Popote & Papote, 200 000 pages vues
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203 602 le 17 août, pour être juste. Je ne sais qu'en penser. Ce que je sais, c'est que les Français ne font que parler nourriture et ils font bien. C'est cette french touch si glamour qui nous distingue encore de nos frères d'armes Anglo-Saxons qui ne parlent, eux, que de business ou de rien, à table.
Le business, my honey money, voyez-vous, ça n'a et ça n'aura jamais les rondeurs callipyges d'un cul de tomate "coeur de boeuf" ou l' enivrante (et ambiguë) fragrance d'une andouillette au Champagne, au Chablis et à la moutarde de Meaux. Quoique.
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Certains bizz ont senti ou sentent aussi fort du trou de caisse. Il n'est pas un jour sans qu'un chairman ne se fasse décapiter ou n'avale sous la contrainte du conseil d'administration, des râpes à bois par bottes de six (mot joli emprunté à Romain Bouteille, mon maître).
Reparlons mangerie, là au moins, on est presque tous d'accord. Plus nécessaire de faire de politique, sauf que les fruits en France sont devenus durs, sans goût, pourrissent en deux jours à la maison sous prétexte qu'ils finissent de mûrir. Ils sont en outre hors de prix, au point que les Français tendraient à s'en passer. La faute à Voltaire.
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Papotons
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Nos mots ne sont pas issus de la langue de bois. Nos mots sont français ou portugais ou latins de cuisine. Sauf "bean slicer", mon exception culturelle dont je me sers pour effiler les mange-tout. Attention toutefois, je ne crache pas dans les cuisines hollandaises et scandinaves!
Et pour cause, elles n'existent pas !
Certes, les Nordistes sont très grands, ce qui reste un mystère, moi qui suis si petit. Relativisons: si petit par rapport à eux. Si grands sans cuisine, comment est-ce possible?
Les Américains, eux, pourtant issus de ce secteur septentrional du Vieux Continent, sont certes grands, mais surtout très gros, si bien qu'à distance, on ne voit plus qu'ils sont grands. C'est un miracle que leurs présidents soient sveltes. La faute à Roosevelt? Aurait-il donné le coup d'envoi? Car depuis lui, pas un n'a pris de tour de hanches, alors que la nation gonfle de partout. On a dû modifier le pas et la taille des sièges d'avions. L'Américain consomme individuellement deux fois plus de pétrole qu'un ibérique, en dépit de la poitrine de porc ou qu'un Italien, en dépit des nouilles.
Ne nous cachons pas toutefois que la surcharge pondérale grave se répand aussi en Europe et au sud. Inquiétante contagion. Inquiétant clonage qui touche les tout petits déjà. La faute aux marchands de gras et de sucres. Une grosse dame, ce matin, s'envoyait un millefeuille et puis un gâteau au chocolat dont la tranche ressemblait à du boudin à l'oignon, ce qui eût été préférable, à tout prendre. Avec ça, juste un petit café. Mais tout le saquinho de sucre (9 gr) y est passé. Il va falloir sérieusement penser à remettre les pendules à l'heure...Réinstituer les potages, réhabiliter les légumes et les agrumes, mettre une sourdine à la télévision qui ne favorise que l'épanouissement des patates de canapé.
Et si cela ne suffit pas, favoriser par toutes incitations, le retour aux champs, aux jardins, à la terre, à la pêche...
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...à la musique de chambre...
Avec l'aimable courtoisie de JAC
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...au vélocipède.
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Réhabilitons l'orgie, même raisonnable
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Nous en serions déjà donc à plus de 200 000 visites sur ce site où l'on ne papote pas toujours de popote, car les recettes à sec, avec ingrédients en forme de fiches cuisine, ne nous intéressent pas. Nous, c'est l'échange de salives qui nous intéresse. Bien qu'on ne se touche pas, sauf entre quelques privilégiés, mais cela reste strictement au stade oral, du moins pour ce qui est publié ici. Jamais, nous ne débordons sur l'estomac ni le foie, car c'est une règle sacrée ici: évitons ce qui fait de la peine aux muqueuses, graillons, beurre cuit, huile d'origine incertaine, vins de cavalerie, asperges cultivées en Chine dans des haciendas titanesques, conditionnées pour voyager en porte-containers de Macao à Cadix, livrées en bottes à des fermes-modèle espagnoles qui les mettent en pots stérilisés.
En dépit de ce radicalisme réducteur, nous n'avons cependant rien contre les orgies, au contraire: orgies de tête de veau ravigote, de langue sauce piquante, de carottes râpées au cerfeuil, d'artichauts et de farcis...Nous sommes omnivores et veillons au juste équilibre entre viandes, poissons et légumes, panachés de fruits. Une saucisse de porc artisanale du Maître Lagulhon et des lentilles du Puy, sont tout autant sujets à orgies qu'un saucisson de Lyon à la pistache, avec pommes de terres rattes et mesclun.
