La Faim des haricots
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Sa Majesté Le Beurre
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Voilà un titre qui sonne mal à l’oreille, mais qui sonne bien au palais, en termes de grains, de gousses, de lingots, de rames. Il sonne bien, surtout pour ceux qui comme nous (j’allais dire ceux qui comme Ulysse), ont choisi de vivre entre les 38e et 37e parallèles étincelants.
Juin est bleu. Juin est vert.
Bleu par le ciel d’anticyclone retrouvé, vert par la végétation dont le roussissement traditionnel a été retardé par un mai humide, venteux, tempétueux, revêche.
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Le cinquième mois appelait vengeance. Le sixième, hélas déjà entamé de moitié, nous la sert sur un plateau. Le jardin de LOF est en explosion. Quant à mon jardinet, il est en éclosion, mais j’ai raté ce train de plaisirs qu’est la culture des haricots, le phaseolus vulgaris dans la sonorité duquel on perçoit les mots peu nobles de fayot, cantinier, troupier. Vulgaire en effet. Alors que le haricot est un aristocrate des jardins, témoin le "Beurre".
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On se perd dans l’origine du mot et du produit. Haricot serait d’origine aztèque « ayacotl ». Décidément, txocoaltl, piments, tomates, les Aztèques et en général les Indiens de l’Amérique devenue latine, étaient de fins palais. On le cultivait aussi dans l’Antiquité. Les Espagnols parlent d’alubias (haricots blancs) et de judias (référence séfarade?).
Les Portugais, plus pragmatiques, parlent de feijões où l’on retrouve fayot et la boucle est bouclée. Arrêtons là, car si on se mêle de sémantique, les haricots vont traîner et perdre de leur fraîcheur originelle. Evitons aussi les récupérations vernaculaires, les Tarbais, les Cocos de Paimpol, les Soissons réputés flatulents, les Lingots qui font le cassoulet, les mojettes qui vont si bien avec le baron d’agneau. On n’en finirait plus, tout comme n’en finiraient plus les expressions «courir sur les haricots », ou « c’est la fin des haricots ».
Mangeons des haricots beurre de chez LOF et ne cherchons pas midi à 14h. Le haricot beurre de LOF est jaune, fin, sans fil, tendre et bio. Je le cuis à l’eau peu salée et stoppe l’ébullition quand son croquant est à mon goût, c’est-à-dire, al dente ma non troppo. Comme les pâtes Barilla.
Il a récemment accompagné avec bonheur un onglet à l’échalote de mon cru. Et là, je vous jure, la conjonction onglet, purée de pommes de terre, haricots beurre, c’est bien et c’est bon.
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Mange-tout ?
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Voilà une autre espèce qui vaut le détour. J’ai essayé ceux de LOF, d’un violet soutenu qui ferait presque peur s’il n’était pas cultivé à LOF, terre de bontés comme il n’y en a plus. Le violet est très ferme. On le scie en long à l’aide du bean slicer, la plus brillante invention des frères Bean, surtout « Slicer », le plus filiforme des deux. L’autre, le rondouillard, alias Rowan Atkinson, connu sous le nom de Mister Bean, a fait, on le sait une tout autre carrière (non moins brillante) d’amuseur public.
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Son Eminence a-t-elle bien dîné?
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Sciés au Bean Slicer, les mange-tout violets se présentent comme des flagelles flageolantes de haricots que l’on plonge dans un bouillon de bœuf et que l’on cuit le temps qu’il faut pour qu’ils soient tendres et uniformément verts. Ils se passent de gras. Cette recette minimaliste est de JP. Leur dégustation est un plaisir rare d’épicurien.
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En avoir un grain n'est plus forcément une tare
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Gens des villes de grande solitude, retournez donc si possible et un tant soit peu à la terre de Grand-Mère, celle qui nourrit sous un stress zéro, loin des mirages aux alouettes de la technologie galopante. Je dis là une immense bêtise, mais que voulez-vous, je suis sous influence Bean après être passé par l’influence cerfeuil. Emoustillé par cette dégustation, j’ai alors semé des haricots, n’ayant aucune expérience en la matière. Cinq jours après, les Soissons et les Cocos ont levé, extirpant étrangement leur fève de la terre et la portant à bout de tigette comme le Saint Sacrement.
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La poussée du haricot est tellurique. Rien ne lui résiste. Dès la levée, les feuilles se développent à une rapidité ahurissante pour le novice que je suis. Il est alors facile de distinguer le bon grain de l'ivraie et de procéder à un nettoyage systématique.
Il me semble fort bien s'accommoder de la laitue, sa voisine, qui elle, traînasse lascivement jusqu'à ce que le coeur prenne consistance. Et là, ça pousse ! Il faut dire aussi que la température ne descend guère la nuit en-deça de 18°C et que nous-mêmes, las de ne pas avoir eu de vrai printemps, ressentons le bonheur intense que dispensent les beaux jours.
