24 décembre, Tuléar, Madagascar,
La piste rouge aux méandres aléatoires, creusée de marigots inquiétants, triplée de chemins parallèles, détrempée, effondrée par endroits, sans balisage visible, la piste rouge est une part importante du patrimoine du sud. Le soir les Dahls rôdent. Ils viennent par petits groupes, armés de vieux fusils, de machettes ou de couteaux au manche de bois. La présence des Dahls n’est pas une légende …sur cette piste terriblement tortueuse. Les bandits volent les voyageurs attardés ou en difficulté : panne, ensablement, embourbement, attente de renfort. Ils pillent le ou les véhicules qu’ils convoitent et ne laissent aucune trace de leur passage. Dans l’imagination populaire ils tiennent autant de place que les Mikéas, ces nains fantômes qui sévissent dans les forêts clairsemées du Sud –Ouest. On sait qu’ils existent mais on ne les voit pas. Les passagers des taxis –brousse voyagent avec la peur enfantine de ces êtres féroces dont ils n’ont entendu parler que par les inévitables récits lors de cérémonies familiales arrosées.
(Tout ce que l'on peut entendre à Madagascar sur l'existence des Mikeas , reste toujours un peu flou.)
Comme les Malgaches je ne veux m’attarder
sur cette poussière rouge. Un incident mineur peut prendre des proportions
catastrophiques. Mais pisser en plein vent sur une termitière est un moment
d’extase où l’on n’entend, dans ce désert ocre, que les battements de son
propre cœur.
Pendant que j’écris, deux lézards s’approchent
de ma tasse et de ma main. Ils me fixent
de leurs yeux globuleux. Il ne leur reste que quelques centimètres pour
atteindre les miettes de pain ou les
traces de confiture sur ma soucoupe. Ils ne cessent de me regarder.
Qu’ai –je donc de si intéressant ?
Une goutte d’eau sur la table et c’est une provision pour Noël. Une
miette de pain ? Un cadeau inespéré pour toute la famille. Les yeux
exorbités m’examinent effrontément. Mais …mais…j’éternue …une fois, cinq
fois !
Après « l’orage », je ne vois ni miette ni goutte ni lézard. Volatilisés. Comme les Mikéas. Comme les Dahls.
JAC, le 20 novembre 2009
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