Années 1980-81
Voyage scolaire à Londres. Mon collègue Franck et moi, sommes les deux responsables du groupe. Nous logeons chez une grand-mère. Un soir, l’idée nous vient d’aller faire un tour dans un pub.
Que fait-on dans ce lieu typiquement anglais ? Doit-on boire de l’eau minérale sous prétexte que nous accompagnons une classe d’élèves de quatrième ?
La soirée se passe bien et nous faisons connaissance avec la Guiness. Les supporters d’un club de foot reviennent du match. Eux non plus ne sont pas décidés à s’abreuver d’eau gazeuse.
A minuit, nous prenons congé de nos camarades de boisson. Il faut être raisonnable et aller se coucher, car demain matin un bus nous attend de bonne heure pour nous conduire à Manchester.
Lumières éteintes, afin de ne réveiller personne, nous avançons à tâtons dans le couloir et les escaliers. Mais, je dois l’avouer, en titubant un peu.
Tout nous fait rire. Le coucou de l’horloge qui se réveille au milieu de la nuit, la chatte qui miaule, la mémé qui ronfle. Nous marchons à pas de loup. Du moins nous essayons.
Un cri.
Suivi d’un autre.
Nous venons, chacun notre tour de nous cogner le crâne sur un meuble. Moi, contre une bibliothèque. Franck, sur une armoire sculptée. Certes, les contusions ne sont très graves mais une plaie et une bosse décorent nos deux fronts.
(Montage Dav Payt, mon pote du froid.)
Le lendemain, devant les questions insistantes des élèves, il nous faut improviser pour leur offrir une version décente et cohérente concernant nos blessures à la tête.
-M’sieur…vous avez tous les deux une plaie et une bosse en plein milieu du front…Vous vous êtes battus, ou quoi ?
-Ben…euh…Non. Vous savez…il y a eu une coupure de courant hier soir. Les…le compteur a disjoncté. On a cherché où notre logeuse avait mis les fusibles de rechange. Et puis…
Un silence rassurant accueille notre réponse, un peu hésitante mais construite, à défaut d‘être crédible.
Dans le bus l’atmosphère est joyeuse et les enfants chantent leurs chansons favorites.
Franck me regarde et tâte son ecchymose.
Nous faisons taire et asseoir les enfants, pour pouvoir les compter avant de partir.
Un petit plaisantin prend soudain la parole :
-M’sieur…M’sieur…Y a des pubs à Manchester ?
Le bus entier est secoué d’une tempête de fous rires.
Les deux accompagnateurs responsables que nous sommes ne s’attardent pas à des détails hors sujet. Il est huit heures. Nous donnons le signal du départ au chauffeur.
JAC, le 27 mars 2012
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