Nous ne négligeons pas non plus les orgies de soupes à s'en faire péter les vestibules, même si nous y versons un cordon de crème fraîche entière. Ne mollissons pas sur la crème, comme dit parfois JP qui d'ailleurs, n'en abuse guère en termes de fréquence. Mais quand il en met, il en met. Idem pour le whisky dans la confiture ou dans la sauce aux échalotes qui fait l'onglet.
Cela ne nous empêche pas de cuire une hampe à sec, autolubrifiée. Nous compensons son indigence spartiate par une orgie byzantine de légumes frais. Même pas besoin de beurre. Et même pas mal!
Les jus de la viande pourvoient. Moins de sel et plus de persil. Le goût!
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Nous sommes à des années lumière du hamburger quotidien, son "petchup" de chez Petfood et ses french fries. Pour être tout à fait honnête cependant, il nous vient parfois une envie animale de steack-frites-salade. Nous y sacrifions volontiers, avec délice même, à la condition d'avoir au frais quelque vieille grosse patate de type bintje, de l'huile quasi neuve (filtrée après usage), une laitue du jardin encore potable. Nous compensons l'excès par une marche, à moins qu'une bonne envie de sieste ne nous empoigne et nous mène au lit, au pas de course à l'échalote. Au dîner suivant, on fait une petite diète...
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Une petite diète, c'est-à-dire qu'on dîne d'un rien en vertu de l'adage latin non bis in idem qui devrait être impérativement suivi à la lettre dans toutes les bonnes cuisines. Pas de restes! Le réchauffé sent le réchauffé et le corps proteste:
- Encore du boudin !
C'est pourquoi il nous semble qu'il faille bien calculer les portions, quitte à paraître radin aux yeux des Portugais qui calculent toujours trop large: coefficient 3,5. Et il serait malpoli de ne pas reprendre trois fois de la feijoada , ce plat fort consistant qui est aux Portugais ce que le cassoulet est aux Toulousains. Alors là, bonjour les sorties de table avec le ventre distendu. Il faut alors sauter deux repas pour retomber sur ses pieds et rétablir l'équilibre.
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Cinq belles sardines suffisent pour atteindre un niveau d'orgie raisonnable. Deux à la fois dans l'assiette. Sinon, c'est le bordel. A noter sur la photo suivante, que les sliced beans (exception culturelle) et que le concombre sont frais cueillis du jardin. La pomme de terre n'est pas anonyme. Elle vient du terroir de Maria Felizberte, en photo à la une de ce blog. La tomate est une immonde coeur de boeuf, pas montrable à un Américain qui y verrait une créature de Satan, lui qui truste God qui d'ailleurs, le lui rend bien. Inutile de dire que si le même Américain apprenait que ces belles sardines grillées, croustillantes d'or en fusion (No gold, no life) ne sont jamais vidées avant cuisson, afin de garantir leur tenue au feu et de garder intactes leurs huiles essentielles, il nous ferait un collapsus.
Et allez donc remettre debout 140 Kg de rêve américain, confit dans la certitude inébranlable (et entretenue) d'appartenir au peuple élu, le seul sur la planète qui soit sain, pieux, honnête, libre et hygiénique (freedom)...Bon courage les sauveteurs!
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Ne me faites pas dire que je fais de l'antiaméricanisme primaire, comme ce sympathique commentateur qui m'a un jour épinglé ici même, au motif qu'à son sens, je me foutais de le gueule de George W. Bush qui ne mérite pas qu'on glose sur sa personne. Il y a des siècles que je ne me moque plus des faibles, étant moi-même un faible, surtout de la tête de veau ravigote ou sauce gribiche. Sur ce sujet même, je suis resté copain comme cochon, cul et chemise avec Jacques Chirac, le dernier des présidents gourmands. Une sorte de Mohican de la tripaille et du fait-tout qui sent bon.
Pas de gêne entre nous, à table.
Ce qui gêne Popote & Papote, c'est la disparition du veau en tant que veau blanc. Révolu le temps des quasis, des côtes jardinière, des escalopes dont on fait les "oiseaux sans tête", selon la recette manuscrite (et calligraphiée) de Mémé Juliette. La dernière remonte aux années 80 et encore, j'avais fait brûler, carboniser, occupé que j'étais à séduire la femme de ma vie...Imbécile ! Plus récemment, JP a réussi pour mon bonheur retrouvé, une côte de veau qui dorait comme autrefois et distillait des sucs à faire pâmer.
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Le veau n'existe plus. Il n'existe plus pour des raisons humanitaires et économiques.
Raisons humanitaires parce qu'il est inhumain de tuer un petit veau innocent qui n'a encore encorné personne et qui vient juste de finir de téter sa mère. Qu'on m'explique pourquoi on sacrifie encore, sans états d'âme, des agneaux et des cochons de lait, des cabris au regard noisette. Mais nous priver de veau est encore plus dégoûtant, plus inhumain. La justice est bizarre.
Raisons économiques, parce que manque de poids:
Le veau, ça eût payé, mais à c't'heure, ça paye plus.
