4 novembre
, Kuala Lumpur, Malaisie,
A
Kuala Lumpur je dors dans le quartier chinois malgré le bruit dans les hôtels
et les épluchures de légumes sur les trottoirs, mais me nourris au
Moyen-Orient…
Je
vais et je viens, du restaurant iranien au libanais, en passant par le turc. Le
perse, dès l’entrée, embaume le citron confit, la cannelle, les clous de
girofle et le cumin. Une musique de tar, ponctuée de poses silencieuses vous
accueille. Quelques cordes délicatement pincées et puis plus rien pendant de longues
secondes, qui vous laissent une impression de doux bruits de verre cassé comme
saisis au ralenti. On commande un « mast o khiar » aux aromes de
persil et de coriandre, accompagné de yaourt battu, de concombres et d’herbes.
Ou bien peut-être un « Khoresht », viande marinée
hachée, présentée souvent avec des épinards et des citrons séchés. En
choisissant le vin, on pense à Omar Khayyam :
« Ecarte
tes pas
De tout chemin
Qui ne te conduira pas
A la
taverne
Ne demande
rien,
Rien ne
désire –
Hormis du vin, des
chansons
De la
musique, de l’amour !... »
Chez
le Turc, les familiarités vous submergent. Il faut parler, raconter son pays,
énumérer les prénoms de son père, évoquer ses voyages et dire que l’on aime
Istanbul. « L’Adana Kebap » vous délivre un temps des
confidences arrachées au compte gouttes puis appelle un dessert succulent, « le
Kazan dibi », crème de riz brûlé ou un « Sütlaç » aux amandes,
saupoudré de cannelle.
La caissière est peut-être Malaise, un des serveurs sans doute Bengali, le patron à n’en pas douter Syrien, mais les parfums du Bosphore et la voix suave du chanteur Zeki Müren, sont autant de merveilleuses madeleines trempées dans des petits verres de thé.
( Chelo kebab Koubideh, viande marinée hachée , riz au citron)
(Mast o Khiare, yaourt battu , concombres, herbes)
(cuisine turque : Adana Kebap, brochette plate de mouton haché, coriandre)
(dessert turc: Kazan dibi, crème de riz, brûlée)
( dessert turc : sütlaç, crème aux oeufs et amandes)
JAC, le 4 mars 2009
Par tous les djinns du grand désert, il est bien agréable à lire ce délicieux billet... je crois sentir les parfums de tous ces plats merveilleux, de toutes ces caresses pour le palais et l'âme.
Je tiens ces deux cuisines (iranienne et turque) pour les meilleures au monde, les plus saines (pour des traditions culinaires aussi anciennes) et les plus équilibrées. Beaucoup d'herbes et de légumes, de fruits et de graînes, peu de piment ou de fritures. Elles sont comme ces îles lointaines où rien ne mord ni ne pique, où tout est bon. Elles sont aussi un concentré alimentaire d'innombrables civilisations. Si d'aucuns prétendent que c'est de l'Orient que vient la lumière, je revendique que c'est de là-bas aussi qu'est née la mère de toutes nos cuisines, cette sorte de sanskrit qui est à la base de tout. C'est l'Asie centrale, le sous-continent indien, la Perse, le Caucase et le Moyen-Orient. De là partent ces sources qui irriguent nos cultures depuis des millénaires. On ne doit donc pas les oublier.
A propos du "khoresht", je me souviens de Sépidê (aurore en persan ?) qui savait si bien préparer le khoresht bademdjân (ragoût aux aubergines) dans sa petite chambre d'étudiante. Une fille assez originale, cette Sépidê, dont la famille avait fui la révolution des mollahs pour se réfugier en Angleterre. C'est elle qui m'a appris à réserver le port des chaussettes blanches aux les tenues de sport. C'était les années 80... la vie d'étudiant, la cité U et les camarades citoyens du monde. Qu'êtes-vous devenus, vous les Hatim d'Arabie Saoudite, Bassem du Liban, Liz de Leeds, les gars de Syrie (merci aux présidents Assad et Mitterrand) les andalous de Séville, Huelva et Cadix du programme Érasmus, les allemands de Münster (idem Érasmus) et tous les autres ? Que sont devenus mes petits restaurants kurdes (ah, ces sandwichs "pide") et les épiceries lazes du quartier des Terreaux et des pentes de la Croix Rousse (à Lyon) ?
Rédigé par : Phil' | 05/03/2009 à 01:25