommes japonaises "Fuji" de Chine.
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Ah là là, quelle vie !
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Un excellent papier qui flingue les faucheurs de goût, çà fait du bien à lire!
Rédigé par: Patrick CdM | 31/08/2007 at 15:35
Amusant ,j'ai les mêmes tomates dans mon jardin, mais cette année je les trouve un peu farineuse ! je vais m'amuser à regarder leurs formes bizarres.....avant de les savourer.
Rédigé par: Josy | 09/08/2007 at 02:15
Plains toi....
Mes tomates ont pris le mildiou, ou le cul noir, ou les deux. Quelle tristesse.
Rédigé par: Gracianne | 02/08/2007 at 11:51
Trop dure, ta vie, JCP! :-D Un peu comme la mienne, que je passe en tongs et en bermudas, à lever le bras pour attrapper les figues sous le ciel désespérément bleu... ;-)
Rédigé par: Elvira | 02/08/2007 at 00:15
J'adore ton billet, bravo! On a perdu totalement la notion de ce qui est vrai, de ce que la nature produit a force de standardisme notamment. Je me rappelle de mon colocataire anglais, ayant peur de gouter aux bocaux de thon frais, faits maison par ma mere. Il avait peur d'etre malade, contamine par je ne sais quel virus alors qu'ils sont parfaitement sterilises! J'en ai d'autres et des meilleures en reserves mais tu as tout dit!
Rédigé par: Lolotte | 02/08/2007 at 00:08