Remarquez bien, il suffirait que l'Europe verse une subvention, une indemnité compensatoire à des producteurs et hop! On retrouverait du rôti blanc (et juteux), des rognons en habit vert, des ris en vol-au-vent financière et ces fameuses paupiettes de Mémé Juliette. Tout ceci, bien entendu, à la condition que Kreuzfeld Jacob aille se faire voir chez les Angloyes et y reste, les yeux rivés sur la ligne blanche des falaises de la côte, entre Calais et Knokke-le-Zoute.
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Ce dessin a été crayonné en privé il y a bien quinze ans par un certain JCP, alors publicitaire en Suisse, au service notamment de la Migros, énorme entreprise de distribution de produits de qualité à prix raisonnable. Une véritable institution suisse. Sans doute pour se remettre de la conception d'une campagne de promotion en état de "charrette", il a commis ce dessin compensatoire, bien plus efficace en termes de thérapie qu'une analyse chez un psy. Et bon marché.
Il est sans doute l'aboutissement libératoire d'un traumatisme subi dans son enfance, à la vue en direct de l'exécution d'un boeuf. Une détonation et l'affaissement de 800 Kg sur le carreau, cela laisse un petit bonhomme sans voix. Il s'est bien passé un an avant que le JCP en question consente à remanger de la viande. Il aura fallu l'envoyer en montagne, à Praz-sur-Arly, alors petit village à quelques lieues de Megève. Là, il s'est mis à dévorer du foie de veau à la blondeur exquise, du poulet nourri au grain, des tommes fraîches, des reblochons confectionnés sous ses yeux, du miel aux arômes de serpollet, du pain bon comme celui que faisait Raimu, dans les studios de la Victorine. Il en pinçait pour la femme du boulanger, en dépit de la différence d'âge (elle pouvait avoir 25 ans). Il aimait les taches de son qu'elle portait sur les bras et sur ses joues roses au velouté de pêche. Fruit défendu.
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Praz-sur-Arly, tout a commencé ici. Quarante ans plus tard, rien n'avait changé, sauf que mon copain Raymond bossait chez Citroën, Quai de Javel où il était "monté" parce que ça brillait de loin et qu'à Paris, on ne sentait plus l'odeur du cheval ni celle des vaches à lait.
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La page des blocages alimentaires est tournée, définitivement. La preuve en est que Popote & Papote est en jubilation permanente, nage dans le poisson, pèche dans l'andouillette purée (est-ce vraiment un péché?), patauge dans certaines sauces fines et surtout redécouvre la saveur originelle de produits que les généticiens, chimistes, alchimistes de l'INRA n'ont que peu ou prou touchés. Cela nécessite une folle vigilance, un regard exigeant sur les étiquettes, les origines, les adjonctions. Cela nécessite aussi une surveillance active des réfrigérateurs et congélateurs, sources potentielles de touristas, en dépit du froid. Un impératif: la fraîcheur. Du frais cueilli et du vite consommé avant toute chose. Au moindre soupçon: poubelle ou compost. Ce gaspillage n'est qu'apparent. Il coûte bien moins cher qu'une ordonnance de médecin.
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La lutte continue, camarades!
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En voilà une belle somme ! Mais non, les français ne parlent pas que de cuisine : ils parlent aussi (et inlassablement) de toutes sortes de bonnes choses. C'est notre côté épicurien.
Rédigé par: Phil' | 20/08/2008 at 00:28
1 - on a mangé des grenadins de veau déglacés avec le reste de la bouteille du superbe Cognac de Mijo, c'était hier soir
moment de haute tenue artistique
Le veau existe toujours, tu peux me croire.
2 - viens donc par ici chercher du raisin, et des melons
3 - 200000 pages vues ... 200 "Grand Larousse encyclopédique" si tu te souviens
faut pas se faire tomber papote sur le pied
Rédigé par: jp | 19/08/2008 at 22:03
je ne me suis jamais autant régalée à lire un billet ! et je crois que je ne pourrais plus manger de cabri aux yeux noisette : vous me l'avez rendu trop touchant
Aussi , cette " coeur de boeuf rabelaisienne est bien réjouissante
Rédigé par: irisa | 19/08/2008 at 13:07
La photo du chef d'orchestre a été prise en 84, place du Röhmer à Francfort alors que, saucisse à main gauche,appareil à main droite, j'écoutais , heureux et coi,une bourrée germaine ou une branle ostrogothe.
Rappel linguistique: les ostrogothes sont appelées ainsi car elles sont gourmandes et avalent souvent un os trop gros.
Pour en revenir à Papote, bravo, JCP, blog excellentissime, remarquablement conçu, plein d'humour et de joie de vivre.
A consommer avec modération, comme la saucisse légionnaire de Francfort.
Rédigé par: jac | 19/08/2008 at 12:32
Vive l'orgie raisonnable. Tu as tout mon soutien camarade.
Rédigé par: gracianne | 19/08/2008 at 12:09