Avril 1977
Beuzeville. Petit collège. Le principal revient d’un long stage mystérieux. Dans les jours qui suivent, il convoque l’ensemble du personnel pour une réunion pédagogique dont l’objet nous échappe, la présentation de la séance paraissant très alambiquée.
Comme d’habitude, je suis un peu en retard. Dès que j’ouvre la porte de la salle, je suis accueilli par un silence glacial et 40 têtes qui se tournent en même temps vers moi. Mon sourire navré se fige en un rictus de peur. Veille-t-on un mort par ici ?
Pas un mot. Je prends place discrètement entre deux collègues, et soulève doucement ma chaise pour ne pas perturber l’atmosphère de deuil. Chacun regarde son voisin et l’interroge. Tandis qu’Adèle, imperturbable, corrige un tas de copies, Solange baisse la tête et fait semblant de chercher un mouchoir au fond de son sac. Une surveillante est sur le point de pleurer. Moi, je me ronge les ongles et m’agite sur ma chaise.
Le principal fixe chacun d’entre nous dans les yeux. Il paraît déterminé dans son projet étrange de nous faire boire notre mutisme jusqu’à la lie.
Au bout de 26 minutes de ce supplice, je n’y tiens plus. Impossible de maîtriser les tremblements qui agitent mes membres. Le magma, sous pression depuis trop longtemps, monte inexorablement du fond de mon malaise.
Alors, au milieu de ce recueillement lourd qui suit souvent les grandes catastrophes naturelles, un autre moi jaillit hors de sa carapace et clame, en détachant les mots :
-Finalement, je suis d’accord avec ce que vous dites….!
Aussitôt, les éclats de rire fusent en cascades. La salle est tout à coup envahie de cris et d‘applaudissements. Deux profs se lèvent d’un bond et me congratulent comme si je venais de marquer un but en finale de coupe du monde de foot.
Le principal se frotte les mains. Il a réussi son pari. C’était donc cela qu’il cachait dans sa valise en revenant de son stage de communication.
Les petits groupes se reforment. La joie renaît .
Je viens de libérer les consciences, de redonner vie à mon école.
Et jusqu’à la fin de l’année scolaire.
JAC, le 30 juin 2012
Voilà pourquoi certains accusés avouent n'importe quoi afin de faire cesser une impression de malaise ...
Bravo aux collègues qui ont réussi de garder leur sérieux pendant 26 minutes .
BEUZEVILLE, c'était le collège " décontracté " de la Normandie .
Quiquine .
Rédigé par : PAULUS PETIT JACQUELINE | 01/07/2012 à 05:56
Tout était écrit d'avance. Dans ce genre de séance, il faut un maillon faible qui explose. Ce maillon faible, c'était moi...
Rédigé par : jac | 30/06/2012 à 04:40