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août 2000 , Belo –sur – Tsiribinhe , Madagascar ,
Après un long parcours à pieds dans le sable meuble, le long des berges glissantes de la rivière, un bras calme de la Tsiribinhe, j’ai la chance aujourd’hui d’ être assis face à monsieur Spyros , célèbre propriétaire de l’hôtel mythique « Le Menabe ». Il parle à voix basse tandis que je déguste un steak de zébu et une grande bière. L’hôtel, vert pâle, semble haut sur pattes, bâti sur de fines colonnes très vieilles, et je pense en être le seul client.
(hoteldumenabe.free.fr/hotel)
Quelques musiques endormies au loin. Des
cris d’enfants. Un moulin fatigué de 4 X4. Mon filet de zébu file trop vite.
La bière est un miracle. Spyros un Dieu grec, plus efficace chez les
populations sakalaves que près des pêcheurs de la mer Egée. Nous parlons. Le
cheveu blanc, bouclé est très hellène. L’humanité entière est devant moi .
Ses parents, originaires de l’île de Rhodes, sont arrivés ici en 1942, fuyant
la guerre. Ils sont passés par l’Egypte, l’Ethiopie, puis Djibouti, où ils ont
embarqué sur un misérable rafiot bondé qui les emmenait vers le sud, la Corne
d’ Afrique, Madagascar. Ils portaient des valises, des sacs, des économies et
cherchaient le contact avec des Grecs installés depuis quelques années dans les
plantations de tabac de l’ouest de la Grande Ile. C’est ainsi qu’ils ont
rencontré à Belo, le propriétaire de ce vieil édifice, construit en 1921.
Monsieur Finas a déposé bagage et famille dans ces locaux, dans le but de
cultiver rapidement le tabac qu’il se proposait
de vendre pour le compte du Grec résident. Alors, cultivant ses plants avec
art, il a tabassé, ramassé, amassé. A la fin de la guerre, les bâtiments ont
été mis en vente et c’est tout naturellement qu’il en est devenu le nouveau propriétaire. Spyros est né en ce
lieu en 1946. Il est assis là et il a
mon âge. Il a reçu des ministres, tous les présidents. Nous rions de ses
décalages par rapport à la vie en France, la vie en Grèce : il est le
plus déraciné des déracinés.
Je ne me lasse pas de son histoire, de ses anecdotes. Il parle avec émotion de la vallée des « Petaludes »,de l’acropole de Lindos, de la rue des Chevaliers. L’ouzo et le bouzouki lui manquent.
( Monsieur Spyros : rêves de Grèce pour un expatrié à Madagascar)
Je regrette d’avoir commandé des brochettes
de crevettes, inutiles, superflues après le steak de zébu et surtout bien fades
à côté des récits de mon ami, pimentés d’humour, relevés d’humanisme . Il ne comprend
rien aux habitudes des hommes des cités. "Comment peut-on vivre à Paris? Comment font les couples pour faire des enfants?", me demande-t-il. C'est vrai, le mari travaille le jour. La femme,
la nuit. Il ironise sur leurs
éventuelles rencontres amoureuses dans un ascenseur entre chien et loup ou à la
sauvette, dans la cuisine, entre la poire et le fromage.
(Steak de zébu, crevettes à l'ail, bière fraîche, puis Ouzo en tête à tête avec mon ami Spyros...comment faire après pour quitter la table ?...)
Spyros a toujours vécu à Madagascar, sieste,
ballade, pirogue, marche, discussion nocturne, plantation de tabac, sieste, et
je comprends ou apprécie son désarroi à regarder vivre les gens des pays froids
. Son visage est celui, sombre, d’un homme tourmenté mais qui a vécu . Ses yeux
sont francs mais malicieux. Sa bouche, celle de celui qui a mordu à la grappe
plus qu’il n’est raisonnable : le vin, la bonne chair, la pêche, la pirogue,
la fête. Détenteur de trois cultures, il ne peut vivre dans aucune sans
oublier les deux autres.
Le soir, un halo de Lune plane au dessus du
Menabe. Le croissant, si fin, est logé horizontalement au –dessus de
l’édifice, comme un ange original qui veille sur cette maison au passé atypique
et une famille au cœur malgache,grec et français.
La maison d’un ex - vendeur de cigarettes
dont l’histoire ferait sans doute un tabac en librairie.
(La vie du fleuve, la pêche, les pirogues, les marchés, la sieste : c'est l'existence paisible d'un Grec malgache)
JAC, le 8 avril 2009
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