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L'irrésistible ascension du haricot
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Aurai-je d'autres récoltes?
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On verra bien.
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Déjà une nouvelle fournée de radis émerge, des concombres se forment, des courgettes continuent leur irrésistible reproduction: une fleur par jour et donc, une courgette. Nous en avons testé avec bonheur au Monte da Lagoa, à Melides, sous forme d'une soupe froide de courgettes, en pleine Saint Jean.
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La Diagonale du Radis.
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Pour ceux qui ont suivi avec assiduité mon dithyrambe du cerfeuil, au point qu'ils m' ont cru "fumeur de cerfeuil" comme on fume du hemp, qu'ils sachent que la première pousse du cerfeuil est fichue, rabougrie, roussie, mais qu'une autre plate-bande pousse allègrement, à l'ombre cette fois.
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Mais rien ne m'empêchera de saluer le haricot avec la même ferveur.
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Sous un tel climat, la fin des haricots n'est pas pour demain.
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Et chez toi,dans la Sarthe, est-ce qu'on mange bien Christian? Attention à la cuisine à l'huile. J'imagine que l'on dit au Mans: une femme qui n'est pas empâtée est Henriette.
As-tu reçu mon message?
Moi aussi je cuisine mais pas comme mon frère, c'est plutôt ..."tropical". Tu goûteras peut-être un jour.
Rédigé par: jac | 18/08/2008 at 19:37
Voila 45 ans que je n'avais pas mangé avec mon ami l'auteur de ce savoureux blog ni mangé ni rien d'autre d'ailleurs ;quelle joie ce fut de deguster les haricots de son jardin . Je me permets de rajouter à tout cela un brin de pedantisme avant l'apparition de cette merveilleuse gousse ou graine en France vers 1640 , haricot ou plutot harigot ou haligot signifiait ragou^t ce qu'on retrouve dans le terme de haricot de mouton sorte de ragout comportant à l'epoque du mouton , bien sur , mais aussi des fèves légume majeur au moyen age.
A noter aussi l'immese gentillesse de ce légume : pour ceux qui comme moi sont pourris d'arthrose il se fait grimpant , à rame et non pas haram pour etre cueillis debout
Rédigé par: CHRISTIAN MERCIER | 18/08/2008 at 15:35
ta note est magnifique, bien entendu feijao fayot...
la célébration du beurre est celle du petit beurre, tu devrais venir chercher de gros beurres grimpants, c'est une autre merveille
prends garde il y a interdiction de sortir entre 11 et 15 heures jusqu'à lundi pour cause d'UV très très forts
Rédigé par: jp | 27/06/2008 at 12:17
Quand on est poursuivi par les haricots,c'est ...(d)étonnant, il est difficile de les semer. Cependant il ne faut pas avoir honte d'être incompétent.
Rédigé par: Jac | 25/06/2008 at 11:59
Beau retour en Couleurs, Jean-Claude.
J'adore les "beurre", mais il est encore un peu tôt ici pour déguster ceux du jardin. Si je trouve des graines des haricots mutants, j'obligerai Papa à en semer. Cela va faire rigoler dans les jardins et les cuisines normands (surtout si on doit acheter l'ustensile bizarroïde)!
JAC, je n'aurais jamais osé le chanteur! Bravo.
Rédigé par: Pen Prad | 25/06/2008 at 10:52
Très beau texte et très belles photos. On commençait à avoir faim.Merci.
Rédigé par: Jac | 25/06/2008 at 05:23
Très beau texte et très belles photos. On commençait à avoir faim.Merci.
Rédigé par: Jac | 25/06/2008 at 05:22
Très beau texte et très belles photos. On commençait à avoir faim.Merci.
Rédigé par: Jac | 25/06/2008 at 05:22
Voilà qui est aussi bien écrit que bon à manger, ce qui est un doux euphémisme, quand on sait de quels prodiges le démon du LOF est capable.
Comme Crésus qui transformait tout en or, Jean-Paul rend tout ce qui pousse sublime, prodigieux, inédit. Quant à toi, qui en fais tes délices, tu nous fais partager ces perles du jardin en belle prose et images (Margaritas hortus deliciarum ?). Vous êtes deux prodiges, messieurs les épicuriens, deux gars sacrément prodigieux.
Rédigé par: Phil' | 24/06/2008 at 00:48
JAC:
Je croyais que je t'avais appris à ne pas jouer, ni avec la nourriture, ni avec les fayots !
Rédigé par: JCP | 23/06/2008 at 21:19
Oui, mais les haricots verts du 14 juillet ont des fils....( pensée patriotique du chanteur
Haricot Macias, que Paris a pris dans ses bras).
Rédigé par: Jac | 23/06/2008 at 16:02
Tcha tcha tcha, haricot, cha cha cha....
Rédigé par: Jac | 23/06/2008 at 15:55