Girelle Paon
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Est-ce que cela vous tenterait, à l'imitation de votre chat, de plonger la main dans l'aquarium et d'y prélever votre repas? Une petite soupe de poisson de parade, non ? C'est pourtant bien ce que j'ai eu l'impression de faire quand j'ai vu cette girelle paon, appelée Thalassoma Pavo (Linnaeus 1758) par les scientifiques, Donzella chez les Italiens (toujours les mêmes...), peixe verde, poisson vert chez les Portugais et les Espagnols qui ne cherchent que rarement la poésie des mots dès qu'il s'agit de passer une proie à la casserole. Aucune référence au pavão, au paon qui se pavane.
La poésie est dans l'assiette, chez les Ibériques. Car j'ai le souvenir d'une ventresca de atun dans une petit ville de Castille qui était un repas pantagruélique étonnant de saveurs. Je sors d'une tranche de mérou grillé dégustée chez Trinca Espinhas, plage de São Torpes (et non St Tropez). Je n'avais pas de mots pour dire à Luis Magalhães, le patron, tout mon bonheur. Cela s'appelait cherne grelhado, tout simplement.
Trinca Espinhas, j'y expose le 22 février, si vous passez par là.
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Bref, j'ai cédé à une girelle, autant dire à une sirène...
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J'ai cédé pour sa beauté plastique. Ces bleus d'outremer et d'indigo, ces jaunes safranés, cet oeil serti d'or m'ont tourné la tête. J'ai cédé pour la finesse de ses traits, son profil effilé, ses lèvres pulpeuses. Ah l'insoutenable légèreté des peintres ! J'aurais dû montrer plus de rigueur, raisonner, comprendre que dans les caisses de sardines, il y a des tonnes de sardines et que dans la caisse "diversos", parmi le vrac, il n'y a qu'une et une seule girelle. Pourquoi une seule? Il faut dire qu'elle se voit, la garce!
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J'avais bien recommandé à Caetaninha de juste me vider les tripes, mais de laisser la belle intacte avec ses nageoires. C'était sans compter avec les écailles, très difficiles à gratter sans s'en envoyer des giclées dans l'oeil et sans en parsemer la paillasse. Mais mon couteau scie de compétition est venu à bout de l'arête centrale. J'ai jeté la tête. Trop belle pour être honnête. J'ai par contre gardé celle de la rascasse ou plutôt sebaste, inquiétante, mais goûteuse en joues.
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Vous avez deviné que tout ceci ne peut faire qu'une soupe, qu'une tambouille, mais un jus d'une exceptionnelle saveur quand tout sera réduit.
Tout, c'est-à-dire girelle, sebaste, petite roussette, tomate, poivron vert, oignon, ail, persil, huile d'olive.
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Et notre girelle va disparaître dans cette alchimie de la mer, passée au chinois.
Exit la belle !
Tout ceci serait frustrant, finalement, si le gourmand ne se contentait que d'un brouet clair, avec croûtons et rouille. Le gourmand a faim par essence. Par bonheur aujourd'hui, le Marché de Vila Nova de Milfontes faisait Carnaval et pour la circonstance (ou peut-être par hasard halieutique), un congre de 20 kilos faisait son gros dos sur l'étal.
Un gros congre est bien meilleur qu'un petit congre, foi de dégustateur! Juste un gros os central, pas d'arêtes, une chair exquise. Nelson m'en a découpé une belle tranche. Um espectaculo, encore! J'ai frémi quand il a tranché d'une main sûre. Schhlak ! Zim ! Schhlak ! Une langue universelle. Le "zim" est juste un petit aller retour du couteau. Le Schhlak final est sans appel.
Enveloppé, pesé. Ce sera mon petit plaisir de dimanche: soupe de poisson, tendance girelle et une bonne tranche de congre appelant fenouil et Piment d'Espelette.
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En conclusion, j'espère que je me suis bien fait comprendre: la girelle, en dépit de sa beauté plastique, est un poisson qui peut s'oublier à l'avenir. Il ne sert qu'à parader et à nourrir le bouillon. Mais rien que pour la photo, cela valait la peine.
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Vernissage samedi 1er mars
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Duas Irmãs a trouvé sa place au-dessus de la cheminée...
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et bien le décor du Trinca va très bien à ton tableau
c'est un restaurant parfait il y a une grande lumière de l'océan
on passera te voir le 1er mars
Rédigé par: jp | 08/02/2008 at 18:56
Dis- moi ton expo sera-t-elle encore en place fin
mars ?
Je croyais que les girelles ne "naviguaient" qu'en
Mediterrannée ! Les voilà au large du Portugal, peut-
être vont-elles remonter la Garonne ? rechauffement,
rechauffement......
Rédigé par: gabriella | 05/02/2008 at 09:17
Oh, Gracianne...! Mais pourquoi faudrait-il choisir, quand on a l'oeil si gourmand ? JCP il est tout ça à la fois, et je me suis même laissé dire qu'il faisait tout ça très bien. Si si.
Rédigé par: Phil' | 05/02/2008 at 05:54
C'est l'oeil du cuisinier, ou l'oeil du peintre, quelquefois il faut choisir.
Rédigé par: gracianne | 04/02/2008 at 14:42
Du mérou ? Où ça ? Chez Monsieur Luís Magalhães, en plus ?! Non mais tu veux me faire crever d'envie ou quoi... Tu sais pourtant que le mérou, eh bé on a que le droit de le regarder passer, sur notre Côte, té ! Voilà, il veut me rendre fadà.
Au fait, j'ai lu dernièrement sur un site portugais de gastronomie et de voyages, parmi les commentaires des internautes, qu'un Portugais ayant mangé au Trinca Espinhas avait beaucoup aimé, entre autre une employée bien mignonne avec un petit accent français. Il faut que je montre ça à Fred !
Merci pour ce beau billet.
Rédigé par: Phil' | 03/02/2008 at 03:27