24 décembre 2000 , Jaisalmer , Rajahstan, Inde ,
Petit chameau pimpant,
guilleret, sautillant, où allais-tu ce matin, tirant généreusement la jolie
carriole bleue décorée de clochettes ? Des femmes aux voiles roses, ocre
et rouges chantaient à tue-tête une vieille chanson du répertoire rajpoute,
c’est cela ? Elles n’avaient pas besoin de te frapper pour te faire
avancer à leur mesure car tu courais de bon cœur. Des oiseaux, comme les anges
gardiens des amoureux, voltigeaient autour de la charrette.
Petit chameau fragile, tu te rendais à un
mariage, je le sais. Les tambourins résonnaient dans les attelages qui vous
accompagnaient et les hommes au turban d’or répondaient aux dames d’honneur par
des volutes vertigineuses.
Vieux chameau immobile aux yeux fixés sur
un tronc d’arbre racorni, les mouches te
taquinent les naseaux et tu ne les fais pas fuir. Tu dors sur le côté et tu
n’entends pas les automobiles qui passent en trombe tout près de tes pattes.
Les invités t’ont laissé là, allongé sur une moitié de la route et les chants
nuptiaux ne vibrent plus autour de toi. Les carrioles enfiévrées des chanteuses
en liesse sont déjà très loin. Des oiseaux au bec crochu et puissant, volent en
cercle au –dessus de ton corps. Les vautours cette nuit te dévoreront les
entrailles. Une clochette est posée par terre tout près de ta tête et ta
carcasse est poudrée d’éclats de verre.
On dirait que tu respires encore…
(Le bonheur n'est pas dans le pré pour les chameaux du Rajahstan.))
JAC, le 12 décembre 2009
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